Israël en guerre - Jour 191

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Retour sur la conférence de presse de Jake Sullivan

Le Conseiller à la sécurité nationale s'est exprimé sur l'opération à Rafah, les négociations pour faire libérer les otages et la stratégie pour l'après-guerre

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, deuxième à droite, s'entretenant avec le ministre de la Défense Yoav Gallant, à droite, lors de leur rencontre avec le président américain Joe Biden, à gauche, pour discuter de la guerre entre Israël et le Hamas, à Tel Aviv, le 18 octobre 2023. (Crédit : Miriam Alster/Pool Photo via AP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, deuxième à droite, s'entretenant avec le ministre de la Défense Yoav Gallant, à droite, lors de leur rencontre avec le président américain Joe Biden, à gauche, pour discuter de la guerre entre Israël et le Hamas, à Tel Aviv, le 18 octobre 2023. (Crédit : Miriam Alster/Pool Photo via AP)

Le président américain Joe Biden a explicitement écarté toute possibilité de soutien, de la part de son administration, d’une offensive terrestre majeure à Rafah au cours d’un entretien téléphonique avec le président Benjamin Netanyahu qui a eu lieu lundi, a révélé le Conseiller à la sécurité nationale des États-Unis Jake Sullivan. Ce qui marque un net changement de positionnement alors que l’administration américaine indiquait, depuis des mois, qu’elle pourrait appuyer une telle opération, sous réserve du respect de certaines conditions.

« Une opération terrestre majeure, là-bas, serait une erreur. Elle entraînerait un plus grand nombre encore de victimes innocentes ; elle empirerait une crise humanitaire qui est d’ores et déjà dure ; elle approfondirait encore le climat d’anarchie qui règne à Gaza et elle isolerait encore davantage Israël sur la scène internationale », a déclaré Sullivan, qui présentait un compte-rendu de cet entretien de 45 minutes au début d’une conférence de presse organisée à la Maison Blanche.

Cet appel entre les deux dirigeants a été le vingtième depuis le début de la guerre qui a suivi l’attaque meurtrière lancée par les hommes du Hamas sur le sol israélien, le 7 octobre – mais il a marqué le premier échange entre les deux hommes depuis le 15 février. Un entretien qui s’est déroulé quatre jours après le discours sans précédent qui a été prononcé par le leader de la majorité au sénat Chuck Schumer, un fervent défenseur d’Israël, qui a appelé de ses vœux de nouvelles élections au sein de l’État juif pour remplacer Netanyahu à son poste. Le responsable, qui est le député juif de plus haut-rang au Congrès, a estimé que le Premier ministre s’était « égaré », ajoutant qu’il était dorénavant devenu un obstacle à la paix comme le sont aussi, selon lui, le Hamas, l’extrême-droite israélienne et le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas.

Biden a salué son discours dans la journée de vendredi, affirmant que nombreux Américains avaient le même sentiment que Schumer – même si la Maison Blanche a établi clairement que la décision d’un éventuel nouveau scrutin était, in fine, une responsabilité incombant à la population israélienne. Le discours de Schumer a entraîné, par ailleurs, l’ire de Netanyahu qui a accusé les États-Unis d’intervenir dans la politique nationale de l’État juif.

Sullivan a riposté, accusant Israël de davantage intervenir dans la politique américaine que ce n’est le cas dans l’autre sens.

Mais l’objectif poursuivi par la conférence de presse a été de présenter aux journalistes le nouveau positionnement – plus dur – adopté par l’administration américaine face à la perspective d’une large offensive à Rafah.

Le Conseiller à la sécurité nationale à la Maison Blanche, Jake Sullivan, lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche, à Washington, le 18 mars 2024. (Crédit : AP Photo/Andrew Harnik)

Les États-Unis ont indiqué, depuis plusieurs mois, qu’ils pourraient potentiellement apporter leur soutien à une offensive si (et seulement si) Israël présentait au préalable un plan crédible de protection du million et plus de civils qui, à Gaza, se sont réfugiés dans cette ville du sud de l’enclave.

