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Netanyahu dément les accusations de la petite-fille d’Yitzhak Rabin

Noa Rothman avait affirmé qu'un fonctionnaire du bureau du Premier ministre avait qualifié son grand-père de "traître"

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu parle avec la petite-fille de l'ex-Premier ministre Yitzhak Rabin, Noa Rothman, lors de la cérémonie d'Etat à la mémoire de Rabin, au 23ème anniversaire de son assassinat, le 21 octobre 2018 (Crédit : Marc Israel Sellem/POOL)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu parle avec la petite-fille de l'ex-Premier ministre Yitzhak Rabin, Noa Rothman, lors de la cérémonie d'Etat à la mémoire de Rabin, au 23ème anniversaire de son assassinat, le 21 octobre 2018 (Crédit : Marc Israel Sellem/POOL)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est servi dimanche de son discours lors de la cérémonie commémorative en l’honneur d’Yizhak Rabin à la Knesset pour répondre à Noa Rothman, la petite-fille du Premier ministre assassiné.

Elle avait, plus tôt dans la journée, affirmé qu’un fonctionnaire du bureau du Premier ministre avait qualifié son grand-père de « traître ».

« À mon grand étonnement, et je suis toujours étonné, j’ai appris aujourd’hui qu’un porte-parole du bureau du Premier ministre a publié un post avec une photo de la poignée de main d’Yitzhak Rabin et Arafat à la Maison Blanche avec la légende ‘traître' », a-t-il déclaré en réponse à Noa Rothman, petite-fille de Rabin, lors de la cérémonie officielle tenue au mont Herzl.

« C’est malheureusement un exemple de la manière dont parfois, sous couvert d’un discours de lutte contre les incitations, d’un discours de modération, des affirmations sans fondement peuvent être avancées, non seulement contre moi mais contre une communauté entière, qui n’ont aucune base dans la réalité », a commenté Netanyahu, qualifiant l’assassinat de Rabin de « traumatisme national pour l’Etat d’Israël et traumatisme historique pour son peuple ».

« Ce n’est jamais arrivé », a-t-il déclaré.

Netanyahu a expliqué qu’il avait demandé à son bureau d’examiner la plainte de Rothman.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime lors d’une cérémonie de commémoration de l’assassinat de l’ex-Premier ministre Yitzhak Rabin, il y a 23 ans, à la Knesset, le 21 octobre 2018 (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Rabin avait été assassiné, le 4 novembre 1995, par Yigal Amir, un Juif extrémiste, opposé aux Accords d’Oslo et au transfert du contrôle de certaines parties de la Cisjordanie aux Palestiniens, tel qu’il avait été défini dans ce pacte de paix.

Dans les mois qui avaient précédé cet assassinat, les partisans d’une ligne dure politique – dont une grande part étaient des religieux fervents, convaincus de l’idée que dieu avait donné la terre sainte aux Juifs – avaient qualifié Rabin de traître. D’autres avaient appelé à sa mort.

Dans les semaines qui étaient passées avant le meurtre, Netanyahu et d’autres hauts-responsables du Likud avaient assisté à des rassemblements de droite où Rabin avait été taxé de « traître », de « meurtrier » et de « nazi » pour avoir signé un accord de paix avec les Palestiniens. Incident de triste mémoire, Netanyahu – qui était alors le chef de l’opposition – s’était exprimé lors d’une manifestation dans le centre de Jérusalem où les participants avaient brandi des posters affublant Rabin de l’uniforme nazi ou du voile arabe.

Selon les critiques, Netanyahu – qui se trouvait sur un balcon en compagnie d’autres politiciens de droite, au-dessus de la place Sion, alors que les manifestants défilaient en dessous de lui, tandis que d’autres avaient également pris part à une marche, à Raanana, où les participants transportaient un cercueil – avait ignoré la rhétorique enflammée qui devait mener au meurtre de Rabin. Netanyahu a toujours prétendu ne pas avoir aperçu les affiches lors du rassemblement.

La petite-fille de feu le Premier ministre Yitzhak Rabin, Noa Rothman, s’exprime lors d’un service de commémoration marquant le 23ème anniversaire depuis l’assassinat de Rabin qui a eu lieu au cimetière du mont Herzl à Jérusalem, le 21 octobre 2018 (Crédit : Marc Israel Sellem/POOL)

Rothman, connue pour l’éloge funèbre déchirant qu’elle avait prononcé lors des funérailles de son grand-père après son assassinat, avait mis en garde, lors de son discours, contre les incitations continues émanant de la sphère politique dans son discours de dimanche, sur le mont Herzl.

« Il n’y a pas beaucoup de choses qui ont changé en 23 ans… Le sang pourrait couler en vain encore une fois », a-t-elle dit, affirmant que récemment, « une porte-parole du bureau du Premier ministre a tweeté une image de mon grand-père, avec notamment la photo où [Rabin et Arafat se serraient la main] à la Maison Blanche, oui, celle avec Arafat, avec la légende ‘traître’. »

Netanyahu, confus, avait semblé demander au président Reuven Rivlin, assis à côté de lui, ce à quoi Rothman faisait référence.

