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Pologne : Une ancienne résistante défend l’UE et les migrants

Après avoir combattu les nazis à Varsovie, Wanda Traczyk-Stawska se bat notamment pour rester au sein de l'UE, "une question de sécurité nationale"

Wanda Traczyk-Stawska aux commémorations du 77e anniversaire de l'Insurrection de Varsovie, au cimetière des insurgés de Varsovie, en Pologne, le 1er août 2021. (Crédit : Wojtek RADWANSKI / AFP)
Wanda Traczyk-Stawska aux commémorations du 77e anniversaire de l'Insurrection de Varsovie, au cimetière des insurgés de Varsovie, en Pologne, le 1er août 2021. (Crédit : Wojtek RADWANSKI / AFP)

Huit décennies après avoir combattu les nazis à Varsovie, l’ancienne résistante Wanda Traczyk-Stawska s’est lancée sur de nouveaux fronts, cette fois pour défendre la présence de la Pologne dans l’UE et pour aider les migrants.

« Tais-toi, idiot ! Sale brute ! » : à 94 ans, cette dame toute menue ne mâche pas ses mots quand elle s’adresse, vêtue d’un modeste imperméable et d’un béret militaire, à un groupe d’extrême droite qui tentait de brouiller une imposante manifestation en faveur de l’Union européenne.

Ce jour d’octobre, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté leur attachement à l’UE, après une décision de la Cour constitutionnelle contestant la primauté du droit européen, un pas, selon des experts, vers la sortie de la Pologne de l’Union européenne, dans un contexte d’euroscepticisme flagrant de la majorité nationaliste au pouvoir.

« Je suis une soldate, j’y vais droit », dit-elle à l’AFP, sourire au coin de la bouche, derrière sa tasse de thé, dans sa maisonnette décorée de drapeaux polonais et européen, dans un quartier excentré de Varsovie.

« Beignet »

Mme Traczyk-Stawska avait 12 ans quand l’armée allemande a envahi la Pologne. Membre du mouvement scout, elle rejoint la résistance. Sous le doux pseudonyme de « Beignet », elle se lance dans des actions de sabotage. 

À l’éclatement de l’Insurrection de Varsovie, le 1er août 1944, elle est de ces quelque 50 000 résistants qui se lancent contre l’occupant nazi. Elle est une des rares filles à porter une mitrailleuse, chose réservée alors généralement aux hommes.

En 63 jours de combats, près de 200 000 civils et insurgés ont péri et la ville a été transformée en un tas de ruines.

La jeune femme passe par quatre camps allemands de prisonniers de guerre, avant d’être libérée d’Oberlangen en 1945 par des forces polonaises opérant aux Pays-Bas et en Allemagne. Au retour au pays, elle travaille comme enseignante dans un centre pour enfants handicapés.

Wanda Traczyk-Stawska lors d’un entretien avec l’AFP, chez elle à Varsovie, le 28 octobre 2021. (Crédit : Wojtek RADWANSKI / AFP)

« Une mouche face à un éléphant »

Rester au sein de l’UE, « est une question de sécurité nationale (…) Ce serait quoi si on quitte l’Union ? On a déjà l’expérience de 1939 », quand la Pologne s’est retrouvée seule face aux puissances nazie et soviétique.

« C’est le pire danger pour nous (…) on se retrouverait comme une mouche face à un éléphant », impuissants, insiste l’ancienne combattante, d’une voix forte, contrastant d’avec sa posture fragile.

En rabrouant les inopportuns d’extrême droite, cofinancés par l’État et qui s’apprêtent à organiser le 11 novembre à Varsovie, une grande marche « patriotique », « j’étais furieuse », avoue-t-elle.

« J’étais montée sur la scène pour dire quelle était la Pologne de nos rêves à nous les insurgés (…), et c’était une Pologne bienveillante, tolérante. »

Son intervention lui a valu aussitôt des menaces de mort de la part d’inconnus.

« Honteux »

Mme Traczyk-Stawska saisit aussi l’occasion pour dire à l’AFP son désaccord au traitement réservé aux migrants et aux réfugiés qui tentent de traverser la frontière polonaise à partir du Bélarus. Des milliers d’entre eux errent depuis des jours dans le froid glacial de cette partie de l’Europe, avant pour la plupart d’être renvoyés, parfois à plusieurs reprises, entre les deux pays. 

Au moins 10 personnes y sont déjà mortes, dont sept sur le sol polonais, selon le quotidien Gazeta Wyborcza.

L’UE accuse l’homme fort bélarusse Alexandre Loukachenko d’avoir orchestré cette vague, en représailles aux sanctions imposées par Bruxelles à la suite d’une répression brutale de son régime contre l’opposition.

En réponse, le gouvernement polonais a imposé l’état d’urgence dans la zone frontalière, interdit l’accès des organisations humanitaires et médias, dépêché sur place des milliers de soldats et légalisé la pratique douteuse du refoulement direct, même pour les femmes et les enfants.

« Je suis engagée dans l’affaire des enfants à la frontière, déclare-t-elle. Si on ne change pas d’attitude face à ces enfants, ils vont mourir. »

« Il est impossible d’abandonner un enfant en danger. Cette façon de traiter les enfants à la frontière est une chose honteuse », insiste Mme Traczyk-Stawska en rappelant l’époque où, à l’âge de 12 ans, elle a vu des nazis « s’amuser à tirer sur des bébés ».

Insurgés, « nous sommes tous très vieux, sur le point de mourir. Pour nous, cette situation c’est quelque chose d’humiliant. On n’a plus la force de nous y opposer. On ne peut plus que pleurer. Enfin, pas tous, moi, je n’ai pas l’habitude de pleurer, j’étais soldate. » 

« Mais je regrette d’être si vieille et boiteuse. »

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