Netanyahu, de son côté, a déclaré que l’armée israélienne évacuerait les civils vers des territoires du nord de Rafah avant de lancer l’opération, et il a annoncé vendredi qu’il avait approuvé les plans présentés par les militaires en vue de l’incursion. Des officiels américains qui s’étaient exprimés sous couvert d’anonymat auprès du Times of Israel, ces dernières semaines, avaient reconnu être sceptiques face à la faisabilité d’une évacuation des civils d’une telle ampleur, mais l’administration s’était abstenue – jusqu’à lundi – de dénoncer ouvertement l’offensive.

« Les principaux objectifs qu’Israël veut atteindre à Rafah peuvent être atteints grâce à d’autres moyens », a affirmé Sullivan. Il a fait savoir que Biden avait demandé à Netanyahu, pendant leur entretien téléphonique, d’envoyer une équipe interagence à Washington « pour mettre au point une approche alternative qui prendrait pour cible les membres du Hamas à Gaza et qui assurerait la sécurité à la frontière entre l’Égypte et la bande, mais sans incursion terrestre préalable ». Sullivan a expliqué que Netanyahu a répondu favorablement à Biden concernant le déplacement d’une délégation aux États-Unis.

« Netanyahu a, à l’évidence, son propre point de vue sur l’opération à Rafah mais il a accepté d’envoyer une équipe à Washington pour que nous puissions avoir cette discussion et nous sommes impatients de nous entretenir avec les Israéliens », a poursuivi le Conseiller à la sécurité nationale.

Sullivan a clairement établi, une fois encore, que Biden avait rejeté, pendant l’appel, « l’argument sous forme d’épouvantail consistant à dire que mettre en doute l’opération à Rafah, c’est mettre en doute la nécessité de vaincre le Hamas. C’est insensé. Notre positionnement est clair et il est clair que le Hamas ne doit pas pouvoir être en sécurité à Rafah ou n’importe où ailleurs ».

Plusieurs heures après la conférence de presse de Sullivan, Biden a publié un post sur X, anciennement Twitter, au sujet de ses échanges avec Netanyahu.

« J’ai continué à réaffirmer le droit d’Israël à combattre le Hamas, groupe terroriste responsable du pire massacre de Juifs depuis la Shoah », a écrit Biden. « Et j’ai répété une nouvelle fois la nécessité de mettre en œuvre un cessez-le-feu immédiat dans le cadre d’un accord portant sur la libération des otages, un cessez-le-feu qui durerait plusieurs semaines, de manière à ce que nous puissions rapatrier les otages chez eux et renforcer l’aide qui est apportée aux civils à Gaza ».

Biden a également confirmé qu’il avait demandé à Netanyahu « d’envoyer une équipe à Washington pour évoquer les moyens de prendre pour cible le Hamas sans opération terrestre majeure à Rafah. »

Une potentielle opération israélienne à Rafah est un point de friction dans les relations avec les États-Unis, depuis des mois. Cette localité du sud de Gaza City est le seul secteur de la bande où les forces terrestres israéliennes n’ont pas fait d’entrée massive après avoir commencé à se battre dans le nord de l’enclave, au début de la guerre, descendant ensuite vers le sud. Jérusalem déclare qu’une offensive à Rafah est nécessaire pour démanteler les quatre bataillons du groupe terroriste qui s’y abritent et qui sont encore intacts – mais l’armée cherche aussi à prendre le contrôle du couloir de Philadelphi, qui sépare l’Égypte de Gaza, pour empêcher le trafic d’armes en direction de la bande, dans la période de l’après-guerre.

Des Palestiniens font la queue pour de la nourriture à Rafah, dans la bande de Gaza, le mardi 12 mars 2024. (Crédit : AP/Fatima Shbair)

L’administration avait commencé à durcir son approche ces dernières semaines déjà et Biden avait dit clairement, au début du mois, qu’une opération à Rafah constituerait « une ligne rouge ». Il avait ajouté qu’il était impossible qu’il y ait « 30 000 morts de plus du côté palestinien en conséquence » de la guerre contre le Hamas. Il avait ensuite semblé revenir sur ces propos, insistant sur le fait qu’il « n’y a aucune ligne rouge au-delà de laquelle je couperais toutes les livraisons d’armes, ce qui aurait pour conséquence que les Israéliens n’auraient plus de Dôme de fer pour les protéger ».

