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Qatargate : Le tribunal de Lod prolonge les restrictions imposées à Jonatan Urich

Suite à l'appel de Lahav 433, le juge a invalidé la levée des restrictions empêchant le collaborateur de Benjamin Netanyahu de contacter d'autres suspects, dont le Premier ministre

Jonatan Urich, arrêté dans le cadre de l'enquête du « Qatargate », durant à son audience, au tribunal de Lod, le 19 août 2025. (Crédit : Jonathan Shaul/Flash90)
Jonatan Urich, arrêté dans le cadre de l'enquête du « Qatargate », durant à son audience, au tribunal de Lod, le 19 août 2025. (Crédit : Jonathan Shaul/Flash90)

Le tribunal de Lod a décidé mardi de prolonger jusqu’au 10 septembre les conditions restrictives imposées à Jonatan Urich, proche collaborateur du Premier ministre Benjamin Netanyahu et principal suspect dans l’affaire dite du « Qatargate », annulant ainsi une décision rendue par un tribunal de degré inférieur.

À la suite de cette décision, Urich a été convoqué mercredi pour un nouvel interrogatoire par l’unité anticorruption de la police israélienne, Lahav 433.

De conserve avec l’ancien porte-parole de Netanyahu, Eli Feldstein, Urich avait mené une campagne de relations publiques en faveur du Qatar afin de présenter cet État du Golfe sous un jour favorable avant la Coupe du monde de football 2022, qui devait se tenir à Doha. Il aurait poursuivi son travail de relations publiques pour le Qatar bien après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, malgré les liens de ce pays avec ce groupe terroriste.

Urich, Feldstein et un troisième conseiller de Netanyahu, Yisrael Einhorn, sont soupçonnés de multiples infractions liées à leur lobbying présumé en faveur du Qatar, notamment pour avoir été en contact avec un agent étranger, ainsi que pour une série d’actes de corruption impliquant des lobbyistes et des hommes d’affaires alors qu’ils travaillaient pour le Premier ministre. L’enquête s’est également étendue aux relations commerciales d’anciens responsables de la sécurité avec le Qatar.

La semaine dernière, le tribunal de Rishon Lezion avait rejeté une demande de la police visant à prolonger les restrictions imposées à Urich, qui lui interdisaient de contacter d’autres personnes liées à l’affaire, ainsi que quiconque travaillant au cabinet du Premier ministre, y compris Netanyahu lui-même. Dimanche, la police a fait appel de cette décision.

Outre ces conditions, Urich s’est vu interdire de quitter le pays jusqu’au 12 septembre.

Jonatan Urich, arrêté dans le cadre de l’enquête du « Qatargate », arrivant à une audience, au tribunal de Lod, le 19 août 2025. (Crédit : Jonathan Shaul/Flash90)

Le tribunal de Lod a annulé à plusieurs reprises les décisions du juge Menachem Mizrachi, du tribunal de Rishon Lezion, concernant la prolongation de la détention provisoire des suspects du Qatargate.

Dans sa décision rendue mardi, le juge Amit Michles, du tribunal de Lod, a confirmé l’appel de la police, estimant que la décision de la juridiction inférieure était fondée sur la question de savoir si Urich pouvait être considéré comme travaillant dans la fonction publique au moment des faits qui lui sont reprochés.

Michles a écrit que cette question ne pouvait être tranchée par un tribunal qu’une fois une mise en accusation prononcée à son encontre, qu’elle ne pouvait servir de base pour rejeter la demande de la police visant à prolonger les conditions restrictives et que l’affaire ne pouvait être jugée sans entendre les arguments du ministère public.

Il a également indiqué que la police avait rassemblé des preuves indiquant qu’Urich était un fonctionnaire, et fourni des preuves concernant « l’influence du défendeur sur les questions diplomatiques » et « la position du défendeur au sein du bureau du Premier ministre ».

Le juge a explicitement écrit qu’il ne partageait pas l’avis de Mizrahi selon lequel il n’existait pas de soupçon raisonnable qu’Urich ait commis les crimes de corruption et d’abus de confiance, des accusations qui ne peuvent être portées que contre des fonctionnaires.

Michles a également semblé critiquer la décision prise la semaine dernière par Mizrahi de révéler une partie du témoignage de Netanyahu lors de son interrogatoire en mars par l’unité de police Lahav 433, chargée des crimes majeurs, dans le cadre de l’affaire du Qatargate.

« J’ai délibérément évité de révéler, dans le cadre de cette décision, des détails et des citations supplémentaires tirés du dossier d’enquête, autres que ceux mentionnés de manière exhaustive, pour ne pas dire sans précédent, dans la décision du tribunal inférieur, compte tenu du risque inhérent à de telles décisions, à savoir que la divulgation excessive d’informations puisse nuire à une enquête encore en cours », a écrit Michles.

Le juge a également estimé qu’il était « étonnant » qu’Urich n’ait pas informé Netanyahu qu’il travaillait dans le domaine des relations publiques pour le Qatar, alors que les deux hommes entretenaient des relations de travail étroites.

Yisrael Einhorn (à gauche) avec Jonatan Urich (au centre) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, en 2019. (Crédit : Autorisation)

« Le témoignage du Premier ministre sur cette question, tel qu’il a été cité, de manière irrégulière, par le tribunal de première instance, renforce en réalité le soupçon que le défendeur lui a caché ses actions, même s’il s’agit, selon les déclarations des deux hommes, d’actions légitimes », a ajouté Michles.

