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Pour Netflix, les récits de sa série de films palestiniens doivent être « vrais »

Le géant défend ses "Histoires palestiniennes" après qu'un groupe pro-israélien a souligné les penchants pro-BDS de certains des réalisateurs

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Image du film 'Omar' du réalisateur palestinien Hany Abu Assad, sorti en 2013 et actuellement diffusé sur Netflix à partir du 21 octobre dans le cadre des nouvelles Histoires palestiniennes. (Autorisation : 'Omar' PR)
Image du film 'Omar' du réalisateur palestinien Hany Abu Assad, sorti en 2013 et actuellement diffusé sur Netflix à partir du 21 octobre dans le cadre des nouvelles Histoires palestiniennes. (Autorisation : 'Omar' PR)

Une majorité des films présentés dans le cadre de la nouvelle série des « Histoires palestiniennes » qui est diffusée sur Netflix ont été réalisés par des partisans du mouvement BDS (Boycott, Divestment and Sanctions) anti-israélien, selon le groupe de veille de droite Im Tirtzu.

Im Tirtzu a accusé 16 des 19 réalisateurs des films au programme d’avoir affiché leur soutien à BDS.

Le géant du streaming, qui déclare que les films diffusés dans le cadre de cette série « Histoires palestiniennes » sont « des drames sociaux », a rejeté cette mise en cause.

« Netflix croit en la liberté artistique et investit en permanence dans la véracité des récits qui sont narrés dans des œuvres réalisées dans le monde entier », a commenté la firme. « Cette série de films palestiniens illustre la profondeur et la diversité de l’expérience palestinienne, explorant les vies, les rêves, les familles, les amitiés et les amours des individus ».

La plateforme a financé des dizaines de séries israéliennes comme « Hit and Run, » « Fauda, » « Shtisel, » « When Heroes Fly » et d’autres, a fait remarquer un représentant de Netflix au sein de l’État juif.

Netflix a récemment diffusé un communiqué sur Twitter et sur Instagram qui a souligné son positionnement contre l’antisémitisme sous toutes ses formes, exprimant notamment son inquiétude face à une hausse préoccupante des crimes de haine et du négationnisme, a noté le représentant de Netflix.

Une grande variété d’œuvres et de réalisateurs caractérise cette série de films palestiniens. Il y a douze court-métrages et la sélection court sur plus d’une décennie de réalisations palestiniennes.

Certains réalisateurs sont chrétiens, d’autres musulmans. Il y a quelques femmes, notamment Jessica Habie, qui a réalisé en 2014 « Mars at Sunrise » et qui s’identifie comme étant issue d’une famille juive-arabe d’origine guatémaltèque.

Cinq des œuvres présentées ont été réalisées par Mahdi Fleifel, né dans un camp de réfugiés palestinien au Liban et qui s’est installé d’abord à Dubaï, puis au Danemark avec sa famille – mais ses films et le nom même de sa société (Nakba FilmWorks – [Nakba signifie « catastrophe » en arabe et correspond à la création d’Israël) parlent du lien familial avec la terre perdue et de la désillusion face à l’absence de perspectives pour l’État palestinien.

Tandis qu’un grand nombre des réalisateurs des films diffusés sur Netflix vivent dorénavant hors des frontières du Moyen-Orient, ils évoquent de manière répétée le conflit dans leurs œuvres cinématographiques pour l’inspiration constante qu’il apporte à leur travail.

Hany Abu Assad, réalisateur né à Nazareth, qui vit actuellement aux Pays-Bas et dont le film lauréat de 2013, « Omar », raconte l’histoire d’un jeune boulanger palestinien devenu militant, a toujours trouvé sa principale inspiration dans ses racines palestiniennes.