Sullivan a réagi de manière quelque peu agacée, lundi, en réponse à un journaliste qui lui demandait si Biden avait dit à Netanyahu qu’une incursion à Rafah serait « une ligne rouge » pour les États-Unis. Le Conseiller américain à la Sécurité nationale a indiqué que cette question reposait sur « une obsession » de la part des médias : « Ce n’était pas une déclaration de politique de notre part et c’est quelque chose que nous avons établi avec beaucoup de clarté. »

Quoi qu’il en soit, aucune offensive ne semble imminente pour le moment dans la mesure où Israël a retiré la plus grande partie de ses réservistes de l’enclave côtière et qu’ils seraient sans doute des milliers à être à nouveau mobilisés si une opération de grande envergure devait être lancée à Rafah. Le Premier ministre Netanyahu aurait dit aux ministres du cabinet de sécurité, vendredi, qu’il n’a jamais laissé entendre que l’offensive pourrait avoir lieu pendant le ramadan, qui se terminera le 9 avril.

Les discussions des leaders israéliens sur une incursion imminente à Rafah semblent entrer dans le cadre d’une initiative visant à pousser le Hamas à accepter l’accord sur les otages actuellement en cours de négociation – le groupe terroriste risquant, le cas échéant, de voir son dernier bastion démantelé par l’armée israélienne.

Pourquoi Biden est « profondément inquiet »

Sullivan a donné les trois raisons expliquant que Biden est actuellement « profondément inquiet » face à la perspective d’une offensive massive à Gaza, une incursion terrestre dont l’ampleur serait similaire à celles qui ont été menées par l’armée dans d’autres villes de la bande au cours de l’Opération Épées de fer.

Il a fait remarquer que plus d’un million de personnes avaient trouvé un refuge à Rafah après avoir fui, de manière répétée, de tous les autres secteurs de l’enclave.

Une fillette avec un sac rempli de victuailles arborant le logo de l’ONG World Central Kitchen, à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 17 mars 2024. (Crédit : MOHAMMED ABED / AFP)

« Ils n’ont nulle part où aller. Les autres grandes villes de Gaza ont été largement détruites et Israël ne nous a pas présenté et n’a pas présenté au monde un plan montrant comment – et où – ces civils pourraient être évacués de manière sûre, sans parler de la manière dont ils pourront se nourrir, être hébergés et comment avoir un accès à des choses de base, comme l’hygiène, pourra leur être garanti », a déclaré Sullivan.

Rafah est également le principal point d’entrée de l’assistance humanitaire à Gaza, qui transite via l’Égypte et via Israël, a noté Sullivan, qui a déploré que le poste-frontière pourrait être fermé ou que ses capacités pourraient être grandement réduites « au moment où il sera pourtant le plus nécessaire » – lorsque l’offensive israélienne ira de l’avant.

« Troisièmement, Rafah se trouve à la frontière avec l’Égypte qui a exprimé sa profonde préoccupation face à une opération militaire majeure et qui a même remis en doute ses relations futures en Israël si une offensive, quelle qu’elle soit, devait avoir lieu », a indiqué le Conseiller à la sécurité nationale américain.

« Comment garantir une campagne viable »

Sullivan a ensuite affirmé que le raid militaire lancé à l’hôpital al-Shifa de Gaza City, dans le cadre de la guerre contre le Hamas, justifiait pleinement l’inquiétude de l’administration, qui est préoccupée à l’idée que Jérusalem n’ait pas mis en place une stratégie durable dans son offensive contre le groupe terroriste.

« Israël a mené une première opération anti-terroriste à Shifa. Le Hamas est revenu à l’hôpital, ce qui pose certaines questions : comment garantir une campagne viable contre le Hamas, une campagne qui garantira que le Hamas ne pourra pas se reconstituer, qu’il ne pourra pas reprendre le contrôle du territoire ? », s’est interrogé le Conseiller à la sécurité nationale.

Une fillette avec un sac rempli de victuailles arborant le logo de l’ONG World Central Kitchen, à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 17 mars 2024. (Crédit : MOHAMMED ABED / AFP)

Cela fait longtemps que Washington accuse l’État juif de ne pas être en capacité de présenter une alternative viable à la gouvernance du Hamas, rejetant les efforts visant à promouvoir l’arrivée de Palestiniens locaux en lien avec l’AP – des efforts soutenus par les alliés arabes de l’État juif – qui viendraient remplir la vacance du pouvoir entraînée par le démantèlement du groupe terroriste.

