Pourquoi le virus est-il différent : 14 questions à un expert
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Pourquoi le virus est-il différent : 14 questions à un expert

Le professeur Allon Moses, directeur du Département de microbiologie clinique et des maladies infectieuses à l'hôpital Hadassah de Jérusalem, fait le point sur le virus

Des soldat israéliens portent des cartons de nourritures et d'autres produits de première nécessité qu'ils vont distribuer aux seniors placé à l'isolement dans la ville côtière de Bat Yam, le 7 avril 2020.  (Photo par JACK GUEZ / AFP)
Des soldat israéliens portent des cartons de nourritures et d'autres produits de première nécessité qu'ils vont distribuer aux seniors placé à l'isolement dans la ville côtière de Bat Yam, le 7 avril 2020. (Photo par JACK GUEZ / AFP)

Les experts qui dirigent l’effort d’Israël pour contrecarrer la pandémie du coronavirus évoquent Pessah, qui débute ce mercredi soir, comme moment critique.

Si les Israéliens respectent le confinement strict et – pendant 16 heures à partir de mercredi 15h jusqu’à jeudi 7h du matin – les restrictions de couvre-feu, et que le nombre de nouveaux cas quotidiens n’augmente pas dans les prochains jours, un processus graduel et échelonné de sortie du confinement pourrait être envisagé. Mais si les consignes ne sont pas respectées, l’épidémie pourrait devenir hors de contrôle. Israël pourrait alors pendre la voie empruntée par l’Italie, l’Espagne, les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

Afin de mieux comprendre ce que les experts médicaux ont appris sur le virus, et sur la manière de le combattre ces dernières semaines, le Times of Israël s’est entretenu avec le professeur Allon Moses, directeur du Département de microbiologie clinique et des maladies infectieuses à l’hôpital Hadassah de Jérusalem. L’entretien est sous la forme de questions-réponses, et il n’y a pas que des mauvaises nouvelles.

1. Comment voyez-vous les choses, d’un point de vue professionnel, au sujet de Pessah ?

Je suis préoccupé que Pessah n’entraîne un regain de nouveaux cas [parce que le gens pourraient se rassembler pour le Seder], même si un énorme effort est effectué pour éviter cela. Normalement, il faut entre 5 et 14 jours pour que les symptômes apparaissent. C’est alors que nous verrons l’impact de Pessah. Il est important que les gens respectent le couvre-feu comme ça a été ordonné. Ils ne doivent pas sortir.

Prof. Allon Moses. (Autorisation)

2. En vous basant sur les connaissances rassemblées ces dernières semaines, pourquoi ce virus est-il différent des autres virus ?

Il y a trois caractères distinctifs du virus. Premièrement, il était inconnu des humains – il venait probablement d’une chauve-souris – et puisqu’il est inconnu des humains, il n’y avait aucune immunité.

Deuxièmement, c’est un virus très infectieux. Sa capacité à se propager d’une personne à l’autre est forte – chaque personne infectée contamine, en moyenne, 2,5 à 4 autres personnes.

Et troisièmement, il a un taux de mortalité relativement élevé – le taux de mortalité est environ 20 fois supérieur à celui de la grippe, même si le SARS et le MERS ont des taux de mortalité supérieurs.

3. L’une des nouvelles régulations en Israël, qui entrera en vigueur dimanche, impose aux Israéliens de porter des masques à l’extérieur. Pourtant, au départ, il a été déclaré que les masques étaient surtout utiles pour les professionnels de santé. Pouvez-vous nous clarifier la situation ?

Nous sommes assez confiants du fait que le virus se transmet à travers des gouttelettes, qui peuvent être arrêtées par un masque.

Des femmes s’entraident pour porter des masques au marché Mahane Yehuda. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Le masque a une double fonction. C’est l’option la plus efficace pour quelqu’un qui est infecté [afin de ne pas transmettre le virus]. C’est moins efficace sur une personne qui pourrait être infectée, mais c’est tout de même utile que les gens se déplacent en portant des masques. Nous disons cela depuis longtemps ; c’est ce que je suggérais.

