Meirav Cohen : Nous ne croyons pas Netanyahu, ni en Netanyahu
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Meirav Cohen : Nous ne croyons pas Netanyahu, ni en Netanyahu

La ministre de l'Egalité sociale dit que c'est "très dur" de servir sous l'autorité du Premier ministre Likud, disant que "de deux maux, il faut choisir le moins mauvais"

La nouvelle ministre de l'Egalité sociale  Meirav Cohen lors de la cérémonie de sa prise de fonction au ministère, à Jérusalem, le 18 mai 2020 (Crédit :  Flash90)
La nouvelle ministre de l'Egalité sociale Meirav Cohen lors de la cérémonie de sa prise de fonction au ministère, à Jérusalem, le 18 mai 2020 (Crédit : Flash90)

Dans un entretien diffusé vendredi, la nouvelle ministre israélienne de l’Egalité sociale, Meirav Cohen, issue de la formation Kakhol lavan, a estimé qu’il était « très dur » pour elle de servir dans un gouvernement placé sous l’autorité du Premier ministre Benjamin Netanyahu, disant que « nous ne le croyons pas et nous ne croyons pas en lui ».

Cohen, ancienne activiste dans la lutte sociale qui a rejoint le parti Hossen LeYisrael de Benny Gantz, en 2019, avant qu’il ne fusionne avec Yesh Atid de Yair Lapid pour former l’alliance Kakhol lavan, a déclaré que sa formation « ne pourra pas sortir indemne de cette situation en termes d’image » mais elle a ajouté espérer que « qu’entre deux maux, nous ayons su choisir le moins mauvais ».

Gantz, Lapid et Yaalon s’étaient présentés ensemble lors de trois scrutins consécutifs sur la promesse d’incarner une alternative à Netanyahu, promettant solennellement de ne jamais siéger à ses côtés dans un gouvernement tant que le Premier ministre serait en proie à des déboires judiciaires.

Néanmoins, Gantz était revenu sur sa promesse après trois campagnes électorales non-concluantes qui avaient échoué à mettre en place un gouvernement. Il a finalement conclu un accord de partage de pouvoir avec Netanyahu, le mois dernier.

Merav Cohen du parti Kakhol lavan, ministre de l’Egalité sociale, à la Knesset de Jérusalem, le 11 avril 2019 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La décision prise par Gantz a entraîné la dissolution de Kakhol lavan, avec le départ de Yesh Atid et de Telem – qui ont depuis pris la tête de l’opposition. Les anciens alliés de Gantz ont fustigé une « trahison » des électeurs.

Gantz, pour sa part, a expliqué que l’alternative d’un quatrième scrutin national pendant une pandémie mondiale – où son parti, selon les sondages, aurait pu perdre du terrain face à Netanyahu – n’était pas envisageable.

« C’est très dur pour moi. Très dur pour moi », a dit Cohen à la Douzième chaîne. « Je ne voulais pas que cela se passe ainsi. Il y avait deux choix : Entrer dans un gouvernement d’unité avec un homme qui – nous ne croyons ni en ce qu’il dit, ni même en lui – traîne derrière lui trois dossiers judiciaires… Et il n’y avait pas sinon d’autres options que d’aller vers un quatrième scrutin consécutif au cours d’une crise économique, sociale et sanitaire folle ».

Elle a déclaré que « ces deux options étaient terribles. J’espère vraiment qu’entre deux maux, nous avons su choisir le moins mauvais ». Elle a toutefois admis que « nous ne pourrons pas sortir de cette situation indemnes en termes d’image. C’est une situation dure ».

Merav Cohen de Kakhol lavan parle pendant un événement du parti au Cinema City de Jérusalem, le 28 mars 2019, avant les élections à la Knesset (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Kakhol lavan est entré dans le gouvernement en promettant de freiner les attaques lancées contre le système judiciaire par le Likud de Netanyahu et en promettant de maintenir le caractère démocratique des institutions. Mais lorsque le Premier ministre, lors de la journée de l’ouverture de son procès, s’est laissé aller à un discours dans lequel il a raillé la police et les procureurs avec une férocité sans précédent, le parti n’a émis que des communiqués feutrés sur la nécessité du respect des tribunaux et de l’état de droit.

