Nucléaire iranien : Si Trump ne peut pas « corriger » l’accord, il le quittera
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Nucléaire iranien : Si Trump ne peut pas « corriger » l’accord, il le quittera

Mike Pompeo a assuré que "les États-Unis se tiennent aux côtés d’Israël dans la bataille" contre les « activités perturbatrices et malveillantes » de l’Iran

Le Secrétaire d’État américain Mike Pompeo a rencontré dimanche le Premier ministre Benjamin Netanyahu et a déclaré que le président américain Donald Trump se retirerait de l’accord sur le nucléaire iranien si l’administration américaine « ne peut pas le corriger ».

Vent debout contre cet accord qui a pour but de limiter le programme nucléaire de Téhéran et l’empêcher de se doter de la bombe atomique en échange de la levée de sanctions économiques, M. Trump doit annoncer le 12 mai s’il « déchire » ce texte âprement négocié entre l’Iran et les grandes puissances (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie et Allemagne).

M. Pompeo assure que le président n’a pas encore pris sa décision mais n’a pas fait mystère de son opinion sur l’Iran.

« Il n’y a pas encore de décision », a confirmé dimanche John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale du président américain, sur la chaîne Fox.

Pour autant, Mike Pompeo n’a pas mâché ses mots envers l’Iran, juste avant de quitter Ryad: ce pays « déstabilise toute la région », « est le plus grand sponsor du terrorisme dans le monde », « vend des armes aux (rebelles) Houthis au Yémen », « dirige des campagnes de piratage informatique » et « soutient le régime meurtrier d’Assad » en Syrie.

« Nous sommes déterminés à faire en sorte que l’Iran ne détienne jamais l’arme nucléaire. L’accord dans sa forme actuelle ne présente pas cette garantie », a-t-il réaffirmé.

Son homologue saoudien Adel al-Jubeir s’est prononcé pour un durcissement de l’accord, notamment sur l’enrichissement de l’uranium et les inspections, et souhaité de nouvelles sanctions contre Téhéran pour son programme de missiles balistiques et son « ingérence dans les affaires des pays de la région ».

« Le président américain Donald Trump a été assez claire : l’accord est très mal fait. Il a ordonné à l’administration de tenter de le corriger, et si nous n’y parvenons pas, il s’en retirera », a déclaré Pompeo durant une conférence de presse conjointe avec Netanyahu après leur rencontre à Tel Aviv.

« C’est très simple », a-t-il ajouté.

Pompeo a également mis en garde contre les « activités perturbatrices et malveillantes » de l’Iran.

« Nous sommes très préoccupés par la dangereuse escalade des menaces entre l’Iran et Israël, et par l’ambition de l’Iran à dominer le reste du Moyen Orient », a-t-il dit.

« Les États-Unis se tiennent aux côtés d’Israël dans cette bataille », a ajouté Pompeo.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyauh et le Secrétaire d’État à la Défense Mike Pompeo, à Tel Aviv, le 29 avril 2018. (Crédit : Haim Zach / GPO)

Netanyahu a remercié Pompeo pour son opposition et celle de Trump à l’obtention de l’arme nucléaire par l’Iran et pour leur engagement à contrer l’agression iranienne.

« Cette agression a de nombreuses facettes, depuis la signature de l’accord sur le nucléaire iranien. Si l’on pensait que l’agression iranienne serait modérée grâce à cet accord, c’est l’inverse qui s’est produit », a-t-il dit.

« L’Iran tente d’engloutir pays après pays. L’Iran doit être stoppé », a déclaré Netanyahu, qualifiant le « mariage entre l’Islam militant et les armes nucléaire » de plus grande menace au monde.

Avant leur rencontre au ministère de la Défense à Tel Aviv, Pompeo avait qualifié Israël de « partenaire extrêmement important », et avait affirmé que le pays occupait « une place spéciale dans mon cœur »

Netanyahu a félicité Pompeo pour sa récente investiture au poste de Secrétaire d’État, et a déclaré qu’Israël était fier de faire partie de son premier voyage en tant que diplomate.