4. Quand arrivera le pic du virus en Israël ?

C’est difficile à dire. D’autres pays ont atteint un pic seulement après avoir eu beaucoup plus de cas et beaucoup plus de victimes que nous. Nous avons de la chance parce que le premier cas en Israël est arrivé un peu plus tard, et nous avons vu un nombre relativement réduit de cas et de décès. Le taux de mortalité est bas. Si vous regardez l’Espagne, ils ont un taux de mortalité élevé ; c’est pareil pour l’Italie. Pour l’instant, nous tenons bon, mais si nous nous relâchons [en terme des mesures de précaution], cela aura pour conséquence une augmentation du nombre de nouveaux patients.

5. Y-a-t-il des indications que le virus puisse muter ?

Pour l’instant, cela ne semble pas être le cas.

6. Les taux d’infection sont élevés dans certaines communautés ultra-orthodoxes. Est-ce à cause de certains personnes qui ont pris du temps à respecter les restrictions, ou à cause d’autres facteurs et de l’environnement ?

Je pense que c’est un peu des deux. Certaines personnes, qui n’ont pas respecté les règles, ont été infectées en dehors de leurs familles. Et ensuite, dans une communauté avec des familles nombreuses dans des petits appartements, la densité de population est plus forte [ce qui entraîne un fort taux d’infection]. C’est aussi à cause de certaines personnes qui sont allées à des mariages et des enterrements sans respecter les restrictions sur le nombre maximum de personnes autorisées.

Les membres de l’équipe médicale d’Hadassah Ein Kerem, portant des équipements de protection, manipulent un échantillon de test de coronavirus, à Jérusalem, le 24 mars 2020. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90 )

7. On parle beaucoup de l’importance de réaliser des tests. Comment s’en sort Israël dans ce domaine ?

Nous nous en sortons bien, mais ce n’est pas suffisant. Pour ma part, je n’hésite pas à faire passer un test : j’envoie des patients se faire tester même s’ils ont juste une petite fièvre. Pourquoi en faire une polémique ?`Nous devrions faire autant de tests que nous le souhaitons.

8. Certains jeunes ont une attitude désinvolte face au coronavirus. Ont-ils raison ?

Certains jeunes conduisent parfois sans ceinture de sécurité, malgré les risques. La mortalité chez les jeunes est clairement plus faible que celle chez les seniors, mais nous savons qu’il y a eu des cas graves et des morts dus au coronavirus parmi les jeunes. Donc, ne vous trompez pas : il y a un risque.

9. Comment estimez-vous le niveau de risque pour les seniors ?

La vulnérabilité des seniors est terrible. Le taux de mortalité des personnes âgées de plus de 80 ans [qui ont le virus] est de 20 %. C’est très mauvais.

10. Savoir que quelqu’un qui attrape le virus ne peut pas ensuite être ré-infecté ou transmettre le virus à d’autres personnes serait un soulagement. Savons-nous réellement si une personne peut attraper deux fois le virus ?

Nous n’avons pas encore de réponse définitive sur le sujet. Mais il y a une bonne chance qu’une personne qui a attrapé le virus [et qui a guéri] ne puisse pas être ré-infectée pendant longtemps. C’est une question importante, mais nous avons besoin de collecter plus d’informations et la réponse finale n’est pas encore disponible.

12. Quel est le dernier test sérologique – des tests qui peuvent montrer si une personne a été infectée par le virus, même si elle a depuis guéri ?

Il n’y a pas de test sérologique qui soit actuellement approuvé par les autorités de régulation.

Une femme promène son chien autour de la porte de Jaffa dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 23 mars 2020. (Crédit : Nati Shohat / Flash90)

13. Peut-on attraper le virus en caressant un animal – un animal de compagnie ou un chat errant – qu’une personne infectée a touché ?

Les surfaces peuvent transmettre le virus pendant un court laps de temps, et un animal de compagnie pourrait être assimilé à une surface.

14. Y-a-t-il quelque chose d’optimiste à souligner en vous basant sur votre expérience ?

Le personnel hospitalier et les soignants ont vraiment bien appris à se protéger. [Par rapport à quelques semaines auparavant], nous observons très peu de cas de personnel médical infecté.

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