L’Union orthodoxe demande aux femmes employées dans les synagogues de changer leurs titres
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L’Union orthodoxe demande aux femmes employées dans les synagogues de changer leurs titres

Cette initiative suit un jugement de l'organisation-cadre qui interdit aux femmes d'occuper des postes d'autorité spirituelle

Yeshivat Maharat graduates at their ordination ceremony at Ramaz High School in New York City, June 16, 2013 (photo credit: Joe Winkler/JTA)
Yeshivat Maharat graduates at their ordination ceremony at Ramaz High School in New York City, June 16, 2013 (photo credit: Joe Winkler/JTA)

NEW YORK (JTA) — A la suite de son jugement rabbinique interdisant aux synagogues d’employer des femmes aux postes religieux, l’Union orthodoxe a mis la pression sur les synagogues qui emploient ces dernières pour qu’elles changent de titres.

Au mois de février, l’Union orthodoxe – organisation-cadre juive orthodoxe – a émis un jugement religieux déterminé par sept rabbins qui interdit aux femmes de servir à une fonction religieuse ou à un poste d’autorité spirituelle. Quatre synagogues de l’UO emploient actuellement des femmes qui assument des fonctions religieuses officielles.

Maintenant, l’UO a donc décidé d’envoyer une délégation constituée de trois membres pour évoquer la mise en conformité des synagogues avec le jugement – demandant qu’au moins deux des femmes changent de titre.

La délégation a rencontré les synagogues d’Ohev Shalom à Washington, employeuse de Ruth Friedman, qui utilise le titre de maharat; de Beth Sholom à Potomac, dans le Maryland, où Hadas Fruchter est également maharat, et de Bnai David-Judea à Los Angeles, où Alissa Thomas-Newborn est rabbanit. Elle doit encore se rendre à l’Institut hébreu de Riverdale, qui fait appel aux services de Ramie Smith, qui est rabba.

Les quatre femmes sont diplômées de la Yeshivat Maharat, un séminaire orthodoxe libéral qui ordonne les femmes à des fonctions religieuses. Le titre de maharat, inventé par le fondateur du séminaire, le rabbin Rabbi Avi Weiss, est un acronyme hébreu de « chef spirituel, juridique et de la Torah ». En pratique, les diplômés peuvent prétendre à une série de titres, dont rabba et rabbanit.

Le rabbin Avi Weiss s'exprime à l'école rabbinique de la Yeshivat Chovevei Torah le 19 Novembre 2007 (Crédit :  Drew Kaplan, CC-BY, via wikipedia)
Le rabbin Avi Weiss s’exprime à l’école rabbinique de la Yeshivat Chovevei Torah le 19 Novembre 2007 (Crédit : Drew Kaplan, CC-BY, via wikipedia)

Lors de la rencontre mercredi à Ohev Shalom, la délégation s’est entretenue avec Friedman au sujet des responsabilités qu’elle assume dans la synagogue et lui a demandé de changer son titre. Friedman a fait savoir qu’elle ne le ferait pas – pas plus que le chef spirituel de la synagogue le rabbin Shmuel Herzfeld.

La délégation s’est entretenue avec Thomas-Newborn et le rabbin Yosef Kanefsky à Bnai David-Judea au début du mois. Tandis que Kanefsky n’a pas évoqué les spécificités de la réunion, il a confirmé que le titre et la description de l’emploi de Thomas-Newborn avaient été au centre du débat. Fruchter a confirmé la tenue de cet entretien mais n’a pas été en mesure d’en livrer les détails.

Friedman a expliqué que la délégation n’avait évoqué aucune question relative à ses responsabilités professionnelles hors de son titre. Le jugement rendu par l’UO, de la même manière, souligne une série de fonctions que les femmes peuvent occuper au sein d’une synagogue, mais s’oppose à ce qu’elles prennent des positions d’autorité semblables à celles des rabbins.

« Ils ne sont pas à l’aise avec ces titres », a dit Friedman vendredi à JTA. « C’est une manière très transparente de dire : ‘Nous n’avons pas de problème avec le travail que vous faites. Nous ne sommes pas à l’aise à l’idée de reconnaître que vous avez un titre qui transmet l’idée d’un certain respect, d’une certaine éducation et d’un certain professionnalisme' ».

Les membres de la délégation de l’UO – aucun d’entre eux n’est rabbin – sont le vice-président Allen Fagin, le président Mark Bane et Martin Nachimson, qui a achevé son mandat de président au début de l’année. Conformément à la politique mise en oeuvre par l’UO, aucun d’entre eux n’a commenté les rencontres. Une porte-parole de l’organisation a indiqué ne pas être en mesure non plus de faire des commentaires.

Du point de vue de l’UO, ces réunions ont représenté des sessions préliminaires d’enquête. Aucune décision n’a été prise concernant les démarches que le groupe devrait entreprendre s’il devait avoir le sentiment que les synagogues refusent de se conformer au jugement. Mais Herzfeld d’Ohev Shalom a fait savoir à JTA que la délégation n’excluait pas la possibilité d’une expulsion de l’UO des synagogues contrevenantes.

« Cela ressemblait à une menace parce qu’ils ont envoyé trois hommes dans notre congrégation et qu’ils nous ont interrogé sur nos pratiques », a-t-il confié à JTA. « Et ils nous ont dit que tout était sur la table, que nous n’étions pas en conformité… J’ai pris cela comme une menace, qu’il existe une possibilité d’expulsion de l’UO. Ils n’ont pas nié cela ».

Friedman et Kanefsky ont expliqué qu’ils ne transigeraient pas sur les titres.

Kanefsky a indiqué que la meilleure solution serait de « s’accorder d’être en désaccord ».

« Je suis quelqu’un d’optimiste mais en même temps, je ne pourrais pas vous décrire à quoi ressemblerait un compromis », a-t-elle dit à JTA vendredi. « Nous n’allons pas faire ce changement dans le titre ou la description de la fonction assumée par Rabbanit Alissa ».

Lorsqu’il avait créé la Yeshivat Maharat en 2009, Weiss avait créé ce titre afin d’éviter la question de l’ordination des femmes au poste de rabbin. Mais ce n’est pas arrivé. Le Conseil rabbinique d’Amérique, un groupe orthodoxe, a interdit aux synagogues d’employer des femmes à des fonctions religieuses en 2015, une initiative suivie cette année par l’UO.

Friedman a expliqué que ce débat crée une image négative pour l’orthodoxie moderne.

« Je suis triste pour l’orthodoxie que l’on prête tant d’attention à ce que les femmes ne peuvent pas faire », a-t-elle déclaré. « Peut-être pouvons-nous penser à une identité plus constructive de notre mouvement que ‘les femmes ne peuvent rien faire dans l’orthodoxie’. C’est destructeur sous de nombreux aspects ».

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