Macron exprime sa « solidarité » à Pedro Sanchez après les « menaces » commerciales de Trump
Pedro Sánchez, qui a déclaré "nous ne serons pas complices par peur de représailles" a refusé à l'aviation US l'accès à des bases militaires situées en Andalousie

Le président français Emmanuel Macron a exprimé mercredi la « solidarité » de la France au Premier ministre espagnol Pedro Sanchez après les menaces commerciales de Donald Trump à l’encontre de l’Espagne, a annoncé l’Elysée.
« Le président vient d’échanger avec le Premier ministre Sanchez pour lui dire la solidarité européenne de la France en réponse aux récentes menaces de coercition économique dont l’Espagne a été la cible », a déclaré la présidence française.
L’Union européenne s’est dite pour sa part « prête à réagir » pour défendre ses intérêts et ceux de ses Etats membres, face aux menaces de Trump.
« La Commission va s’assurer que les intérêts de l’Union européenne soient pleinement protégés. Nous sommes solidaires de tous les Etats membres et de leurs citoyens et sommes prêts à réagir si nécessaire, à travers notre politique commerciale commune, pour défendre les intérêts de l’UE », a précisé un porte-parole.
Dans une allocution prononcée mercredi, Pedro Sánchez a promis que son pays ne serait « pas complice » des attaques américano-israéliennes menées en Iran « par peur des représailles de certains », une référence directe au dirigeant américain.
Le Premier ministre espagnol a également sans surprise dénoncé les objectifs, selon lui, « pas clairs » des armées américaine et israélienne contre Téhéran, jugeant « inacceptable » que « des dirigeants (…) utilisent l’écran de fumée de la guerre pour dissimuler leur échec ».
Cette prise de parole tranche avec le ton beaucoup plus prudent employé ces derniers jours à Paris, Londres ou Berlin, et vient alimenter le bras de fer verbal entre le chef de gouvernement espagnol et le président américain.
Depuis plusieurs mois, Donald Trump s’en prenait déjà régulièrement au dirigeant espagnol depuis que Madrid s’est opposé à l’augmentation de ses dépenses de défense à 5 % de son PIB comme le veut le nouvel objectif de l’Otan.
« L’Espagne a été terrible »
Mardi, Donald Trump a cette fois-ci vivement reproché au gouvernement espagnol de gauche de refuser à l’aviation américaine l’accès à des bases militaires situées dans le sud du pays pour sa campagne militaire contre l’Iran entamée samedi.
Au cœur de cette polémique, la base navale de Rota et de celle aérienne de Morón, dont l’utilisation est définie par un accord signé en 1953 entre les Etats-Unis et l’Espagne, à l’époque dirigée par Franco.
« L’Espagne a été terrible », a affirmé le locataire de la Maison Blanche, menaçant directement Madrid de « cesser » les relations commerciales entre les deux pays.
Face à ces déclarations, la Commission européenne a pris mercredi la défense de l’Espagne, quatrième économie de la zone euro, assurant dans un communiqué être « prête à réagir » pour « défendre (ses) intérêts ».
Mais mardi, le chancelier allemand Friedrich Merz, assis aux côtés de Donald Trump, était, lui, resté silencieux en public, ce qui a « surpris » les autorités espagnoles, a reconnu mercredi le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares.
Jusque-là, « la réaction de l’UE aux attaques contre l’Iran n’a pas été très cohérente », analyse Ángel Saz Carranza, directeur du centre d’analyse espagnol EsadeGeo.
L’Espagne, elle, appelle depuis samedi à une cessation des hostilités et une résolution pacifique du conflit.
« C’est cela être « du bon côté » de l’histoire ? », l’avait interpelé lundi le ministre israélien des Affaires étrangères sur X, après le satisfecit exprimé par Téhéran au sujet de la position de Madrid.
Primero Hamas les agradecen a Sánchez.
Después los Huthis le agradecieron a Sánchez.
Ahora Irán le agradecen.