Netanyahu, de son côté, cherche à encourager les chefs de clan locaux – sous réserve qu’ils n’entretiennent aucun lien avec l’AP et le Hamas – à s’investir dans la distribution des aides humanitaires avec l’idée, à terme, qu’ils prennent la direction de la bande. Pour le moment, rien ne semble indiquer que cette stratégie a fonctionné.

Le Hamas a repris ses activités dans divers secteurs du nord de Gaza, ces dernières semaines. Tsahal, pour sa part, demanderait de manière répétée aux dirigeants politiques de prendre des décisions plus tranchées et plus réalistes en ce qui concerne la gestion de l’enclave côtière au lendemain de la guerre – l’État juif risquant, le cas échéant, de perdre ses avancées militaires.

« De notre point de vue, il s’agit de connecter l’objectif poursuivi par Israël à une stratégie durable. C’est la chose la plus importante sur laquelle nous devons focaliser notre attention actuellement, et c’est plus important que de voir Israël foncer dans Rafah. C’est de cela que le président a parlé, aujourd’hui, au Premier ministre », a précisé Sullivan.

Il a malgré tout pris la défense de la dernière opération israélienne menée à Shifa et ses visées, faisant remarquer que Tsahal recherche actuellement les commandants du Hamas et « qu’il est établi que le Hamas a riposté aux troupes israéliennes depuis l’hôpital ».

Sullivan a aussi répété que le Hamas continuait à utiliser les infrastructures civiles « pour y stocker des armes, à des fins de commandement et de contrôle et pour y héberger ses combattants ».

« Ce qui place un fardeau supplémentaire sur les épaules d’Israël, un fardeau que très peu d’armées sont appelées à porter », a-t-il ajouté.

Illustration : Des soldats israéliens se tiennent devant l’hôpital Shifa de la ville de Gaza, le 22 novembre 2023. (Crédit : AP/Victor R. Caivano)

Sullivan est devenu le premier officiel gouvernemental à confirmer publiquement qu’Israël a bien tué le numéro trois de l’aile armée du Hamas, Marwan Issa, lors d’une attaque commise la semaine dernière.

« Les autres hauts-dirigeants ont plongé dans la clandestinité, probablement profondément enfouis dans le réseau de tunnels du Hamas et la justice les rattrapera, eux aussi. Nous aidons à garantir cela », a dit Sullivan.

« Israël a enregistré des avancées significatives contre le Hamas. Les Israéliens ont démantelé un nombre significatif de bataillons du Hamas et ils ont tué des milliers de terroristes du Hamas, notamment des commandants de premier plan », a-t-il fait remarquer.

Il a aussi établi clairement que Biden n’avait pas menacé Netanyahu d’éventuelles conséquences si l’État juif devait mener une offensive terrestre massive à Rafah.

« Ce que le président a dit aujourd’hui, c’est : ‘Je veux que vous compreniez, M. le Premier ministre, ce qu’est très exactement mon positionnement. Je suis favorable à la défaite du Hamas. Je pense qu’il s’agit d’un groupe terroriste démoniaque qui n’a pas seulement du sang israélien sur les mains mais aussi du sang américain’, » a expliqué Sullivan.

« En même temps, je crois que pour obtenir cette défaite du Hamas, vous avez besoin d’une stratégie qui fonctionne et que cette stratégie ne doit pas impliquer une opération militaire majeure qui va mettre en péril à Rafah des milliers et des milliers de civils, des vies innocentes. Il y a un meilleur moyen. Envoyez votre équipe à Washington et parlons-en. Nous vous présenterons quelque chose qui, nous l’estimons, est préférable’, » a continué Sullivan.

Le Conseiller à la Sécurité nationale a ajouté que les États-Unis avaient « tout lieu de penser » qu’Israël ne procèderait pas à une offensive à Rafah avant que les deux parties ne s’entretiennent à Washington.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une réunion conjointe du congrès, à Washington, le 3 mars 2015. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

Quelle interférence ?

