Echange de tirs Hezbollah/Israël : Paris « multiplie les contacts dans la région »
Rechercher

Echange de tirs Hezbollah/Israël : Paris « multiplie les contacts dans la région »

Pas de blessé côté israélien ; Le Bahrein, qui accuse le Liban de rester les bras croisés alors que le Hezbollah attaque Israël, appelle ses citoyens à quitter le pays

De la fumée qui monte près de la communauté israélienne d'Avivim après des tirs du Hezbollah depuis le Liban, le 1er septembre 2019. (Crédit : Autorisation)
De la fumée qui monte près de la communauté israélienne d'Avivim après des tirs du Hezbollah depuis le Liban, le 1er septembre 2019. (Crédit : Autorisation)

Paris « multiplie les contacts dans la région » du Proche-Orient « en vue d’éviter l’escalade » à la frontière sud du Liban, où des échanges de tirs ont lieu entre le mouvement terroriste chiite libanais du Hezbollah et l’armée israélienne, selon un communiqué du ministère français des Affaires étrangères publié dimanche soir.

Le Premier ministre libanais Saad Hariri avait en effet réclamé plus tôt dimanche « l’intervention » de la France et des Etats-Unis face à cette montée des tensions que Paris affirme suivre « avec préoccupation », en précisant que le président français Emmanuel Macron « s’est entretenu avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et avec le Président iranien Hassan Rouhani au cours des derniers jours ».

« Nous sommes en contact permanent avec tous les acteurs libanais », ajoute-t-elle, en assurant que « la France entend poursuivre ses efforts en ce sens et appelle chacun à prendre ses responsabilités en vue d’un retour rapide au calme ».

La France appelle « chacun à la plus grande retenue et à œuvrer en vue d’un apaisement rapide des tensions en cours », conclut le communiqué du Quai d’Orsay.

L’armée israélienne a affirmé dimanche avoir mené des frappes dans le sud du Liban en représailles à des tirs de missiles du Hezbollah ayant touché des cibles sur son territoire.

« Des missiles antichars ont été tirés depuis le Liban vers une base et des véhicules militaires. Des cibles ont été touchées. (L’armée) riposte avec des tirs vers la source de ces frappes et cible le sud du Liban », a indiqué l’armée israélienne dans un communiqué.

L’armée israélienne a ensuite confirmé qu’il n’y avait pas eu de victimes dans ses rangs, ajoutant que l’un des missiles avait heurté une Jeep tandis qu’un autre avait ciblé un poste de l’armée près de la frontière.

Au cours de ses raids sur le sud du Liban, l’armée a tiré 100 obus de mortier, y compris sur la cellule qui a tiré sur Israël, a déclaré l’armée israélienne.

Le Hezbollah avait annoncé avoir « détruit » un véhicule de l’armée israélienne dans le secteur d’Avivim, dans le nord d’Israël, rapportant « des morts et des blessés », selon la chaîne Al-Manar, organe de propagande du Hezbollah. « L’information » portant sur le prétendu bilan des victimes israéliennes a ensuite été démentie par l’armée israélienne et le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

« A 16H15 (13H15 GMT) », une unité de combattants du Hezbollah « a détruit un véhicule militaire sur la route menant à la caserne d’Avivim », dans le nord d’Israël frontalier du Liban, selon un communiqué du Hezbollah partagé par Al-Manar.

L’agence de presse étatique libanaise ANI a confirmé ces frappes. « La périphérie de la localité de Maroun al-Ras (…) est la cible de bombardements de l’ennemi israélien, qui se poursuivent de manière sporadique », d’après l’agence.

Cette localité se trouve côté libanais juste en face du village israélien d’Avivim.

Une photo prise le 26 août 2019 montre des soldats israéliens en train de patrouiller près de la ville d’Avivim, dans le nord d’Israël, près de la frontière avec le Liban. (Crédit : JALAA MAREY / AFP)

Le ministre du Likud, Yoav Gallant, qui siège au cabinet de sécurité, avait déclaré à la radio militaire qu’il n’était au courant d’aucune victime israélienne dans l’attaque du Hezbollah. « À ma connaissance, il n’y a pas eu de blessé dans l’incident », avait-il dit.

