Qatargate : la Cour prolonge l’interdiction de retour au cabinet de Netanyahu pour Urich
Pour le juge, en soutenant n'avoir rien fait de mal, le principal suspect présente un risque élevé de récidive et pourrait causer un grave préjudice à la sécurité de l'État
Jeremy Sharon est le correspondant du Times of Israel chargé des affaires juridiques et des implantations.

Jeudi, le tribunal de district de Lod a statué en faveur d’un prolongement de l’interdiction faite à Jonatan Urich, suspect dans l’affaire du Qatargate, de travailler dans le cabinet du Premier ministre ou de contacter d’autres personnes impliquées dans cette affaire. Cette décision annule le jugement rendu au début du mois par le tribunal de première instance de Rishon Lezion.
La cour a également interdit à Urich de quitter le pays au cours des 60 prochains jours.
Le 11 septembre, le tribunal a jugé que le maintien de l’interdiction faite à Urich de travailler au sein du cabinet du Premier ministre, ainsi que le demandait la police, constituait une atteinte à ses droits constitutionnels, et que les preuves visant à attester de la menace que représentait Urich pour la sécurité nationale ne suffisaient pas à justifier une telle atteinte.
Dans sa décision, le juge Amit Michles du tribunal de district de Lod a toutefois précisé qu’Urich soutenait n’avoir enfreint aucune règle en menant des activités de relations publiques pour le Qatar afin d’améliorer l’image de Doha « médiateur impartial » dans les négociations sur les otages, tout en exerçant simultanément les fonctions de conseiller du Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Urich affirmant n’avoir commis aucune faute, le risque qu’il récidive s’il réintègre le cabinet du Premier ministre est bien réel, a souligné Michles, « alors que [de tels actes] sont de nature à causer un préjudice considérable, tant à la sécurité de l’État qu’à d’autres égards ».
Dans cette affaire, Urich pourrait être accusé de corruption et d’abus de confiance.
D’après le juge, l’atteinte aux droits constitutionnels d’Urich était limitée, Urich étant déjà, dans la pratique, dans l’impossibilité de travailler au sein du cabinet du Premier ministre en raison des restrictions qui lui avaient été imposées précédemment, lui interdisant tout contact avec les personnes impliquées dans l’affaire – incluant notamment plusieurs personnalités du cabinet de Netanyahu.
C’est la cinquième fois que Michles annule une décision du tribunal de première instance de Rishon Lezion concernant le Qatargate. On peut citer l’exemple d’un jugement rendu le mois dernier qui visait à prolonger les restrictions imposées à Urich, à la suite d’un appel interjeté par la police contre la décision de la juridiction inférieure de les lever.
Le juge Menahem Mizrahi, du tribunal de première instance de Rishon Lezion, a vivement critiqué les multiples demandes de la police visant à imposer de telles restrictions. Il considérait en effet que rien ne justifiait de demander une interdiction pour Urich de travailler dans le cabinet du Premier ministre.
Le mois dernier, Mizrahi avait fait savoir qu’interdire à Urich l’accès à son lieu de travail constituait une « restriction sévère » de nature à porter atteinte à ses droits constitutionnels.
Urich et Eli Feldstein, ancien porte-parole de Netanyahu, auraient mené une campagne de relations publiques en faveur du Qatar visant à présenter le pays sous un jour favorable pendant plus d’un an après les attaques du Hamas contre Israël, le 7 octobre 2023, malgré les liens étroits unissant cet État du Golfe et le groupe terroriste.
Dans cette affaire, Urich est soupçonné de multiples infractions, notamment d’avoir accepté des pots-de-vin du Qatar, d’avoir été en contact avec un agent étranger et d’abus de confiance.
Durant l’audience du 19 août devant le tribunal de district, l’enquêteur de police Aviv Porat a rapporté que l’enquête sur le Qatargate avait conduit à un « sérieux soupçon » selon lequel, à la suite du pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre, des responsables israéliens auraient œuvré pour mettre en place un « plan orchestré » visant à « modifier le discours négatif à l’encontre du Qatar » (à cause du financement du Hamas par Doha).
« Ce plan a été approuvé par les responsables qataris, puis mis en œuvre. Dans le cadre de ce plan, de nombreuses mesures ont été prises pour changer l’image du Qatar, incluant au sein de l’État d’Israël, et l’accusé [Urich], ainsi que d’autres, aurait activement pris part à la mise en œuvre de ce plan, tout en travaillant simultanément au sein du cabinet du Premier ministre », a confié Porat à la cour.