Il a été demandé à Sullivan, pendant la conférence de presse, si les États-Unis pouvaient faire davantage pour s’adresser directement à la population israélienne, concernant l’inquiétude nourrie face à une possible offensive à Rafah. Il a répondu qu’il y avait une certaine ironie, pour les médias, à poser cette question au vu des apparitions récentes de Netanyahu dans les médias américains, des entretiens où il a critiqué Washington qui, selon lui, s’est permis d’intervenir dans la politique israélienne.

« En fait, nous ne nous exprimons pas autant dans leurs médias qu’ils s’expriment dans les nôtres », a dit Sullivan, sans donner de détail.

Cela fait longtemps que Netanyahu est critiqué par les Démocrates en raison du soutien qu’avait apporté, selon eux, le Premier ministre au candidat à la présidentielle républicain Mitt Romney en 2012 et, plus grave, du discours qu’avait prononcé le chef du gouvernement israélien devant le Congrès américain en 2015, une allocution faite sans que le président de l’époque, Barack Obama, n’en ait été averti. Dans cette allocution, il avait mis en garde les députés contre l’accord sur le nucléaire qui devait être finalisé avec l’Iran.

Sullivan a semblé essayer d’adoucir ses critiques, disant que « ce n’est pas une réponse constructive à votre question, ce n’est qu’une observation ».

Il a révélé que Netanyahu, pendant l’entretien téléphonique, avait fait part de son inquiétude face « à une variété de choses qui sont parues dans la presse américaine », sans s’attarder davantage sur le sujet.

« Du point de vue du président Biden, ce n’est pas une question politique, ce n’est pas une question de déclarations publiques, c’est une question de politique et de stratégie. C’est là-dessus que nous nous focalisons et c’est ce sur quoi il s’est concentré pendant l’appel », a expliqué Sullivan.

Le chef de la majorité au Sénat Chuck Schumer prenant la parole lors d’un rassemblement pro-Israël, à Washington, le 14 novembre 2023. (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Le Hamas a ajouté de nouvelles conditions à un accord sur les otages

Biden avait soutenu sans ambiguïté Israël dans le sillage immédiat de l’attaque meurtrière commise, le 7 octobre, par les terroristes du Hamas dans le sud d’Israël – devenant le premier président américain à se rendre au sein de l’État juif en temps de guerre et assurant des livraisons d’armes et de munitions quotidiennes à Israël, en plus de déployer deux porte-avions militaires en mer Méditerranée, une initiative visant à dissuader d’éventuels adversaires de rejoindre la guerre contre l’État juif. Mais cette rhétorique de soutien s’est affaiblie au fur et à mesure que les combats ont continué et alors que la situation humanitaire, dans la bande de Gaza, s’est transformée en crise pleine et entière.

Washington a évité de changer de rhétorique à l’égard d’Israël concernant sa poursuite de la guerre, malgré tout, s’abstenant de conditionner l’aide américaine en menaçant de la couper totalement ou en demandant un cessez-le-feu immédiat.

Mais, au même moment, les responsables américains œuvrent à obtenir une pause dans les combats de six semaines qui interviendrait dans le cadre d’un accord sur la libération des otages retenus à Gaza – une pause bienvenue qui, espèrent-ils, pourrait être utilisée pour négocier une trêve plus durable et pour faire avancer une initiative régionale dont ils font la promotion. Selon cette initiative, les alliés arabes participeraient à la construction de la bande, une AP réformée reprendrait le pouvoir au sein de l’enclave côtière, l’Arabie saoudite normaliserait ses liens avec Israël et Jérusalem accepterait d’ouvrir la voie à l’établissement, à terme, d’un État palestinien.

Si les États-Unis, ces dernières semaines, ont insisté sur le fait qu’Israël apportait sa coopération dans les négociations sur l’accord portant sur les otages, ajoutant que le Hamas traînait les pieds dans ces pourparlers, Netanyahu a tout simplement rejeté l’idée de l’initiative prise par Washington concernant l’après-guerre, lui et la vaste majorité de sa coalition s’opposant avec force à toute idée de solution à deux États.

Israël a envoyé une équipe de négociateurs placés sous la direction du chef du Mossad, David Barnea, à Doha, dans la matinée de lundi. Ils sont chargés de continuer les pourparlers indirects portant sur une trêve temporaire.

