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Programme nucléaire iranien : Le monde réfléchit à un « Plan B », selon Erdan

L'ambassadeur israélien affirme que les chances d'une réintégration de l'Iran dans l'accord sur le nucléaire sont passées de 80 à 30 %

L'ambassadeur israélien à l'ONU Gilad Erdan s'exprime devant un groupe de responsables des communautés juives américaines à New York, le 27 juin 2021. (Crédit : Shahar Azran)
L'ambassadeur israélien à l'ONU Gilad Erdan s'exprime devant un groupe de responsables des communautés juives américaines à New York, le 27 juin 2021. (Crédit : Shahar Azran)

L’ambassadeur israélien aux États-Unis et aux Nations unies, Gilad Erdan, a déclaré lundi que les États-Unis et les grandes puissances mondiales réfléchissaient de plus en plus à un « Plan B » pour stopper les ambitions nucléaires de l’Iran en cas d’échec des négociations.

« La communauté internationale et les Américains commencent à nous parler davantage d’un Plan B sur l’Iran », a déclaré Erdan au micro de la Radio militaire, sans détailler ce que pourrait être ce plan alternatif. « Par le passé, on estimait qu’il y avait 80 % de chances que l’Iran réintègre l’accord sur le nucléaire de 2015, mais ces évaluations sont tombées à environ 30 % de chances. »

« Si l’Iran ne réintégrait pas l’accord, ce serait l’image d’ensemble qui s’en trouverait changée aux yeux du monde entier », a-t-il ajouté.

Les propos d’Erdan ont été tenus peu avant le discours que doit prononcer le Premier ministre Naftali Bennett devant l’Assemblée générale des Nations unies – une allocution qui devrait se concentrer, entre autres questions, sur le sujet du programme nucléaire de la République islamique.

« L’orientation que va prendre son discours consistera à établir le fait que nous nous trouvons actuellement à une phase critique du programme nucléaire iranien », a dit l’un des conseillers du Premier ministre dans la journée de dimanche en soulignant les activités continues d’enrichissement d’uranium de Téhéran et la possible reprise des négociations sur le nucléaire à Genève.

Bennett évoquera aussi le soutien apporté par l’Iran au terrorisme régional et aux groupes armés, et il devrait aussi parler brièvement des nouveaux dirigeants de la République islamique, issus de la ligne dure.

Le Premier ministre Naftali Bennett dirige une réunion du cabinet au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, le 12 septembre 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Ces négociations de Vienne, qui ont été parrainées par l’Europe, visent à redonner vie à l’accord qui a été conclu entre la République islamique et les grandes puissances mondiales. Le pacte, connu sous le nom de JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action) allégeait les sanctions contre l’Iran en échange du démantèlement de certains pans de son programme nucléaire – avec pour objectif d’empêcher Téhéran de se doter de l’arme atomique.

Après le retrait des États-Unis de cet accord – un retrait qui a été décidé par l’ex-président américain Donald Trump – et la réimposition de sanctions écrasantes, l’Iran a de son côté abandonné certains de ses propres engagements, reprenant notamment ses activités d’enrichissement de l’uranium en les amenant à des niveaux susceptibles de permettre au pays de fabriquer une arme nucléaire d’ici quelques mois.

L’administration Biden a expliqué souhaiter réintégrer le JCPOA, si l’Iran, de son côté, revenait au préalable sur ses récentes initiatives et que le pays s’engageait à nouveau à respecter les dispositions du pacte. Mais les négociations entamées à Vienne se trouvent dans l’impasse depuis le mois de juin – période où l’ultra-conservateur Ebrahim Raisi a été élu à la présidence iranienne.

Au début du mois, des responsables de la sécurité américains et israéliens se sont rencontrés pour évoquer ce qu’ils pourraient faire si la République islamique ne devait pas réintégrer l’accord. Ces pourparlers discrets se sont concentrés sur un « Plan B » dont la nature n’a pas été précisée, selon le site d’information Walla.

