L’UE presse les USA de revoir leur décision, demande une réforme de l’UNRWA
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L’UE presse les USA de revoir leur décision, demande une réforme de l’UNRWA

L'Europe a expliqué qu'elle continuerait à soutenir l'agence qui vient en aide aux réfugiés palestiniens tout en estimant qu'un "processus de transformation est nécessaire"

L’Union européenne (UE) a déclaré samedi que la décision prise par les Etats-Unis de mettre un terme au financement, ancien depuis plusieurs décennies, de l’agence de l’ONU qui vient en aide aux réfugiés palestiniens et à leurs descendants est « regrettable », jurant de continuer à verser des fonds à l’instance.

Vendredi, les Etats-Unis, qui en étaient de loin les plus grands contributeurs, ont annoncé qu’ils cessaient de financer l’Unrwa, une organisation aux activités « irrémédiablement biaisées » selon la porte-parole du département d’Etat, Heather Nauert.

Washington ne « veut plus supporter la part très disproportionnée de ce fardeau », a précisé Heather Nauert dans un communiqué, ajoutant qu’il n’y aurait pas d’autres contributions au-delà du versement en janvier 2018 de 60 millions de dollars (51,5 millions d’euros) à l’UNRWA.

Washington ne « veut plus supporter la part très disproportionnée de ce fardeau », a précisé Heather Nauert dans un communiqué, ajoutant qu’il n’y aurait pas d’autres contributions au-delà du versement en janvier 2018 de 60 millions de dollars (51,5 millions d’euros) à l’UNRWA.

Les Palestiniens et l’ONU ont condamné cette décision, soutenue par Israël.

« La décision regrettable des Etats-Unis de ne plus faire partie de cette initiative internationale et multilatérale laisse un vide substantiel et nous espérons que les Etats-Unis pourront revenir sur leur décision », a fait savoir pour sa part l’UE dans un communiqué.

« Les Etats-Unis ont toujours joué, et continueront à jouer, un rôle essentiel dans tous les efforts pour instaurer la paix au Moyen-Orient », a poursuivi ce dernier.

L’Union européenne a également vivement recommandé à l’UNRWA de réformer ses opérations et de « s’engager dans un processus de transformation ». Elle n’a pas détaillé ce que pourrait impliquer ce processus.

Les ministres des Affaires étrangères de l’UE et leurs partenaires internationaux et régionaux, a fait savoir l’Union dans un communiqué, vont débattre « de la manière de garantir une assistance durable, continue et effective aux Palestiniens, notamment à travers l’UNRWA, alors même que nous nous trouvons à ce carrefour difficile ».

Elle a annoncé qu’elle discuterait avec ses partenaires internationaux sur la façon « d’assurer une assistance durable, continue et efficace aux Palestiniens, y compris via l’UNRWA », avant l’Assemblée générale des Nations Unies qui se tiendra en septembre.

En même temps, l’UE a appelé à réformer l’UNRWA, l’Office de secours et de travaux pour les réfugiés palestiniens. « L’UNRWA a récemment élargi sa base de donateurs et pris des mesures de gestion interne visant à augmenter son efficacité et à réduire les coûts », a dit le communiqué.

« L’UNRWA doit poursuivre ses réformes et s’engager davantage dans un processus de transformation. L’UE s’engage à continuer à discuter de ces sujets avec l’UNRWA ainsi qu’à sécuriser la continuation et la durabilité du travail de l’agence qui est vitale pour la stabilité et la sécurité de la région ».

L’UE a noté que l’UNRWA « exploite des écoles pour plus de 500 000 enfants réfugiés de Palestiniens » et assure d’autres services essentiels. Tandis que les Etats-Unis étaient le plus grand donateur – en tant que pays individuel – à l’agence, le communiqué a noté que « l’UE et ses états-membres sont collectivement les plus importants contributeurs au budget de l’UNRWA ».

« L’éducation est une part fondamentale du développement d’un État palestinien stable, comme c’est le cas aussi des hôpitaux et autres services de base auxquels les activités de l’UNRWA apportent une contribution essentielle », a dit l’UE. « Nos efforts collectifs au sein de la communauté internationale visant à fournir une assistance humanitaire et de développement aux Palestiniens, et en particulier à la jeune génération, sont inséparables de nos efforts livrés pour conclure une solution à deux Etats négociée et une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens. »

La question des réfugiés palestiniens, a-t-elle indiqué, doit être résolue entre Israël et les Palestiniens. « L’Union européenne continuera à apporter son assistance aux Palestiniens, en apportant notamment son soutien aux activités de l’UNRWA, et nous continuerons également à mener nos efforts en vue de la conclusion d’une solution à deux états – une solution qui comprendra la question des réfugiés, qui est une question relative au statut final et qui ne peut être résolue que par les deux parties par le biais de négociations avec le soutien de la communauté internationale », a dit l’UE.

