Netanyahu met en garde Gantz contre la démolition d’un avant-poste
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Netanyahu met en garde Gantz contre la démolition d’un avant-poste

En amont de la probable première crise de la future coalition, le Premier ministre demande d'attendre l'ordre de démolition d'Evyatar : les terres pourraient appartenir à l'État

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

L'avant-poste d'Evyatar, au nord de la Cisjordanie, le 25 mai 2021. (Crédit 
: "Evyatar - new town in Samaria" / Facebook)
L'avant-poste d'Evyatar, au nord de la Cisjordanie, le 25 mai 2021. (Crédit : "Evyatar - new town in Samaria" / Facebook)

Fait rare, le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu a envoyé mercredi une lettre au ministre de la Défense Benny Gantz le mettant en garde contre la démolition d’un avant-poste illégal récemment établi par des Israéliens nationalistes religieux dans le nord de la Cisjordanie.

Dans cette lettre, le chef du cabinet de Netanyahu, Asher Ohayon, affirme que le chef du Commandement central de l’armée israélienne n’était pas habilité à publier cette semaine une directive interdisant toute construction supplémentaire dans l’avant-poste d’Evyatar et ordonnant à tous les habitants de quitter le site avec leurs biens à partir de la semaine prochaine. Ohayon a déclaré que des ordres militaires aussi sensibles nécessitaient l’approbation du Premier ministre – une affirmation que le ministère de la Défense a depuis rejetée.

« Il n’y a aucune stipulation dans la loi qui exige qu’un ordre de démarcation [par l’armée] dans la région de Judée-Samarie soit approuvé par le Premier ministre », a écrit le bureau de Gantz à celui de Netanyahu, affirmant au Premier ministre qu’il n’avait aucune autorité sur le site.

Ohayon avait également noté que le statut du terrain près de la jonction Tapuah, sur lequel des dizaines de structures ont été érigées sans aucun permis, reste flou. Le ministère de la Défense doit encore étudier le terrain. S’il détermine que suffisamment de temps s’est écoulé depuis que les propriétaires palestiniens d’origine avaient investi la zone, l’État prendra le contrôle du territoire et pourrait bien décider de légaliser l’avant-poste.

Les terres sur lesquelles Evyatar a été rétabli en avril appartenaient historiquement aux villages palestiniens adjacents de Beta, Kablan et Yitma, bien que les résidents n’y aient pas eu accès pendant des décennies pour des raisons de sécurité, selon l’armée.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le ministre de la Défense Benny Gantz se tournent le dos lors de la prestation de serment de la 24e Knesset. (Bureau du porte-parole de la Knesset)

Evyatar a déjà été rasé à plusieurs reprises depuis sa création en 2013, après le meurtre d’Evyatar Borovsky, résident de Yitzhar, lors d’une attaque au couteau au croisement de Tapuah.

L’avant-poste s’est rapidement développé au cours des deux derniers mois, passant à environ 40 bâtiments. Daniella Weiss, qui dirige l’organisation chargée de l’établissement de l’avant-poste de Nahala, a déclaré à Haaretz que 42 familles avaient déjà emménagé et que 75 autres familles souhaitaient faire de même.

Sur la page Facebook de l’avant-poste, on peut lire qu’Evyatar empêche la contiguïté entre les villages palestiniens environnants tout en reliant l’implantation israélienne de Tapuah à la jonction de Za’atara et à l’implantation de Migdalim.

L’administration civile, l’organe du ministère de la Défense chargé d’autoriser les constructions en Cisjordanie, a déclaré dans un communiqué que les bâtiments d’Evyatar avaient été érigés « illégalement, sans les permis nécessaires ».

Elle a ajouté que « l’application de la loi [contre le bâtiment illégal] sera effectuée conformément aux procédures appropriées et sera soumise à des considérations opérationnelles. »

La décision d’aller ou non de l’avant avec la démolition constituera probablement l’un des premiers défis pour le nouveau gouvernement qui doit prêter serment dimanche.

La terre adjacente au carrefour de Tapuah, dans le nord de la Cisjordanie, où se tenait l’avant-poste d’Evyatar avant sa destruction, quelques heures auparavant. (Autorisation : Tzvi Succot)

Alors qu’il a présidé à des dizaines de démolitions de ce type en tant que Premier ministre, Netanyahu s’apprête à s’opposer à cette initiative alors qu’il aura été exclu du gouvernement et à remettre en question les convictions de droite de la nouvelle coalition dirigée par le président de Yamina, Naftali Bennett, ancien directeur du Conseil de Yesha.

Bien que les partis Yamina, Tikva Hadasha et Yisrael Beytenu soient des soutiens de longue date du mouvement des implantations, ils siégeront au sein d’un gouvernement avec les partis de gauche Meretz et du Parti travailliste, qui s’opposent à la construction israélienne au-delà de la Ligne verte. Les partis centristes Kakhol lavan et Yesh Atid sont susceptibles de soutenir également une telle démolition, étant donné qu’Evyatar a été incontestablement construit de façon illégale.

Lundi, Moshe Arbel, député du Shas, a fait entrer clandestinement des matériaux de construction à Evyatar, violant ainsi l’ordre militaire promulgué la veille.

Arbel a défendu ses actions, citant ce qu’il a décrit comme des constructions illégales rampantes dans la zone par les Palestiniens locaux.

« Lorsque je contacte le ministre de la Défense et qu’il me dit qu’il n’y a pas de réglementation et que nous ne pouvons pas faire respecter les constructions arabes [illégales], alors l’ordre qui interdit, exclusivement aux Juifs, de construire et d’apporter des matériaux de construction n’est pas légitime », a déclaré Arbel. « J’ai utilisé mon immunité parlementaire pour aider à former l’implantation. Nous sommes venus ici pour construire ce pays. »

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