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« Pas d’indication » d’un usage illégal de Pegasus par la police, selon une enquête

Le ministère de la Justice affirme que NSO avait coopéré lors de l'enquête sur l'usage présumé du logiciel-espion Pegasus contre des dizaines de civils israéliens

Le logo du NSO Group sur un smartphone placé sur un clavier. (Crédit : Mundissima/Alamy)
Le logo du NSO Group sur un smartphone placé sur un clavier. (Crédit : Mundissima/Alamy)

Une enquête sur des accusations lancées à l’encontre de la police qui avaient entraîné une onde de choc dans le pays – les forces de l’ordre étaient mises en cause pour avoir illégalement utilisé un logiciel-espion pour pirater les téléphones cellulaires de citoyens israéliens – a établi « qu’aucune indication » ne venait corroborer l’hypothèse de telles intrusions illicites à la vie privée.

Une enquête du ministère de la Justice, placée sous la direction de la procureure-générale-adjointe Amit Marari, avait été ouverte suite à un reportage explosif qui avait été publié dans le journal Calcalist, le mois dernier, qui avait affirmé que la police avait utilisé le logiciel-espion Pegasus du NSO Group sans supervision judiciaire appropriée. Calcalist avait affirmé sans apporter d’éléments de preuve que des dizaines de personnalités – notamment d’anciens directeurs-généraux de ministères, des hommes d’affaires ou des membres de la famille ou des proches de l’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu — avaient été illégalement espionnés par la police.

Mais les conclusions intermédiaires de l’enquête de Marari (des investigations auxquelles deux anciens responsables du Shin Bet ont participé) n’ont trouvé aucune preuve soutenant les accusations de Calcalist. Selon un premier rapport de l’enquête qui a été publié lundi, « il n’y a aucune indication laissant penser que la police israélienne a utilisé Pegasus sans ordonnance préalable d’un tribunal pour pirater les téléphones » de toutes les personnes qui avaient été citées dans le reportage.

De plus, un communiqué du ministère de la Justice a noté que l’enquête n’avait pas permis de prouver qu’il y avait eu des tentatives manquées d’utiliser Pegasus sans supervision judiciaire, et qu’elle n’avait pas permis non plus d’établir que des logiciels similaires avaient pu être utilisés par la police de logiciels similaires pour surveiller les individus cités.

La procureure-générale-adjointe Amit Marari (Autorisation)

« Les contrôles technologiques ont prouvé qu’il n’y avait aucune indication comme quoi la police israélienne a utilisé le système Pegasus pour pirater, sans ordre du tribunal, le téléphone portable d’une des personnes de la liste publiée dans la presse », a affirmé Amit Marari.

Marari a remarqué que la police avait informé le ministère de la Justice que trois personnes avaient fait l’objet d’une ordonnance de la Cour autorisant un tel piratage, disant que seulement deux personnes avaient été finalement prises pour cible par le logiciel-espion et que l’espionnage n’avait réussi que dans un seul cas.

Le communiqué du ministère de la Justice a indiqué que l’enquête allait continuer et s’élargir en se penchant sur la surveillance éventuelle d’autres Israéliens dont le nom ne figurait pas sur la liste originale de Calcalist.

« Il est prévu que les vérifications se poursuivent », a écrit l’équipe de Merari.

L’ex-chef de police Roni Alsheich s’exprime lors d’une conférence à l’université Reichmann, le 13 février 2022. (Crédit : Adi Cohen Tzedek)

En réponse aux investigations, un communiqué de Calcalist a fait savoir que ces conclusions préliminaires « doivent être prises en considération avec sérieux et elles nécessitent un réexamen des conclusions et des accusations que nous avons publiées ». Une telle enquête est actuellement en cours, a précisé le journal, qui a ajouté que « quand elle sera terminée, nous n’hésiterons pas à apporter toutes les corrections nécessaires ».

Si l’ancien commissaire de la police israélienne, Roni Alsheich, a démenti, la semaine dernière, que la police avait eu accès au logiciel-espion Pegasus, les investigations de Marari ont clairement établi que les forces de l’ordre avaient une licence leur permettant d’utiliser Pegasus ainsi qu’un autre logiciel-espion, dont le nom reste indéterminé jusqu’à présent.

