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Mont du Temple : L’envoyé de l’ONU évite de prendre parti face aux violences

Tor Wennesland a pris part à une réunion organisée en urgence à huis-clos ; malgré les pressions palestiniennes, il n'y a pas eu de déclaration publique

Le Coordinateur spécial pour la paix au Moyen-Orient, Tor Wennesland, lors d'une visioconférence avec le Conseil de Sécurité, le 26janvier 2021. (Crédit :  Daniela Penkova/UNSCO)
Le Coordinateur spécial pour la paix au Moyen-Orient, Tor Wennesland, lors d'une visioconférence avec le Conseil de Sécurité, le 26janvier 2021. (Crédit : Daniela Penkova/UNSCO)

L’envoyé au Moyen-Orient des Nations unies a évité d’attribuer à une partie ou à l’autre la responsabilité des violences récentes survenues sur le mont du Temple à Jérusalem pendant une réunion d’urgence du Conseil de Sécurité durant laquelle il a informé les membres de l’évolution de la situation, ont fait savoir deux diplomates proches du dossier au Times of Israel.

Dans un communiqué qui a été diffusé après cette rencontre à huis-clos, Tor Wennesland s’est contenté d’exprimer son inquiétude face à une possible escalade tout en appelant les responsables à prendre des initiatives visant à réduire les tensions et à éviter de nouvelles provocations.

Israël s’inquiétait de la possibilité d’être la seule partie blâmée pour ces affrontements au vu du nombre important de vidéos circulant actuellement sur les réseaux sociaux qui montrent des policiers israéliens entrer, vendredi, dans la mosquée al-Aqsa, frappant des journalistes, des femmes et des enfants dans le complexe.

Dans le cadre d’une initiative visant à influencer les membres du Conseil de sécurité avant cette rencontre de mardi, le ministère israélien des Affaires étrangères avait fait parvenir à chaque délégation un communiqué comprenant des séquences montrant des Palestiniens jetant des pierres et d’autres objets sur les troupes israéliennes, sur le mont du Temple/complexe de la mosquée al-Aqsa, des images accompagnées d’un message affirmant qu’Israël restait attaché au maintien du statu-quo dans le lieu saint, a fait savoir un responsable israélien au Times of Israel.

La mission palestinienne à l’ONU a aussi été en contact avec les membres du Conseil de sécurité, transmettant ses propres informations sur la situation volatile au mont du Temple au cours des derniers jours, a précisé un diplomate des Nations unies proche du dossier. Il a ajouté que la mission palestinienne avait exhorté les membres à « briser le silence » et à émettre une déclaration conjointe condamnant les actions israéliennes – mais qu’une telle initiative aurait nécessité un soutien à l’unanimité.

La majorité des quinze États-membres ont finalement choisi de faire écho au sentiment exprimé par l’envoyé de l’ONU dans leurs communiqués respectifs, au cours de la réunion à huis-clos, selon les diplomates qui ont néanmoins noté que les représentations émiratie et chinoise avaient pris la tête de quelques pays particulièrement critiques de la conduite de la police israélienne sur le mont du Temple/mosquée al-Aqsa.

Malgré ses liens de longue date avec Israël, la Chine est depuis longtemps l’un des États-membres de l’ONU les plus critiques des politiques mises en œuvre par Jérusalem à l’égard des Palestiniens – cela avait été particulièrement le cas pendant la guerre de l’année dernière à Gaza.

Les EAU, pour leur part, se sont alignés de manière croissante sur Israël lors de votes concernant des initiatives variées qui ont pu être prises par les Nations unies depuis la normalisation des relations entre les deux pays, en 2020. Mais sur la question de Jérusalem, Abu Dhabi semble rester fermement aux côtés des autres pays du monde arabe qui n’acceptent aucune démonstration de souveraineté de l’État juif sur le mont du Temple. Les EAU ont convoqué l’ambassadeur israélien dans le pays, mardi, pour faire part de leur opposition au comportement de la police israélienne dans le lieu saint.

Les membres du Conseil de sécurité des Nations unies se rencontrent à New York, le 19 avril 2022. (Crédit : Michael M. Santiago/Getty Images/AFP)

Dans sa déclaration faite après la réunion, Wennesland a dit être « profondément préoccupé par la trajectoire empruntée par les événements au cours des deux dernières semaines en Israël et en Cisjordanie occupée, une trajectoire qui a entraîné la mort de nombreux civils et de nombreux blessés ».

Quinze personnes ont été tuées au sein de l’État juif au cours de quatre attentats terroristes distincts, ces dernières semaines. L’armée a élargi ses activités visant à démanteler des cellules terroristes à travers toute la Cisjordanie, des opérations qui ont fait 17 morts du côté palestinien depuis le début du mois. La majorité des victimes – mais pas toutes – ont été abattues alors qu’elles participaient à des affrontements les opposant aux forces israéliennes.

