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Mansour Abbas dit craindre pour sa vie

Le parti islamiste demande qu'il soit protégé; des manifestants de droite l'ont qualifié de "terroriste"; le Shin Bet dit ne pas avoir été sollicité pour sa sécurité

Des activistes de droite et du Likud protestent contre le gouvernement israélien à Tel Aviv, le 7 décembre 2021. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Des activistes de droite et du Likud protestent contre le gouvernement israélien à Tel Aviv, le 7 décembre 2021. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Le chef du parti Raam, Mansour Abba, s’est dit inquiet des incitations à la violence lancées contre lui et craindre pour sa vie, ont fait savoir des sources proches du député à la Douzième chaîne, vendredi.

Abbas, entré cet année dans l’Histoire quand il a décidé d’intégrer sa formation, le parti islamiste Raam, dans la coalition au pouvoir, aurait dit à ses proches qu’il craignait que des Juifs d’extrême-droite ne s’en prennent à lui et ne le tuent – citant des mouvements de protestation récents où des manifestants en colère l’avaient qualifié de « terroriste ».

« Voir des milliers de gens crier que je suis un terroriste, cela équivaut à appeler à ce que mon sang coule », aurait-il dit, ajoutant que « ce qui m’inquiète le plus, c’est que ceux qui hurlent le plus fort savent très exactement qui je suis, ce que je suis, et qu’ils n’ont aucune difficulté à envisager de m’éliminer pour atteindre leurs objectifs politiques ».

En rejoignant la coalition – qui comprend des formations de droite, centriste et de gauche – Abbas a permis d’obtenir la toute petite majorité nécessaire pour écarter Benjamin Netanyahu et son parti du Likud au pouvoir après plus d’une décennie.

Mansour Abbas, chef du parti Raam, dirige une réunion de faction, au Parlement israélien, le 19 avril 2021. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Abbas lui-même n’aurait pas demandé un renforcement de la sécurité autour de lui, mais les membres de la formation l’auraient fait. Ils auraient été frustrés de ne pas avoir eu de réponse de la part de l’agence de sécurité du Shin Bet.

Le Shin Bet, de son côté, a dit ne pas avoir reçu de requête demandant un réexamen de la sécurité autour d’Abbas, notant que la responsabilité de la protection des députés revenait à la Garde de la Knesset. Les services de sécurité ont ajouté ne pas avoir connaissance de menaces particulières à l’encontre du chef de Raam.

« Nous aimerions établir clairement que lorsque le Shin Bet reçoit des renseignements ou des mises en garde concernant des menaces faites aux parlementaires, il agisse immédiatement », a dit le Shin Bet à la Douzième chaîne.

Plusieurs députés de la coalition ont bénéficié d’une sécurité renforcée ces derniers mois. La majorité sont des parlementaires de droite qui ont été accusés de trahison pour s’être unis à la gauche et à un parti arabe.

Le ministre des Services religieux Matan Kahana (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Récemment, le ministre des Affaires religieuses Matan Kahana a été menacé alors qu’il prône actuellement des réformes profondes des services religieux en Israël – des réformes très impopulaires auprès de la communauté ultra-orthodoxe du pays.

Kahana, membre de Yamina, le parti de droite du Premier ministre Naftali Bennett, est un Juif strictement orthodoxe. Il affirme que ses initiatives visent à renforcer le caractère juif d’Israël.

Il a bénéficié d’une protection supplémentaire ces derniers jours en raison de menaces proférées à son encontre – notamment des décrets halakhiques de din rodef et de pulsa dinura.

Le décret talmudique de din rodef, ou « loi sur le persécuteur du peuple juif », autorise le meurtre, hors de toute justice, d’une personnalité représentant une grave menace. Le quotidien Haaretz a fait savoir que c’était un groupe extrémiste qui avait émis ce décret contre Kahana.

Une source sécuritaire anonyme a déclaré au journal qu’il s’agissait de la menace la plus grave contre un politicien depuis qu’un décret de din rodef avait été lancé contre l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin avant son assassinat.

Pulsa dinura – « les cils de feu » en araméen – est une malédiction kabbalistique. Le rituel consiste à invoquer la sanction divine et il a des précédents sombres dans la mystique juive comme dans la politique israélienne. Un groupe d’extrémistes de droite avait accompli le rituel contre Rabin à peine un mois avant sa mort et un autre avait prétendu avoir organisé la même cérémonie six mois avant la chute de l’ancien Premier ministre Ariel Sharon.

Former prime minister Ariel Sharon (photo credit: Sharon Perry/Flash90/File)
Ariel Sharon (Crédit : Sharon Perry/Flash90/File)

Pour sa part, Netanyahu a demandé ces derniers jours que la sécurité autour de sa famille soit renforcée, citant des menaces provenant d’Israël et de l’étranger.

Il a dit vendredi prévoir de porter plainte suite à des menaces récemment reçues alors même que la protection de haut-rang assurée auprès des membres de sa famille doit expirer la semaine prochaine.

« N’abandonnez pas la sécurité de mon épouse et de mes enfants », a-t-il supplié dans une vidéo qui a été partagée sur les réseaux sociaux.

La protection fournie par l’État à la famille Netanyahu doit prendre fin lundi, six mois après le départ de l’ex-Premier ministre de ses fonctions. Netanyahu, pour sa part, a droit à 20 ans de protection après avoir quitté la résidence du Premier ministre.

L’ancien Premier ministre a cité un post publié sure Facebook par le mouvement politique du Crime minister, qui avait cherché à l’écarter de ses fonctions. La publication disait : « Lundi prochain, la sécurité de Sara Netanyahu et de ses deux fils ne sera plus assurée. Des surprises à attendre ? »

« Il y a une menace claire ici… avec la mention explicite de la date de la suppression de la sécurité et l’opportunité offerte de s’en prendre à eux, » a dit Netanyahu.

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