Sullivan a reconnu que les efforts visant à conclure l’accord qui ouvrirait la voie à une trêve « restent plus difficiles que ce que nous avions espéré ». Il a insisté sur le fait que l’administration Biden « continuera à exercer des pressions en vue de sa finalisation, parce que nous considérons ce sujet comme une priorité urgente ».

Le Conseiller à la sécurité nationale à la Maison Blanche, Jake Sullivan, lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche, à Washington, le 18 mars 2024. (Crédit : AP Photo/Andrew Harnik)

« Bien trop peu d’énergie a été dépensée et bien trop peu de pressions ont été exercées sur le Hamas en faveur de la fin de conflit. Nous continuerons à le rappeler », a-t-il ajouté.

Dans sa réponse, la semaine dernière, au dernier projet d’accord sur les otages, le Hamas a ajouté de nouvelles conditions qu’Israël dit ne pas pouvoir accepter, a continué Sullivan, qui a offert la réponse la plus détaillée apportée par un responsable américain sur le plan soumis par le groupe terroriste.

« Le Hamas a mis une proposition sur la table – après qu’Israël, travaillant avec le Qatar, l’Égypte et les États-Unis, a montré une volonté d’avancer vers un cessez-le-feu de six semaines en échange d’un certain nombre d’otages, avec des phases de pause supplémentaires au-delà de la période définie ; le Hamas ne nous avait d’ailleurs rien donné depuis un certain temps », a dit Sullivan, répétant qu’un accord pourrait être finalisé immédiatement si le Hamas consentait simplement à relâcher environ 40 otages – des soldates, des personnes âgées et blessées.

Mais le Hamas « a mis une proposition sur la table où il a ajouté toute une série d’autres conditions… Le gouvernement israélien a répondu en disant qu’il ne pouvait tout simplement pas accepter cela. Il considère que certaines de ces conditions vont trop loin mais c’est à cela que servent des négociations », a indiqué le Conseiller de la sécurité nationale américain, qui a fait remarquer que les équipes de négociation étaient actuellement au Qatar pour tenter de finaliser l’accord.

« Nous pensons que ces discussions sont très vivantes et qu’un accord est possible », a-t-il ajouté.

Des familles d’Israéliens retenus en otage par des terroristes du Hamas dans la bande de Gaza et des militants manifestent pour demander leur libération devant le bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 17 mars 2024. (Crédit : Chaim Goldberg/ Flash90)

Aide humanitaire : Moins de paroles, des actes

Sullivan a expliqué que Netanyahu avait indiqué, pendant son entretien téléphonique avec Biden, qu’il poussera le gouvernement à garantir que des quantités plus importantes d’assistance humanitaire entreront bien sur le sol gazaoui – le président établissant clairement que son administration était moins intéressée par les promesses qui lui étaient faites que par les résultats obtenus sur le terrain. Il avait fallu deux mois pour qu’Israël transfère une livraison américaine de farine dans la bande alors que l’État juif avait donné son approbation à son entrée au mois de janvier.

Le Conseiller à la sécurité nationale a reconnu qu’Israël avait pris plusieurs initiatives, ces derniers jours, visant à faciliter l’arrivée d’une plus grande quantité d’aides humanitaires au sein de l’enclave côtière – notamment en ouvrant un nouveau poste qui permet aux camions d’entrer directement dans le nord de Gaza, en autorisant des convois supplémentaires à atteindre le nord de la bande depuis le sud et en revoyant à la hausse le nombre de poids-lourds pénétrant dans l’enclave par le biais des postes-frontières de Rafah et de Kerem Shalom.

Il a toutefois noté que l’afflux des aides avait diminué dans le passé après des signes qui avaient pourtant laissé penser à une amélioration de l’acheminement de l’assistance. Une diminution due, en partie, à l’effondrement de l’ordre public dans l’enclave et des restrictions israéliennes qui empêchent une distribution adéquate des produits auprès de la population dans le besoin.

Sullivan a indiqué que les États-Unis continueront à « inonder » la bande d’aides humanitaires par voie terrestre, par voie maritime et par voie aérienne, ajoutant qu’Israël était le premier responsable du bon acheminement de l’assistance, la communauté internationale venant après.

