L’UNESCO va revoter sur Jérusalem après le changement de position du Mexique
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L’UNESCO va revoter sur Jérusalem après le changement de position du Mexique

L’ambassadeur juif du pays sera remplacé après avoir quitté le vote précédent ; l’ambassadeur israélien “n’abandonne pas”

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le siège de l'Unesco à Paris. (Crédit : Wikimedia Commons/Albertus teolog/domaine public)
Le siège de l'Unesco à Paris. (Crédit : Wikimedia Commons/Albertus teolog/domaine public)

Dans un retournement de situation spectaculaire, l’UNESCO devrait revenir mardi sur le vote d’une résolution controversée qui ignore les relations juives et chrétiennes historiques aux lieus saints de Jérusalem, suite à l’annonce par le Mexique de son changement de position sur le sujet, et de l’utilisation d’une rare disposition qui permet de revoter.

La résolution, présentée par plusieurs pays arabes et votée jeudi par une commission de la branche culturelle des Nations unies, ne cite le mont du Temple et le mur Occidental que par leurs noms musulmans, et condamne Israël, la « puissance occupante », pour différentes actions sur les deux sites.

Le Mexique était l’un des 24 pays à avoir voté en faveur de la résolution. Six pays (dont les Etats-Unis, l’Allemagne et le Royaume-Uni) ont voté contre, et 26 se sont abstenus.

Mais dans une annonce surprenante lundi soir, le Mexique a déclaré avoir changé sa position et qu’il s’abstiendrait dans un second vote.

« Changer le vote réaffirme la reconnaissance que le gouvernement du Mexique donne à la relation indéniable entre le peuple juif et l’héritage culturel de Jérusalem Est », a déclaré le ministère mexicain des Affaires étrangères dans un communiqué.

« Cela reflète aussi l’appréciation profonde que ce gouvernement a pour la communauté juive et en particulier pour ses contributions importantes au développement culturel, social, économique et au bien-être du Mexique », a-t-il ajouté.

Toutes les résolutions votées par la Conférence générale de cette année devaient être validées par le Conseil exécutif de l’UNESCO dans un vote global mardi. La décision du Mexique mandate à présent un nouveau débat en commission sur la résolution avant le vote exécutif, qui était prévu à 11h00.

Andres Roemer, ambassadeur du Mexique auprès de l'UNESCO. (Crédit : Werther mx/C BY-SA 4.0/Wikimedia Commons)
Andres Roemer, ambassadeur du Mexique auprès de l’UNESCO. (Crédit : Werther mx/C BY-SA 4.0/Wikimedia Commons)

La décision du Mexique a eu lieu après que son ambassadeur auprès de l’UNESCO, Andres Roemer, a quitté le vote de jeudi à Paris, ce qui semblait être une protestation personnelle contre la décision de son pays de voter en faveur de la résolution. Mardi, le ministère mexicain des Affaires étrangères a annoncé qu’il serait remplacé à son poste d’ambassadeur, et qu’une enquête serait ouverte « pour vérifier et déterminer les responsabilités des responsables impliqués dans cette affaire. »

L’ambassadeur d’Israël auprès de l’UNESCO, Carmel Shama-HaCohen, a déclaré mardi qu’après avoir discuté avec Roemer de son opposition, il a suggéré à l’ambassadeur mexicain d’étudier l’utilisation de la clause permettant un second vote.

« Nous n’abandonnons pas, et nous nous battrons jusqu’au bout », a déclaré Shama HaCohen, tout en concédant qu’il était peu probable que la résolution soit rejetée, en raison du soutien d’autres pays. Il aurait précédemment échoué à reporter le vote exécutif de mardi pour permettre un débat supplémentaire.

Le directeur du Conseil exécutif de l’UNESCO, Michael Worbs, avait exprimé vendredi son espoir que la résolution ne passe pas le vote officiel de mardi comme prévu, mais soit différée pour donner une chance au dialogue.

Michael Worbs, président du Conseil exécutif de l'UNESCO. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Michael Worbs, président du Conseil exécutif de l’UNESCO. (Crédit : capture d’écran YouTube)

« Nous avons besoin de plus de temps et de dialogue entre les membres du Conseil pour atteindre un consensus », avait-il déclaré.

Israël et les Etats-Unis avaient suspendu leurs participations financières à l’UNESCO en 2011, après l’admission des Palestiniens comme membres. Les deux pays ont par conséquent perdu leurs droits de vote.

La directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, a également signalé vendredi sa consternation et son opposition à la motion, déclarant que les efforts pour nier l’histoire et le caractère œcuménique complexe de Jérusalem nuisaient à l’UNESCO.

« Le patrimoine de Jérusalem est indivisible, et chacune de ses communautés a le droit à une reconnaissance explicite de son histoire et de sa relation à la ville », avait déclaré Bokova dans un communiqué.

La déclaration de Bokova avait eu lieu après l’annonce par Israël de la suspension de sa coopération avec l’UNESCO en raison du vote, le ministère de l’Education, Naftali Bennett, déclarant que la motion était un déni de l’histoire qui « renforce le terrorisme ».

Pourtant, Bennett, qui est également président de la Commission nationale d’Israël pour l’UNESCO, a déclaré mardi que les derniers développements pourraient l’entraîner à revenir sur sa décision.

Naftali Bennett, ministre de l'Education et président du parti HaBayit HaYehudi, pendant l'émission "Rencontre avec la presse" de la Deuxième chaîne, le 4 juin 2016. (Crédit : capture d'écran Deuxième chaîne)
Naftali Bennett, ministre de l’Education et président du parti HaBayit HaYehudi, pendant l’émission « Rencontre avec la presse » de la Deuxième chaîne, le 4 juin 2016. (Crédit : capture d’écran Deuxième chaîne)

« Nous suivrons les développements aujourd’hui, et si la décision honteuse de l’UNESCO est effectivement annulée, nous envisagerons de reprendre les relations professionnelles, les évènements et les projets qui ont été suspendus », a-t-il déclaré dans un communiqué.

Les Israéliens et de nombreux juifs dans le monde entier perçoivent ce geste comme le dernier exemple d’un parti-pris anti-Israël enraciné des Nations unies, où Israël et ses alliés sont largement dépassés en nombre par les pays arabes et leurs partisans.

Les dirigeants israéliens avaient réagi avec colère à la résolution, certains accusant la branche culturelle de l’ONU d’antisémitisme.

Des députés de gauche et de droite ont déclaré que la décision était indigne de l’UNESCO.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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