Secretary of State Mike Pompeo and Prime Minister of Israel Benjamin Netanyahu

US Secretary of State Mike Pompeo and Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu ahead of their meeting in Tel-Avivמזכיר המדינה האמריקאי מייק פומפאו וראש ממשלת ישראל בנימין נתניהו בכניסה לפגישת עבודה משותפת בתל אביב

Posted by U.S. Embassy Tel Aviv, Israel on Sunday, 29 April 2018

« Nouvel accord »

La semaine passée, l’Iran et la Russie ont catégoriquement rejeté l’idée d’un nouvel accord et affiché leur volonté d’en rester au seul texte existant.

A Ryad, M. Pompeo a lui assuré que Washington allait « continuer à travailler » avec ses « alliés européens » pour « corriger » cet accord.

A ce titre, Theresa May, la chancelière allemande Angela Merkel et le président Français Emmanuel Macron se sont parlé par téléphone dimanche, a indiqué le bureau de la Première ministre britannique. Ils ont rappelé leur engagement « à continuer de travailler étroitement, ensemble et avec les Etats-Unis sur la façon d’aborder les défis que pose l’Iran, y compris les sujets qu’un nouvel accord pourrait couvrir », d’après Downing Street.

Parmi ces sujets: « les missiles balistiques, ce qu’il advient à l’expiration de l’accord nucléaire et l’activité régionale déstabilisante de l’Iran ».

Ces sujets s’apparentent à trois des « quatre piliers » récemment évoqués par M. Macron auprès de Donald Trump –dans ce scénario, l’accord actuel constitue uniquement le « premier » d’entre eux.

En Arabie saoudite, le nouveau chef de la diplomatie américaine s’était entretenu dès samedi avec M. Jubeir et avait dîné avec le prince héritier, Mohammed ben Salmane. Il a été reçu dimanche par le roi Salmane avant de prendre la direction d’Israël.

Mike Pompeo en a profité pour réaffirmer le plein soutien de Washington à son allié saoudien sur le Yémen, où Ryad a pris la tête en 2015 d’une coalition contre les rebelles Houthis, soutenus par l’Iran.

Ce conflit a fait près de 10 000 morts et provoqué « la pire crise humanitaire du monde », selon l’ONU.

M. Pompeo a par ailleurs expliqué qu’il avait aussi discuté de la possibilité de voir Ryad faire davantage pour soutenir les opérations antijihadistes dirigées par Washington en Syrie, comme le souhaite Donald Trump.

« C’est un problème compliqué », a-t-il dit aux journalistes dans l’avion qui l’emmenait en Israël, assurant qu’il était « confiant » dans le fait que Ryad allait aider Washington, sans entrer dans les détails.

« Je veux d’abord m’assurer que nous sommes sur la même longueur d’ondes », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il souhaitait voir « les Etats du Golfe travailler aux côtés (des Etats-Unis) pour s’occuper de leur propre région ».

« Atout exceptionnel »

A peine investi jeudi comme 70e secrétaire d’Etat, l’ancien patron de la CIA a également une mission plus personnelle: montrer, fort du soutien de M. Trump, que la diplomatie américaine est de retour après le mandat compliqué de Rex Tillerson, brutalement limogé en mars et qui n’était jamais parvenu à gagner la sympathie de M. Trump.

Ex-militaire de 54 ans, Mike Pompeo a traversé un épineux processus de confirmation parlementaire après sa nomination par M. Trump mi-mars.

Il a fait face à l’opposition d’une majorité de démocrates dénonçant son attitude va-t-en-guerre et des propos jugés islamophobes et homophobes, ainsi qu’à l’aile libertarienne des républicains craignant ses velléités interventionnistes.

Donald Trump a qualifié M. Pompeo d' »atout exceptionnel » pour les Etats-Unis à un « moment critique ».

« Etre professionnel, faire de la diplomatie -de la diplomatie américaine- tout autour du monde, voilà ma mission », a-t-il dit vendredi à Bruxelles après une rencontre avec des fonctionnaires de son ministère travaillant à l’Otan.

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