Pour sa part, le ministre des Affaires étrangères jordanien Ayman Safadi a expliqué à Reuters que son pays fera tout pour garantir le bon fonctionnement de l’organisation malgré les coupes américaines.

« Les perturbations des services de l’UNRWA auront des implications humanitaires, politiques et sécuritaires extrêmement dangereuses pour les réfugiés et pour la région entière », a expliqué Safadi.

« Elles ne feront que consolider un environnement de désespoir qui créera finalement un terreau fertile pour davantage de tensions. Politiquement, elles viendront également nuire à la crédibilité des efforts de paix ».

La Jordanie accueille deux millions de personnes désignées comme étant des réfugiés palestiniens.

Washington, qui était jusqu’à l’année dernière le plus important contributeur à l’UNRWA, a annoncé vendredi que les Etats-Unis n’apporteraient dorénavant plus aucune contribution à cette « opération irrémédiablement biaisée ».

L’administration Trump a fustigé l’UNRWA pour des pratiques défaillantes, et indiqué qu’elle rejetait le critère par lequel l’UNRWA définit les réfugiés palestiniens, selon lequel l’agence de l’ONU confère le statut de réfugié non seulement aux réfugiés d’origine mais également à leurs millions de descendants.

Le Département d’Etat a fait savoir dans une déclaration que les Etats-Unis chercheraient d’autres moyens de venir en aide aux Palestiniens.

Des fillettes palestiniennes posent pour une photo de groupe dans une école appartenant à l’UNRWA à Gaza City durant une visite du commissaire général de l’agence d’aide aux réfugiés palestiniens (Crédit : AFP PHOTO / MAHMUD HAMS)

« Nous sommes conscients et profondément préoccupés par l’impact sur les Palestiniens innocents, notamment les élèves de l’échec de l’UNRWA et de l’incapacité des membres déterminants de la communauté des donateurs régionaux et internationaux à réformer et à repenser la manière de fonctionner de l’UNRWA », a-t-il dit, ajoutant que « les Palestiniens, où qu’ils vivent, méritent mieux qu’un modèle de fourniture de service éternellement dirigé par la crise. Ils méritent d’être en mesure de programmer leur avenir ».

Avant l’annonce de vendredi, Israël a fait part de son soutien à la décision américaine.

« Israël soutient cette initiative parce que l’UNRWA est l’un des problèmes principaux qui perpétuent le conflit », aurait ainsi fait savoir le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu vendredi soir, des propos rapportés par la chaîne Hadashot.

Le bureau du Premier ministre a une nouvelle fois fait part de son soutien samedi dans la soirée.

Les Palestiniens clament que 5 millions de personnes – des dizaines de milliers de réfugiés originaux de ce qui est aujourd’hui Israël, et leurs millions de descendants – ont un « droit au retour ». Israël rejette cette demande, disant qu’elle représente une tentative des Palestiniens de détruire Israël par la force du nombre.

L’Etat juif affirme qu’il n’y a aucune justification apportée à ce critère unique de l’UNRWA, par lequel les générations consécutives de descendants des réfugiés d’origine obtiennent le statut de réfugié, notamment ceux qui sont nés ailleurs ou qui détiennent une autre citoyenneté. Une telle désignation n’existe pour aucune autre population de réfugiés dans le monde.

La population israélienne s’élève à presque neuf millions de personnes, dont les trois-quarts sont juives. Un afflux de millions d’individus pourrait signifier qu’Israël n’est plus un état à majorité juive.

Les Palestiniens ont fustigé les Etats-Unis pour l’arrêt du financement de l’UNRWA, disant que les fonds retirés par l’administration Trump renforceront les groupes terroristes.

Le porte-parole de l’Autorité palestinienne Nabil Abu Rudeneh a estimé que cette initiative « ne sert pas la paix mais renforce plutôt le terrorisme dans la région » et qu’elle est la dernière action hostile de l’administration Trump contre le peuple palestinien, après que le président américain a reconnu Jérusalem en tant que capitale d’Israël, y transférant son ambassade. Il a expliqué que les responsables palestiniens pensaient à faire appel au Conseil de Sécurité de l’ONU pour s’opposer au positionnement adopté par les Etats-Unis.

« Cette décision, qui contrevient à toutes les résolutions de légitimité internationale, exige que les Nations unies adoptent un positionnement fort contre les Etats-Unis et qu’elles prennent les décisions appropriées », a-t-il indiqué. « Quelle que soit l’ampleur des complots qui visent à liquider la cause palestinienne, ils feront que renforcer la détermination de la population palestinienne et de ses dirigeants ».

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