« Et particulièrement inquiétantes sont les tensions accrues dont nous avons été témoins à Jérusalem ces derniers jours, dans la Vieille Ville et autour des lieux saints pendant une période de fête pour les musulmans, les Juifs et les chrétiens », a ajouté Wennesland.

Vendredi, des policiers sont entrés dans la mosquée al-Aqsa où des jeunes Palestiniens avaient stocké des pierres et des pétards, les lançant sur les forces de sécurité. Pendant les heurts qui ont suivi, environ 400 personnes ont été arrêtées et plus de 150 Palestiniens ont été blessés. De telles échauffourées ont recommencé le jour suivant également – même si elles ont été moins importantes.

« L’ONU reste en contact étroit avec toutes les parties concernées de manière à entraîner une désescalade de la situation. Le dialogue est constructif et j’encourage vivement les parties concernées à rester engagées dans ces discussions », a poursuivi l’envoyé.

« À cette période cruciale, alors que les tensions restent fortes et que certaines journées difficiles nous attendent encore, tous les efforts visant à apaiser les tensions doivent être encouragés tandis que les provocations, les tentatives de désinformation et les incitations à la violence doivent être catégoriquement rejetées », a-t-il noté.

Des Palestiniens affrontent les forces de sécurité israéliennes sur le mont du Temple dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 15 avril 2022. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

De manière notable, cette référence faite par l’envoyé des Nations unies à la propagation d’informations mensongères et d’incitations à la violence a été presque identique aux éléments de langage qui ont été utilisés par les responsables israéliens qui ont affirmé, ces derniers jours, que le Hamas et d’autres groupes extrémistes avaient lancé une campagne dont l’objectif était d’attiser les tensions – disant de manière mensongère que l’État juif voulait violer le statu-quo sur le mont du Temple. Ces accusations ont amené, ces derniers jours, des milliers de Palestiniens à venir dans le lieu saint avec pour objectif de « défendre al-Aqsa ».

Israël n’a cessé de répéter son attachement au statu-quo qui établit que les musulmans peuvent visiter et prier dans le lieu saint alors que les Juifs ne peuvent s’y rendre qu’à des horaires choisis et qu’il leur est interdit d’y prier. Les autorités israéliennes ont aussi arrêté des extrémistes juifs qui cherchaient à aller sur le mont du Temple pour se livrer au sacrifice rituel de Pessah en égorgeant un mouton.

Mais la police israélienne, ces dernières années, a aussi autorisé les Juifs à prier discrètement sur le mont du Temple quand ces derniers ont pu être invités à parcourir le site par les employés du Waqf islamique jordanien – ce qui a pu s’apparenter à une violation subtile du statu-quo fragile.

Israël avait étendu sa souveraineté sur le mont du Temple et sur Jérusalem-Est après avoir capturé le secteur à ses occupants jordaniens pendant la guerre de 1967. L’État juif a toutefois autorisé le Waqf jordanien à continuer à administrer le lieu saint qui est connu des musulmans sous le nom de Haram al-Sharif, interdisant aux Juifs d’y faire la prière. Les Palestiniens revendiquent le secteur comme capitale de leur futur État indépendant.

Le mont du Temple est le lieu le plus saint du judaïsme dans la mesure où il a accueilli les deux temples bibliques. La mosquée al-Aqsa, pour sa part, est le troisième sanctuaire le plus sacré de l’islam.

Des Palestiniens tirent des feux d’artifice sur la police israélienne dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 17 avril 2022. (Crédit : Mahmoud Illean /AP)

Wennesland a conclu sa déclaration en soulignant que « les dirigeants des deux parties ont la responsabilité d’apaiser les tensions, de créer les conditions nécessaires au calme et de garantir que le statu-quo est protégé dans les lieux saints ».

Par ailleurs, cinq pays européens ont appelé dans une déclaration commune à l’arrêt des affrontements à Jérusalem, à l’issue de cette réunion d’urgence à huis clos.

« La violence doit cesser immédiatement. D’autres victimes civiles doivent être évitées » et « le statu quo des lieux saints doit être pleinement respecté », ont souligné dans cette déclaration l’Irlande, la France, l’Estonie, la Norvège et l’Albanie. C’est l’envoyée de la Norvège Mona Juul qui a lu cette déclaration.

« Nous condamnons tous les actes de terrorisme et les tirs de roquettes depuis Gaza vers le sud d’Israël », ont ajouté les cinq pays européens. « La détérioration de la situation sécuritaire met en évidence la nécessité de restaurer un horizon politique pour un processus de paix crédible », ont-ils ajouté.

« Nous soutenons tous les efforts de désescalade et nous répétons notre appel à toutes les parties, leur demandant de faire usage d’une retenue maximale et de s’engager réellement dans des initiatives qui permettront d’apaiser les tensions », a dit Juul.

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