Israël en guerre - Jour 259

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Pourquoi Smotrich n’a pas confiance en la Défense pour dépenser en vue des futures guerres ?

Le ministre des Finances se querelle avec Gallant et Halevi depuis des mois, estimant qu'ils ne peuvent pas planifier l'avenir de l'armée car ils ont échoué à empêcher l'assaut du Hamas

Le ministre des Finances Bezalel Smotrich lors d'une conférence de presse, à la Knesset, à Jérusalem, le 13 mars 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le ministre des Finances Bezalel Smotrich lors d'une conférence de presse, à la Knesset, à Jérusalem, le 13 mars 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Mercredi soir, le bureau du ministre des Finances Bezalel Smotrich a annoncé qu’il était parvenu à un accord avec le ministre de la Défense Yoav Gallant pour former une commission publique chargée d’examiner les dépenses de la défense.

La création de cette commission – qui sera composée de représentants des ministères des Finances et de la Défense, ainsi que du bureau du Premier ministre – « est une étape importante pour l’économie et la sécurité », a déclaré Smotrich, affirmant que les événements du 7 octobre et la guerre qui s’en est suivie ont « ébranlé bon nombre des hypothèses de base » sur lesquelles reposent les dépenses militaires.

La déclaration de Smotrich, qui n’a pas été suivie d’une annonce analogue de la part de Gallant, fait suite à des mois de tensions entre les deux ministres au sujet du budget de la défense nationale – un désaccord qui aurait retardé l’achat de deux escadrons de chasseurs et aurait empêché le transfert de plus de 6 milliards de shekels de fonds nécessaires à la guerre en cours contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza.

Le bras de fer remonte aux négociations sur le budget amendé de l’État pour 2024, qui a été adopté par la Knesset en mars. Le budget comprenait un financement supplémentaire de 70 milliards de shekels pour les besoins militaires et civils en temps de guerre, mais en échange de cette affectation, Smotrich a déclaré que Gallant avait accepté de créer une commission chargée d’examiner les dépenses de la défense, bien que le ministère de la Défense n’ait jamais donné suite à cette requête.

La demande de Smotrich de contrôler les dépenses de la défense est le fruit de sa conviction qu’après le 7 octobre, ceux qui sont actuellement en charge de l’armée israélienne ne devraient pas être autorisés à prendre des décisions à long-terme sur les futures capacités de combat de Tsahal.

Ce raisonnement a conduit à un certain nombre de querelles publiques avec Gallant et le chef d’état-major de l’armée, le lieutenant-général Herzi Halevi.

Le ministre de la Défense Yoav Gallant (à gauche) procédant à une évaluation quotidienne de la situation sécuritaire avec les hauts responsables de la sécurité, dont le chef d’état-major de l’armée israélienne Herzi Halevi, 26 octobre 2023. (Crédit : Ariel Hermoni/Ministère de la Défense)

Une conception « erronée »

S’adressant à la presse au début de la réunion hebdomadaire des factions de son parti HaTzionout HaDatit le 11 mars, l’homme politique ultra-nationaliste a fustigé Halevi au sujet d’une récente série de nominations à des postes de haut niveau, affirmant que l’on ne pouvait pas laisser les membres actuels de l’armée israélienne choisir ses futurs dirigeants.

Au contraire, à la suite de « l’échec » du 7 octobre, le mandat des dirigeants de l’armée doit être de « conduire la guerre et c’est tout », a-t-il déclaré, affirmant que Halevi n’avait « aucun mandat pour concevoir la nouvelle armée réformée de Tsahal ».

« Pour être clair, il s’agit maintenant d’une guerre et je soutiens pleinement l’armée à tous les niveaux et dans tous les rangs, même si je ne suis pas d’accord avec vous sur tout », a-t-il poursuivi, ajoutant que Tsahal ne peut pas « profiter » de ce soutien pour déterminer la stratégie future d’Israël en matière de sécurité.

Des soldats de l’armée israélienne, en opération dans la bande de Gaza ,sur une photo autorisée à la publication le 17 mai 2024. (Crédit : Armée israélienne)

Une semaine plus tard, Smotrich a poursuivi son attaque publique contre Halevi, le blâmant de l’incapacité du pays à empêcher l’assaut barbare et sadique du groupe terroriste palestinien du Hamas sur le sud d’Israël le 7 octobre, lors d’une interview accordée à la Douzième chaîne.

« Ce chef d’état-major de Tsahal nous a apporté l’un des plus grands désastres de l’histoire du pays », a estimé Smotrich.

Smotrich et le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir ont tous deux accusé ce qu’ils appellent « la conception », ou la stratégie de sécurité globale d’Israël avant le 7 octobre, d’avoir échoué à prévoir et à contrer l’assaut. Ils ont accusé Gallant, Halevi et d’autres de ne pas s’être débarrassés de ce qu’ils considèrent comme une conception stratégique erronée, et craignent qu’ils continuent d’investir dans le financement de la défense conformément à leur mauvaise conception.

Ben Gvir s’est également prononcé contre les nouvelles nominations de hauts responsables, allant même jusqu’à demander le licenciement de Gallant pour ce motif.