Il a noté qu’un rapport soutenu par les Nations unies, qui affirme que Gaza risque de connaître une famine si des initiatives ne sont pas prises pour régler la crise, était « alarmant ».

Si le Bureau de Netanyahu n’a émis aucun compte-rendu sur cet appel avec le président Biden, le Premier ministre a diffusé une vidéo où il déclare que les deux dirigeants ont discuté « de l’engagement d’Israël à atteindre tous les objectifs de la guerre : l’élimination du Hamas, la remise en liberté de tous nos otages et la promesse que le Hamas ne représentera plus jamais une menace pour Israël ».

Les aides acheminées par World Central Kitchen arrivent à la jetée de Gaza, pour être déchargées, le 15 mars 2024. (Crédit : Armée israélienne)

Netanyahu a souligné que l’État juif fournira aux Gazaouis « l’assistance humanitaire nécessaire qui nous aidera à atteindre ces objectifs ».

Le Premier ministre reconnaît depuis longtemps qu’une crise humanitaire obligerait Israël à cesser ses combats à Gaza et les pressions exercées sur Jérusalem se sont, en effet, significativement renforcées après la mort de dizaines de Palestiniens, tués alors qu’un convoi d’aides internationales était pris d’assaut par la foule dans le nord de la bande, qui est dorénavant largement isolé du reste du territoire.

Israël répète que la quantité des aides humanitaires autorisées à entrer est illimitée, mais les groupes internationaux disent que ce sont les restrictions israéliennes qui ralentissent l’acheminement de l’assistance, en particulier dans le nord de Gaza où les infrastructures civiles du Hamas, qui se sont effondrées, ont laissé la place à l’anarchie. Les critiques disent qu’un tel effondrement de l’ordre public aurait pu être évité si le gouvernement de Netanyahu avait promu une alternative viable à la gouvernance du Hamas.

Dans l’attente d’une assurance écrite

Sullivan a précisé qu’Israël n’avait pas encore fourni aux États-Unis une assurance écrite de la part d’Israël, un courrier dans lequel l’État juif s’engagera à utiliser l’aide militaire américaine conformément au droit international. Jérusalem a encore cinq jours pour obtempérer.

« Ce que les Israéliens doivent faire d’ici dimanche, c’est simplement apporter des assurances crédibles et fiables prouvant qu’ils obéiront à leurs obligations au regard du droit international – il ne s’agit pas d’obligations que nous leur avons imposées mais d’obligations qu’ils ont librement acceptées dans le cadre du droit humanitaire international, qui comprennent notamment la nécessité de ne pas placer d’obstacle arbitraire à l’afflux de l’assistance humanitaire au moins là où ils sont en mesure de la contrôler », a expliqué Sullivan.

Sur cette photo d’archive du 12 décembre 2016, le Premier ministre Benjamin Netanyahu découvre l’un des deux premiers avions de combat F-35 de nouvelle génération après leur atterrissage à la base aérienne de Nevatim près de Beer Sheva, dans le sud d’Israël, pour la cérémonie d’inauguration. (AP / Ariel Schalit, dossier)

Cette assurance écrite est une nouvelle condition imposée par les États-Unis à tous les destinataires des aides américaines, une condition qui a été ancrée dans une circulaire ratifiée par Biden en date du 8 février. La directive ne concerne pas seulement Israël mais elle survient à un moment où les députés progressistes renforcent leurs appels en faveur d’un conditionnement des aides apportées par les États-Unis à l’État juif, dans un contexte plus large d’inquiétudes face au lourd bilan humain à Gaza.

Les destinataires de l’aide sécuritaire américaine avaient déjà l’obligation d’utiliser les armes en respectant le droit international – même si cette requête d’assurance écrite est nouvelle.

« Je ne peux pas vous dire aujourd’hui qu’ils nous l’ont donnée… Ils ont encore plusieurs jours pour le faire et nous pensons qu’ils le feront », a clairement établi Sullivan.

Le site d’information Walla avait expliqué, jeudi dernier, que le ministre de la Défense Yoav Gallant avait signé l’assurance écrite, même si Jérusalem ne l’a pas encore ouvertement confirmé.

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