« Je vis à l’étranger depuis 25 ans mais j’ai toujours eu le sentiment de faire partie du narratif palestinien », avait-il confié en 2013 au Times of Israel, se souvenant « d’expériences humiliantes » vécues à l’aéroport et aux checkpoints ou de sa tante qui n’avait pas pu se rendre au chevet de sa mère mourante en raison de problèmes liés aux frontières et à la résidence.

Abu Assad avait déclaré à Variety, au mois de mai – pendant l’escalade des violences entre Israéliens et Palestiniens à Gaza et aux environs de la bande – qu’en tant qu’artiste, il voulait « prendre part à la résistance en réalisant des films importants. Tout film palestinien est un acte de résistance parce que quand on réalise un film – qui est reconnu comme une forme supérieure de l’art – on défie, on dénonce la puissance suprématiste qui vous affirme que vous n’avez aucune valeur ».

Autre réalisateur de la génération d’Abu Assad, né à Nazareth, Elia Suleiman, qui vit à Paris depuis des années et qui est considéré dans l’industrie comme un héritier de Buster Keaton pour ses comédies existentialistes.

Deux de ses films, « Chronique d’une disparition » et « Intervention divine », sont actuellement diffusés en streaming sur Netflix.

Suleiman explique que ses premières œuvres cinématographiques avaient créé une onde de choc dans le public parce qu’ils décrivaient les réalités des vies des Palestiniens en revendiquant le droit à l’humour.

« Les gens avaient attaqué le film parce qu’ils avaient pensé qu’il ne pouvait être, sans nuance possible, qu’un engagement pour eux ou contre eux », avait-il commenté auprès du Irish Times au mois de juin. « Ou que ce type de film ne devait être utilisé que pour promouvoir la cause ou pour dénoncer la violence de l’autre partie, la violence de l’oppresseur. Et tout à coup, ce film humoristique est sorti et le public est allé jusqu’à me qualifier de traître, de collaborateur ».

Suleiman a reçu des fonds du gouvernement israélien pour « Chronique d’une disparition », un film réalisé en 2016, où il tient le premier rôle et qui est à découvrir aujourd’hui sur Netflix.

Il y avait eu une période brève, à la fin des années 1990 – après la signature des accords d’Oslo qui avaient été conclus entre Israël et l’Autorité palestinienne – où le Fonds israélien du film avait aidé à produire des œuvres au récit plus sensible au niveau politique, et permis à ces films d’être identifiés et distribués comme étant palestiniens, et non israéliens.

Quand le dernier film du réalisateur israélien Eran Kolirin, « Let There Be Morning, » – consacré à l’histoire d’une famille palestinienne – a été projeté en Première du festival de Cannes, cet été, les acteurs palestiniens ont boycotté l’événement en raison de l’identification israélienne, et non palestinienne, de l’œuvre.

Les choses sont compliquées, avait commenté au mois de juillet la réalisatrice Annemarie Jacir auprès du Deadline Hollywood. Le film de 2007 de Jacir, « Le sel de la mer », est aussi diffusé dans le cadre de la série des « Histoires palestiniennes » sur Netflix.

« Le Sel de la Mer » évoque le parcours d’une Américaine issue de la classe ouvrière dont les parents sont des réfugiés palestiniens et qui retourne pour la toute première fois sur la terre où sont nés ses parents.

Jacir avait déclaré que si l’histoire qu’elle racontait était primordiale, elle n’avait néanmoins pas souhaiter représenter toutes les voix palestiniennes.

« Je ne veux pas représenter la Palestine ou les Palestiniens. Je veux raconter des histoires qui, selon moi, sont ancrées dans la réalité ; des histoires qui m’intéressent réellement, qui sont compliquées et qui ne sont pas simplement lisibles en noir et blanc », avait-elle dit à Deadline.

« Je veux poser des questions, les laisser ouvertes. Mais parfois, quand on se trouve dans un espace où votre film est le seul à être originaire d’une région particulière, les gens ont envie que vous deveniez leur porte-voix ou ils veulent que votre film représente vraiment quelque chose ».

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