Eso es estar en el “lado correcto” de la historia? pic.twitter.com/9moC6A3L1X— Gideon Sa'ar | גדעון סער (@gidonsaar) March 2, 2026
En Espagne, la prise de position de Pedro Sánchez est vue par certains observateurs comme un moyen de resserrer son électorat autour d’une thématique qui fait consensus au sein de la gauche espagnole.
Entre défaites dans des scrutins régionaux, affaires judiciaires visant des proches et accusations de harcèlement sexuel au sein de son Parti socialiste (PSOE), le moment politique est en effet délicat pour le dirigeant socialiste, à un an des prochaines législatives.
Sur X, le patron du Parti populaire (droite), principal parti d’opposition, Alberto Núñez Feijóo, a exhorté Donald Trump à « respecter » l’Espagne, tout en accusant Pedro Sánchez d’utiliser la politique étrangère à des fins « partisanes ».
Même le quotidien El País, réputé proche de la gauche, a mis en garde Pedro Sánchez mercredi matin, avant son intervention, en lui suggérant « d’éviter la tentation (…) d’utiliser l’immense animosité qui existe à l’égard de Trump dans la société espagnole pour gagner en popularité ».
Le slogan pacifiste « Non à la guerre » avait été utilisé par la gauche espagnole en 2003 lors de l’intervention militaire des Etats-Unis en Irak, où des troupes de Madrid avaient été déployées un temps, sous le gouvernement de droite de José Maria Aznar, alors très aligné sur les positions américaines.
Les attentats jihadistes qui avaient fait 192 morts le 11 mars 2004 dans quatre trains de banlieue à Madrid avaient dans ce contexte été attribués par de nombreux Espagnols à cette intervention en Irak, et la gauche avait remporté les législatives organisées trois jours plus tard.
Mardi, Donald Trump a menacé de « cesser tout commerce avec l’Espagne », lui reprochant son refus de laisser les États-Unis utiliser des bases militaires situées en Andalousie pour leur guerre contre l’Iran, ainsi que ses dépenses militaires qu’il juge insuffisantes.
« Nous allons cesser tout commerce avec l’Espagne. Nous ne voulons plus entendre parler de l’Espagne », a déclaré le président américain depuis la Maison Blanche, où il reçoit le dirigeant d’un autre pays européen, le chancelier allemand Friedrich Merz.
« L’Espagne a été terrible », a attaqué Trump, en reprochant au gouvernement socialiste de Pedro Sanchez de refuser à l’aviation américaine l’accès à des bases militaires situées dans le sud du pays pour mener sa campagne militaire contre l’Iran.
« C’est le seul pays de l’OTAN qui n’a pas accepté de consacrer 5 % de son PIB à des dépenses militaires, comme le veut le nouvel objectif de l’OTAN poussé par Washington », a-t-il également rappelé.
« L’Espagne a été très, très peu coopérative », a encore regretté Trump.
Dans un communiqué, le gouvernement espagnol a réagi aux propos du président américain en assurant que l’Espagne était « un partenaire commercial fiable pour 195 pays dans le monde », dont les États-Unis.
« Si l’administration américaine souhaite revoir sa relation commerciale avec l’Espagne, elle devra le faire dans le respect de l’autonomie des entreprises privées, de la légalité internationale et des accords bilatéraux entre l’Union européenne et les États-Unis », indique ce communiqué.
« Notre pays dispose des ressources nécessaires pour contenir d’éventuels impacts, aider les secteurs qui pourraient être affectés et diversifier les chaînes d’approvisionnement », est-il également écrit.
Plus tôt dans la journée, avant les propos de Trump, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, avait déclaré n’avoir « eu aucune conversation avec aucun représentant nord-américain » et n’avoir « reçu aucune plainte » au sujet des bases militaires de Rota et Morón.
Il avait souligné que ces bases, utilisées « conjointement avec les États-Unis », étaient « sous souveraineté espagnole ».