Dans des propos qui ont suivi la diffusion des résultats préliminaires de l’enquête, Alsheich a déclaré avoir lu le rapport et ne pas être « surpris ».

Les enquêteurs ont annoncé qu’ils avaient rassemblé une liste de numéro de téléphones de personnalités qui ont été susceptibles d’avoir été piratés, ajoutant que les responsables du NSO Group avaient coopéré aux investigations. Marari a fait savoir que son équipe avait mené « une enquête technologique seulement » et qu’elle ne s’était pas penchée sur les informations qui avaient pu être recueillies ou sur les victimes présumées.

L’enquête a aussi noté qu’elle avait mené des investigations « directes » sur les numéros de téléphone de trois directeurs-généraux de ministère nommés dans le reportage de Calcalist : Shai Babad, Emi Palmor et Keren Terner. Selon les investigations, leurs téléphones n’auraient pas été piratés.

De gauche à droite : Keren Terner Eyal, ancienne directrice-générale du ministère des Transports ; l’ancienne directrice générale du ministère de la Justice, Emi Palmor; et Shai Babad, ancien directeur-général du ministère des Finances. (Crédit : Flash90)

Le rapport n’a pas donné les noms des individus qui, selon la police, auraient été espionnés avec l’aval de la Cour à l’aide de Pegasus mais le Parquet avait fait savoir, la semaine dernière, que Shlomo Filber, ancien directeur-général du ministère des Communications devenu témoin de l’accusation dans le procès pour corruption de Netanyahu, avait été espionné avec Pegasus, et que la police avait tenté en vain de pirater le téléphone d’Iris Elovitch, elle aussi accusée dans le procès.

Les audiences, dans le procès Netanyahu, ont été suspendues la semaine dernière, la Cour attendant la réponse apportée aux accusations par le bureau du procureur. Elles n’auront pas non plus lieu cette semaine, l’un des juges ayant contracté le coronavirus.

Le Ministre de la Sécurité Publique Omer Barlev assiste à une cérémonie de la police israélienne pour le Nouvel An juif au Quartier Général de la police israélienne, à Jerusalem le 5 septembre 2021. Photo Olivier Fitoussi/Flash90 ***

De son côté, le ministre de la Sécurité intérieure Omer Barlev a indiqué que le rapport établi par Marari était un « acquittement franc et massif pour la police israélienne et pour toutes celles et tous ceux qui portent l’uniforme ». Il a noté qu’il y avait de nombreuses personnes qui devaient aujourd’hui « s’incliner et présenter leurs excuses » aux policiers « dont les noms ont été traînés dans la boue à tous les niveaux au cours de ces dernières semaines ».

Le reportage initial de Calcalist avait affirmé que plus d’une trentaine d’individus avaient été victimes d’un piratage illégal de téléphone – avec parmi eux Avner Netanyahu, fils de l’ancien Premier ministre ; le célèbre homme d’affaires Rami Levy; Ilan Yeshua, ancien directeur-général du site d’information Walla; Miriam Feirberg, la maire de Netanya et des activistes.

S’exprimant lundi dans la soirée, la nouvelle procureure générale Gali Baharav-Miara a indiqué que la police devait s’assurer que la technologie « est utilisée dans le cadre strict de la loi et nous devons déterminer comment enquêter sans compromis sur nous-mêmes ». Baharav-Miara a par ailleurs estimé que les conclusions intermédiaires de l’enquête de Marari « sont éloquentes ».

Le Premier ministre israélien Naftali Bennett avait promis le 7 février une « réponse » aux accusations visant la police, estimant que les informations « si elles sont vraies, sont très sérieuses ». Pegasus ne doit pas « être utilisé contre des citoyens », avait-il ajouté.

NSO est également dans le collimateur d’enquêtes publiées à l’été 2021 par un consortium de 17 médias internationaux affirmant que son logiciel Pegasus avait permis d’espionner les téléphones de journalistes, d’hommes politiques parmi lesquels des chefs d’Etat, des militants et des chefs d’entreprises dans différents pays.

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