Plus d’un millier d’Israéliens aux funérailles d’un soldat seul américain
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Plus d’un millier d’Israéliens aux funérailles d’un soldat seul américain

Après la mort d'Alex Sasaki, apparemment due à une overdose, une députée demande une session à la Knesset sur une "tendance inquiétante" de suicides parmi les recrues immigrantes

Des soldats israéliens transportent le cercueil du soldat seul Alex Sasaki au cours de ses funérailles au cimetière militaire du mont Herzl à Jérusalem, le 28 mars 2019 (Crédit :  Yonatan Sindel/Flash90)
Des soldats israéliens transportent le cercueil du soldat seul Alex Sasaki au cours de ses funérailles au cimetière militaire du mont Herzl à Jérusalem, le 28 mars 2019 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Plus d’un milliers de personnes ont assisté aux funérailles d’un soldat seul américain au sein de l’armée israélienne jeudi, quelques heures après qu’un appel a été lancé sur les réseaux sociaux demandant à ceux qui le pouvaient de se rendre à la cérémonie d’inhumation.

Alex Sasaki, 27 ans, originaire de Laguna Beach, en Californie, a été retrouvé mort en début de semaine d’une overdose, a expliqué un responsable de l’ONG Keep Olim – qui le connaissait – au Times of Israel.

Ses funérailles ont eu lieu au cimetière du mont Herzl à Jérusalem.

Sasaki avait fait ses études à l’université de l’Oregon avant de partir pour Israël et d’entrer dans l’armée au sein d’une unité combattante. Il avait rejoint les rangs de Tsahal fin 2017 et il avait intégré l’unité d’élite Golani il y a un an.

« Il m’avait appelé le jour de mon anniversaire… pour me dire qu’il avait eu la brigade Golani. Il était très excité. Ça avait été tellement dur d’y entrer. Il avait fallu 16 mois après avoir fait son Alyah », a raconté sa mère Shelly, durant son éloge funèbre.

« Il ne s’est jamais plaint, pas une seule fois. Jamais il n’a dit combien c’était dur pour lui. Il était sur la frontière nord et jamais il ne s’est plaint de la difficulté [de son service], de sa solitude. Jamais », a-t-elle ajouté.

Alex Sasaki (Autorisation)

Expliquant entre deux sanglots la décision prise par elle et son mari d’inhumer Alex à Jérusalem, Shelly a déclaré que « ça a été le seul choix pour nous : le conserver ici, en Israël, sur cette terre qu’il adorait ».

Les amis de Sasaki avaient lancé une campagne sur les réseaux sociaux demandant au maximum de personnes de venir à ses funérailles, son unité ayant été appelée en renfort et étant immobilisée près de la frontière de Gaza en raison des récentes attaques à la roquette et autres émeutes. De nombreux autres militaires israéliens de la région de Jérusalem ont donc assisté à la cérémonie – ainsi que de parfaits étrangers.

Les publications demandaient également à ce que les gens rendent visite aux parents du soldat décédé, dans un hôtel de Jérusalem, où ils font leur shiva.

Tandis que l’armée israélienne a fait savoir qu’elle enquêtait toujours sur les circonstances de cette mort, le groupe Keep Olim, qui aide les nouveaux immigrants au sein de l’Etat juif, a suggéré que le soldat rencontrait des difficultés psychologiques et que Tsahal n’avait pas suffisamment agi pour aider Sasaki.

« Alex n’est pas mort à la guerre mais d’un manque de soutien psychologique au sein de l’armée », a ainsi commenté Tzvika Graiver, co-fondateur du groupe et président de KeepOlim.org, dans une publication Facebook. « Alex était un soldat seul qui avait fait son Alyah pour se porter volontaire au sein de Tsahal et devenir un combattant, uniquement pour ça. Malheureusement, la mort d’Alex n’est pas un phénomène isolé et il est le troisième soldat seul à avoir mis un terme fin à ses jours dans de tristes circonstances au cours des trois derniers mois seulement. »

La députée de Hatnuah Ksenia Svetlova a écrit mercredi sur Twitter qu’elle avait transmis en urgence une lettre au président de la Commission des affaires étrangères et de la Défense Avi Dichter réclamant une session d’urgence consacrée à ce qu’elle a qualifié de « tendance inquiétante ».

Des amis et la familles d’Alex Sasaki, un soldat seul américain, lors de ses funérailles au cimetière militaire du mont Herzl à Jérusalem, le 28 mars 2019 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans la lettre, elle a cité les chiffres issus du bureau central des statistiques, qui établissent qu’approximativement un tiers de tous les cas de suicides l’année dernière au sein de l’Etat juif ont concerné de nouveaux immigrants.

« Malgré tout, mes tentatives d’obtenir des informations précises sur le nombre précis de militaires s’étant suicidés au cours des dernières années n’ont débouché que sur des explications floues et évasives de la part de l’armée israélienne », a écrit Svetlova.

« Je le dis aux jeunes Juifs de la diaspora – n’intégrez pas l’armée tant que l’Etat ne se préoccupera pas de vous », a-t-elle écrit sur Twitter.

S’exprimant auprès du Times of Israël, Graiver, de Keep Olim, a souligné qu’aucune hotline de prévention des suicides n’existe pour les non-hébraïsants et que les personnels qui prennent en charge les problèmes psychologiques au sein de Tsahal ne sont même pas psychiatres.

L’armée, sollicitée pour des commentaires, n’a pas répondu au Times of Israel.

Un rapport établi par le contrôleur de l’Etat en 2018 avait conclu qu’il « n’y a pas de programme global et inter-agence, définissant les objectifs du pays en ce qui concerne l’intégration des soldats seuls vétérans – sans soutien familial – dans la société israélienne ».

Il y a approximativement 6 800 soldats qui servent actuellement au sein de l’armée israélienne et qui sont reconnus officiellement comme n’ayant ni parents dans le pays, ni soutien financier. La majorité des militaires appartenant à la première catégorie sont de nouveaux immigrants s’étant installés seuls en Israël, et la deuxième est plutôt constituée de citoyens nés au sein de l’Etat juif et issus de milieux défavorisés.

Judah Ari Gross a contribué à cet article.

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