Cohen qui, à 36 ans, est la plus jeune ministre du gouvernement, a été interrogée sur cette allocution faite par Netanyahu peu après la première rencontre du cabinet dont elle est membre.

« Je ne pense pas que cela ajoute quoi que ce soit à sa respectabilité » de se prêter à la victimisation et d’invoquer l’existence de vastes conspirations à son encontre, a jugé Cohen.

« Il serait préférable de sa part qu’il ne s’en tienne simplement qu’aux faits, qu’il se bat pour son innocence et je lui souhaite vraiment d’être blanchi des accusations qui le visent ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu fait une déclaration avant d’entrer dans une salle d’audience du tribunal de district de Jérusalem le 24 mai 2020, pour le début de son procès pour corruption. Parmi ceux qui l’accompagnent à partir de la gauche, on trouve les députés du Likud et les ministres Gadi Yevarkan, Amir Ohana, Miri Regev, Nir Barkat, Israel Katz, Tzachi Hanegbi, Yoav Gallant et David Amsalem. (Yonathan SINDEL / POOL / AFP)

« Je ne peux pas contrôler et je ne contrôlerai pas les mots qui sortiront de la bouche de Benjamin Netanyahu, de Miri Regev, de David Amsalem ou d’Amir Ohana », a-t-elle noté, évoquant des ministres du Likud connus pour leurs propos incendiaires. « Je ne peux pas contrôler ça. Mais nous disposons d’un droit de veto au sein de ce gouvernement. Et nous utiliserons ce droit de veto comme un mur fortifié qui protégera l’état de droit ».

Alors qu’il lui était demandé quel était son sentiment de se retrouver à servir au sein du plus large de toute l’histoire d’Israël – avec 34 ministres et huit vice-ministres (un chiffre qui pourrait passer à 36 et 16 respectivement), Cohen a répondu : « Cela ne me plaît pas du tout. Je ne me sens pas à l’aise avec cette idée. C’est en particulier le cas alors que je me retrouve actuellement à m’occuper, nuit et jour, des citoyens qui, eux, sont réellement défavorisés ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le Premier ministre d’alternance Benny Gantz lors de la rencontre habdomadaire du cabinet à Jérusalem le 7 juin 2020 (Crédit : Menahem KAHANA / AFP)

Avant d’être élue, Cohen était connue pour son activisme dans les luttes sociales – en particulier à Jérusalem – sur l’emploi, le logement et autres défis socio-économiques. Elle a été membre du conseil municipal de la capitale de 2011 à 2013.

Le ministère des Affaires sociales est notamment chargé d’améliorer la situation des citoyens du troisième âge et leurs conditions de vie et de la promotion des droits des femmes et des minorités.

Cohen a expliqué que le précédent gouvernement avait « échoué à protéger les personnes âgées » pendant la crise du coronavirus. Elle a déclaré qu’à son entrée au ministère, elle avait découvert « un système qui n’était pas organisé, pas ordonné, ni en période normale et sûrement pas en période de crise ».

A l’apogée de la pandémie de coronavirus, la maladie s’était propagée rapidement dans de nombreuses maisons de retraite de tout le pays et il y a eu un fort pourcentage de décès enregistrés dans les structures accueillant des citoyens du troisième âge. De plus, les quatorzaines et autres mesures de distanciation physique, mises en place pour entraver la propagation de la COVID-19, a laissé de nombreux Israéliens en situation de solitude et d’isolement.

Interrogée sur la manière dont elle compte améliorer le travail de ses bureaux, elle a répondu qu’ « au moins, nous avons identifié les problèmes et les missions indispensables à mener apparaissent maintenant clairement. Et j’espère vraiment que nous saurons nous montrer à la hauteur dans l’exécution de ces tâches ».

La Douzième chaîne a montré Cohen rencontrant des personnes âgées pour écouter les difficultés qu’elles ont pu rencontrer pendant la crise.

Cohen a accouché de son troisième enfant il y a quelques semaines, quelques jours après avoir été nommée ministre. Même si elle reste chez elle, une grande partie du temps, aux côtés de son nouveau-né, elle continue à organiser des réunions et à diriger le ministère depuis son domicile.

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