C’est cette conviction que les dirigeants militaires actuels sont investis dans une « conception » erronée de la défense du pays qui a conduit Smotrich à s’opposer à ce que l’establishment actuel puisse déterminer les futures dépenses de la défense sans contrôle accru.

« Au cours des deux derniers mois, toutes les approches de l’armée ont complètement échoué », a déclaré lundi au Times of Israel le député Ohad Tal (HaTzionout HaDatit).

« L’idée d’avoir une petite armée, qui repose essentiellement sur le renseignement, s’est effondrée le 7 octobre, cela ne fait aucun doute. La décision de réduire les troupes terrestres d’Israël a bien sûr lamentablement échoué », a-t-il poursuivi. « On ne peut pas permettre à ceux qui ont lamentablement échoué de façonner le prochain commandement de l’armée. »

Le député HaTzionout HaDatit Ohad Tal assistant à une réunion de commission, à la Knesset, le 6 décembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Il a insisté sur le fait que les besoins immédiats de la guerre étaient entièrement budgétisés, mais le quotidien Israel Hayom a rapporté mardi que le différend actuel sur les dépenses avait empêché le transfert de près de 6,3 milliards de shekels de fonds nécessaires pour la guerre à Gaza.

Sur X, Smotrich a qualifié l’article de « fake news », tandis que ni le bureau de Gallant ni Tsahal n’ont voulu confirmer ou infirmer son exactitude.

Dans un long message publié dimanche sur Facebook, Smotrich a affirmé que dans les « mois qui ont précédé la guerre, j’ai essayé respectueusement et poliment de contester, de poser des questions et de partager, au sein du cabinet et dans d’autres forums, et je me suis heurté à une sorte de mur ».

« Si je porte la responsabilité du 7 octobre, c’est parce que je n’ai pas renversé la table à ce moment-là, je n’ai pas insisté et je n’ai pas défendu ma position », a-t-il insisté.

Il a ajouté qu’il « refuse catégoriquement d’être un tampon pour des dizaines et des centaines de milliards de shekels qui seront investis de manière incorrecte ».

Pas d’improvisation

L’idée que les dirigeants militaires actuels ne peuvent pas être autorisés à prendre des décisions à long-terme est également à l’origine de la décision prise par Smotrich en avril d’opposer son veto à l’approbation de l’achat de nouveaux avions F-15 et F-35 jusqu’à ce que la commission de surveillance soit convoquée.

« Faire la même chose encore et encore sans apprendre des erreurs du passé nous mènera au désastre », avait-il alors déclaré, refusant d’approuver « le renforcement stratégique et à long-terme des forces futures » tant que la commission n’aurait pas publié ses recommandations sur le budget de la défense.

Un F-35i israélien participant à l’exercice multinational de défense aérienne « Blue Flag » à la base aérienne d’Ovda, au nord de la ville israélienne d’Eilat, le 11 novembre 2019. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Les deux escadrons de chasseurs, 25 chasseurs furtifs F-35i et 25 chasseurs F-15IA – la variante israélienne du F-15EX – devaient être financés par les 3,8 milliards de dollars d’aide militaire que les États-Unis accordent annuellement à Israël, dont la majeure partie doit être consacrée à l’achat d’armes américaines.

La retenue a irrité Gallant, qui a déclaré plus tôt ce mois-ci aux journalistes que « la perception israélienne selon laquelle il est possible d’assurer une sécurité accrue avec moins d’argent, face à des menaces qui ne font qu’augmenter avec des arènes de combat supplémentaires, est une perception erronée qui doit changer ».

Gallant a déclaré que le budget de la défense d’Israël devait être doublé, citant la récente attaque de missiles et de drones iraniens contre le pays, et a fait valoir que si Israël n’achevait pas « le processus d’achat des escadrons aux États-Unis dans un délai d’un mois, les avions seraient retardés de trois ans ». Selon lui, ce délai supplémentaire ajouterait un milliard de shekels au prix de l’accord.

Le porte-parole de Gallant n’a pas répondu à une demande du Times of Israel.

Le banquier s’exprime

Le gouverneur de la Banque centrale d’Israël, Amir Yaron, a soutenu jeudi la création d’une commission chargée d’examiner le budget de la défense israélienne, affirmant que la guerre en cours ne nécessite pas un « chèque en blanc » à l’armée pour l’avenir.

Yaron demande une telle mesure depuis janvier et appelle depuis longtemps le gouvernement à procéder à des ajustements fiscaux afin d’éviter que le déficit budgétaire ne devienne incontrôlable en raison de l’augmentation des coûts de la défense et des autres coûts de la guerre.

Selon Yaron, la guerre en cours contre le groupe terroriste palestinien du Hamas devrait coûter à Israël 253 milliards de shekels en dépenses de défense, en dépenses pour les besoins civils et en pertes de revenus fiscaux au cours des années 2023 et 2025.

Une unité d’artillerie israélienne tirant des obus en direction du Liban, depuis le nord d’Israël, le 15 janvier 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Une économie prospère exige la sécurité, et la sécurité exige une économie prospère. Par conséquent, la guerre ne doit pas être un chèque en blanc pour des dépenses de défense permanentes, et des équilibres appropriés doivent être trouvés », a déclaré Yaron jeudi, lors d’une conférence au College of Management Academic Studies.

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