Citant les propos de deux responsables israéliens qui n’ont pas été identifiés, le site a indiqué que cette rencontre en visioconférence avait réuni les membres d’un groupe stratégique bilatéral dont l’objectif était de collaborer pour empêcher l’Iran d’obtenir l’arme atomique. Il s’agissait de leur première réunion depuis l’arrivée au pouvoir du Premier ministre et du nouveau gouvernement israéliens, au mois de juin.

Images de l’installation nucléaire de Natanz diffusée par la télévision d’État iranienne, le 17 avril 2021. (Capture d’écran/Twitter)

À la tête des discussions de ce groupe consultatif stratégique Israël-États-Unis, se trouvent le conseiller à la sécurité nationale américaine Jake Sullivan, son homologue israélien Eyal Hulata et des responsables de la diplomatie des deux pays.

Les Israéliens auraient poussé les États-Unis à avancer des plans alternatifs au vu de l’impasse des négociations sur le nucléaire, ayant le sentiment que l’Iran cherchait actuellement à se retirer de ces pourparlers tout en faisant des progrès dans son programme nucléaire.

Un responsable israélien cité par Walla a déclaré que le principal message transmis par les États-Unis était que, si les pourparlers ne reprenaient pas rapidement, alors l’administration Biden imposerait de nouvelles sanctions à l’Iran. Ces sanctions ont déjà ravagé l’économie de la République islamique, faisant s’effondrer la devise nationale même si Téhéran s’est rebellé contre les pressions exercées.

Biden a fait part de sa volonté de réintégrer l’accord, négocié lorsqu’il était vice-président de Barack Obama et que l’Iran était placée sous l’autorité du président Hassan Rouhani, relativement modéré. Lors de l’Assemblée générale des Nations unies, mardi, Biden a affirmé que les États-Unis ne réintégreraient l’accord que si l’Iran devait à nouveau respecter tous ses engagements pris dans ce cadre, tout en jurant d’empêcher Téhéran d’obtenir l’arme atomique.

« Les États-Unis restent déterminés à empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire… Nous sommes prêts de notre côté à respecter à nouveau toutes les dispositions de l’accord si l’Iran fait de même », a-t-il commenté.

L’envoyé russe au sein de l’Agence internationale de l’Énergie atomique Mikhail Ulyanov devant le Grand hôtel de Vienne où des entretiens à huis-clos ont lieu avec l’Iran à Vienne, en Autriche, le 2 juin 2021. (Crédit : AP Photo/Lisa Leutner)

Les espoirs de redonner vie à l’accord moribond se sont accrus, au début du mois, quand l’Iran a convenu d’un nouveau compromis avec l’agence chargée de la question du nucléaire au sein de l’ONU concernant la surveillance de ses sites nucléaires.

Pour sa part, au début du mois, le ministre de la Défense Benny Gantz a indiqué être prêt à accepter un scénario où les États-Unis seraient amenés à négocier un nouvel accord avec l’Iran.

Tandis que des responsables de la défense israéliens n’appartenant pas au gouvernement ont pu afficher par le passé un certain degré de tolérance pour un accord négocié, quel qu’il soit, ce sentiment n’a pas paru être partagé chez les officiels de premier plan et Gantz semble être le membre de plus haut-rang du cabinet à avoir adopté publiquement un tel positionnement.

Le ministre de la Défense a aussi clairement établi qu’il voulait voir « un Plan B viable dirigé par les États-Unis » qui comprendrait des pressions significatives aux niveaux politique, diplomatique et économique de la part des États-Unis, de l’Europe, de la Russie et de la Chine – assorties d’une menace militaire crédible – si les négociations à Vienne devaient rester infructueuses.

Bennett a assuré à Biden, au mois d’août, alors qu’il se trouvait à la Maison Blanche, qu’il ne mènerait pas de campagne publique contre les efforts livrés par Washington pour contraindre l’Iran à réintégrer le JCPOA. Le leader israélien a aussi affirmé sans ambigüité, de son côté, qu’il était opposé à un retour des Américains dans l’accord.

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