Un communiqué diffusé par le bureau du Premier ministre a indiqué que « après vérification de cette information, il est clairement apparu qu’elle se référait à un tweet d’un journaliste sans aucun lien avec le Premier ministre ».

« Il s’agit d’une calomnie sans fondement qui vient souiller l’importance de cet événement », a continué le communiqué du Premier ministre.

Le message auquel elle faisait référence aurait apparemment été écrit par la chroniqueuse du média politique Breitbart, Caroline Glick, qui a travaillé au bureau du Premier ministre au cours du Premier mandat de Netanyahu, de 1996 à 1999.

Dans le post incriminé, Glick avait partagé une image créée par l’ONG de droite Im Tirtzu, dépeignant plusieurs leaders israéliens sous l’angle des péchés pour lesquels les Juifs demandent pardon à Dieu à l’occasion de Yom Kippour. Les mots « nous t’avons trahi » étaient ainsi écrits sous une photo de Rabin et du chef de l’OLP, Yasser Arafat, en train de se serrer la main à la Maison Blanche, en 1993.

אני מבינה שאני הפכתי לאויבת העם של השמאל הסטליניסטי בימים האחרונים. אלדד יניב, המושחת שהביא לנו את בחירות "העמותות…

Posted by Caroline Glick on Friday, 21 September 2018

Yonatan Ben-Artzi, petit-fils de Rabin, a utilisé pour sa part son allocution pour attaquer Netanyahu qui, selon lui, divise le pays, affirmant qu’une telle scission entraînera la destruction d’Israël.

« Des dirigeants qui encouragent la ségrégation et les attaques violentes à l’encontre des opinions autres que les leurs, des dirigeants qui procèdent à des incitations en définissant et en cataloguant comme ‘aigris’ ou ‘gauchistes’ tous ceux qui pensent de manière différente, brisent ce que nous sommes et seront à l’origine de la destruction du prochain temple, » a accusé Yonatan Ben Artzi.

Yonathan Ben-Artzi, petit-fils de Yitzhak Rabin, s’exprime lors d’un rassemblement, place rabin à Tel Aviv, à l’occasion du 18 ème anniversaire de l’assassinat de son grand-père, le 12 octobre 2013 (Crédit : Roni Schutzer/FLASH90)

Ben Artzi a aussi mentionné la réprimande, la semaine dernière, par Netanyahu d’une femme qui avait interrompu son discours pour protester contre la fermeture d’une salle d’urgence dans le nord d’Israël. Le Premier ministre avait répondu à la femme qu’elle était « tout simplement inintéressante ».

« Les citoyens de l’Etat ont le droit d’avoir des dirigeants qui se préoccupent de leurs besoins et qui n’estiment pas que ce qui leur est nécessaire est inintéressant », a-t-il noté. « Les dirigeants qui se moquent et dénigrent des citoyens qui ressentent de la détresse (en raison de la situation actuelle en Israël) sont la source du même mal (que celui impliqué dans l’assassinat de Rabin) et ils approfondiront la scission, la division et le conflit interne dans ce pays »

Plus tôt dans la journée, lors de la réunion hebdomadaire du cabinet, Netanyahu avait fustigé ce qu’il avait qualifié d’incitations de la part de la gauche politique : « Aujourd’hui, j’ai entendu les propos vertueux et prétentieux de la (responsable de l’opposition) Tzipi Livni et de (la députée de l’opposition) Shelly Yachimovich. Ils ont affirmé qu’il n’y avait pas d’incitations lancées à gauche. Pas d’appels au meurtre, aucune allusion en faveur du meurtre », s’est exclamé Netanyahu.

« Je voudrais leur rappeler la représentation artistique à Bezalel, avec le noeud autour de ma nuque, la guillotine sur la place où avait lieu la manifestation contre moi et la réponse au post concerné faite par la petite-fille de Rabin, qui était là aujourd’hui, et qui avait écrit – je cite : ‘Peut-être avec le meurtre de Netanyahu, on pourrait avoir un jour tranquille’. Les incitations, d’où qu’elles viennent, doivent être condamnées et sans hypocrisie », a-t-il dit.

Livni avait accusé Netanyahu d’importer les incitations à la Knesset.

« La démocratie, supposée avoir été un dénominateur commun, est devenue controversée, presque un gros mot. Nous ne parlons plus seulement d’un panneau qui a pu être aperçu ou non depuis un balcon. Les incitations sont ici, dans la salle de la Knesset, elles figurent sur les comptes Facebook et Twitter du Premier ministre », avait-elle déclaré, appelant Netanyahu à cesser de tenter de museler par la loi les organisations de défense des droits de l’Homme.

Yachimovich l’avait également accusé, et la droite en général, d’être « à la tête du dialogue qui divise et incite ».

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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