« La question sera posée : si ces activités sont légitimes, pourquoi lui ont-elles été cachées, alors que certaines d’entre elles concernent directement ou indirectement des questions sensibles au cœur de l’agenda diplomatique et de sécurité de l’État d’Israël, dont le Premier ministre s’occupe bien évidemment ? »

Le juge a souligné que le travail présumé d’Urich pour le Qatar consistait à promouvoir l’image du Qatar en tant que médiateur dans les négociations avec le Hamas pour la libération des otages, notant que Mizrahi lui-même avait souligné ce fait.

Pour conclure, Michles a noté que la police avait déclaré qu’elle serait en mesure de mener à bien toutes les investigations nécessaires dans un délai de 45 jours, et a demandé à la police de clore l’enquête dans les plus brefs délais.

Au cours de l’audience de mardi, le commissaire Aviv Porat, chargé de l’enquête, a déclaré à la Cour qu’Urich avait affirmé n’avoir jamais dit à Netanyahu qu’il travaillait dans le domaine des relations publiques pour le Qatar, et que le Premier ministre avait lui-même déclaré n’avoir jamais été au courant que son conseiller principal travaillait pour Doha.

Interrogé par l’avocate d’Urich, Me Noa Milstein, sur la durée de l’enquête, Michles a répondu que la version des faits fournie par Urich avait changé au cours de l’enquête et qu’il était donc important de l’empêcher de contacter d’autres personnes liées à cette affaire.

Urich est soupçonné de multiples infractions liées à son travail pour un cabinet de lobbying pro-Qatar, notamment d’avoir accepté un pot-de-vin du Qatar, d’avoir été en contact avec un agent étranger et d’abus de confiance pour avoir, selon les procureurs, amélioré l’image du Qatar en tant que médiateur dans les négociations sur les otages, alors qu’il travaillait en même temps comme conseiller de Netanyahu.

Au cours de l’audience, Porat a déclaré à la Cour que l’enquête sur le Qatargate avait révélé une « suspicion substantielle » selon laquelle, à la suite des atrocités commises par le Hamas le 7 octobre, des responsables israéliens avaient œuvré pour mettre en place, au profit du Qatar, « un plan orchestré […] visant à changer le discours négatif à son encontre » en raison du financement du Hamas par Doha.

Montage photos (de gauche à droite) : Jonatan Urich, Eli Feldstein, le Premier ministre Benjamin Netanyahu. (Crédits : Flash90)

« Ce plan a été approuvé par les responsables qataris et a été mis en œuvre. Dans le cadre de ce plan, de nombreuses mesures ont été prises pour changer l’image du Qatar, y compris au sein de l’État d’Israël, et le défendeur [Urich], avec d’autres, aurait joué un rôle actif dans sa mise en œuvre, tout en travaillant au bureau du Premier ministre », a déclaré Porat à la Cour.

Il a ajouté que la police enquêtait sur des soupçons selon lesquels Urich était employé par le Likud, mais qu’il « travaillait en réalité dans le domaine de la diplomatie publique au sein du bureau du Premier ministre [et] avait, pendant une guerre, reçu un pot-de-vin d’un pays étranger auquel il fournissait des services similaires, sans divulguer son travail pour Doha ».

Porat a estimé qu’il était nécessaire de prolonger les conditions restrictives imposées à Urich pour l’empêcher de contacter d’autres suspects et personnalités liées à l’affaire et de compromettre ainsi l’enquête.

Il a également souligné que l’une des raisons pour lesquelles Urich avait été invité à travailler sur le projet de relations publiques du Qatar était ses liens étroits avec le cabinet du Premier ministre, pour lequel il travaillait, « ainsi que sa familiarité et sa proximité avec de hauts responsables gouvernementaux ».

L’avocate d’Urich a fait valoir que l’enquête pouvait se poursuivre sans restrictions et a souligné que d’autres suspects avaient déjà repris leur travail, y compris ceux qui étaient employés par des entreprises au coeur de l’enquête.

Milstein a également déclaré que les revenus d’Urich avaient été gravement affectés par ces conditions restrictives, alors que Porat soulignait qu’il continuait de percevoir un salaire mensuel du Likud.

Michles a toutefois fait remarquer que la perte de revenus d’Urich était principalement due au fait qu’il ne pouvait plus travailler pour la société Perception Strategy, qui l’avait engagé pour assurer les relations publiques du Qatar et dont il aurait reçu d’importantes sommes d’argent.

En réponse à cette décision, Urich a écrit sur le réseau social X : «Rien au monde ne m’empêchera de retourner travailler pour Netanyahu. »

La députée Tally Gotliv assistant à une audience concernant Jonatan Urich, au tribunal de Lod, le 19 août 2025. (Crédit : Jonathan Shaul/Flash90)

L’audience de mardi a donné lieu à des scènes peu plaisantes, comme par exemple lorsque la députée provocatrice Tally Gotliv (Likud) n’a eu de cesse d’interrompre les débats, ce qui a conduit Michles à ordonner son expulsion. Elle a refusé de partir, invoquant son immunité parlementaire, et a finalement été expulsée par les gardes.

Alors qu’elle était expulsée de la salle d’audience, Gotliv a traité le garde de sécurité chargé de l’expulser « d’animal » et l’a comparé au « Judenrat »,les conseils administratifs juifs créés par les nazis pour veiller à l’application de leurs ordres.

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