L’attaque dans le nord d’Israël était intervenue alors que Netanyahu, également ministre de la Défense, s’entretenait avec le président hondurien à Jérusalem.

Selon plusieurs articles de presse, les ministres avaient reçu l’ordre de ne pas donner d’interviews aux médias. La directive du bureau du Premier ministre était survenue peu de temps après l’intervention du ministre Gallant.

L’armée avait ordonné aux villes frontalières du nord d’Israël, situées à moins de quatre kilomètres de la frontière libanaise, d’ouvrir leurs abris anti-bombes.

L’unité ayant mené l’attaque porte le nom de deux combattants du Hezbollah, Hassan Zbib et Yasser Daher, qui ont été tués en Syrie la semaine dernière dans une frappe revendiquée par Israël.

Le Premier ministre libanais Saad Hariri pendant une conférence de presse avec le président français Emmanuel Macron à l’Elysée, le 1er septembre 2017. (Crédit : Ludovic Marin/AFP)

Le Premier ministre libanais Saad Hariri a, quant à lui, réclamé dimanche l’ « intervention » de Paris et de Washington « face aux développements à la frontière sud », selon un communiqué de ses services.

Hariri s’est entretenu par téléphone avec le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo et avec un conseiller du président français Emmanuel Macron pour réclamer « l’intervention des Etats-Unis, de la France et de la communauté internationale face aux développements de la situation à la frontière sud », d’après le communiqué.

La Finul, force de maintien de la paix de l’ONU déployée dans le sud du Liban à la frontière avec Israël, a appelé à « la plus grande retenue ».

« Le commandant de la Finul, le général Stefano Del Col, est en contact avec les parties, pour les enjoindre à faire preuve de la plus grande retenue et leur demander de cesser toute activité qui mette en danger la cessation des hostilités » observée par les deux voisins, avait indiqué dans un bref communiqué à l’AFP le porte-parole de la Force intérimaire de l’ONU, Andrea Tenenti.

Le président Reuven Rivlin lors d’une cérémonie à la mémoire des soldats israéliens tués au Liban à Jérusalem, le 19 juin 2019 (Crédit : Noam Revkin Fenton/FLASH90)

« Tous ceux qui cherchent à nous faire du mal doivent savoir que nous sommes prêts à défendre les citoyens d’Israël où qu’ils soient, sans hésitation. Nous leur disons également que nous sommes prêts et que nous ne voulons pas montrer à quel point nous sommes bien préparés. Vous devez savoir que la frontière ne peut être silencieuse que si elle l’est des deux côtés, » a écrit le président israélien Reuven Rivlin dans un communiqué diffusé en fin d’après-midi.

Le ministre bahreïnien des Affaires étrangères, Khalid bin Ahmed Al Khalifa, a de son côté critiqué dans un tweet le Liban pour avoir permis au groupe terroriste du Hezbollah d’opérer sur son territoire. Khalid bin Ahmed Al Khalifa a en effet accusé Beyrouth de rester les bras croisés alors que le Hezbollah attaque Israël depuis son territoire.

Bahreïn a plus tard exhorté ses ressortissants à quitter le Liban après l’échange de tirs entre le Hezbollah et Israël.

« Le ministère des Affaires étrangères du Royaume de Bahreïn appelle tous les citoyens de la République libanaise à partir immédiatement, compte tenu des événements et de l’évolution de la situation dans le pays qui nécessitent que chacun prenne des précautions », a-t-il déclaré.

Les dirigeants du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, (à gauche), et le député Yair Lapid, lors d’une conférence de presse, à Tel Aviv, le 31 mars 2019. (Flash90)

Deux semaines avant les élections nationales, le chef de Kakhol lavan, Benny Gantz, un ancien chef d’état-major israélien, a annoncé qu’il gelait la campagne de son parti en raison de la situation sécuritaire dans le nord d’Israël, affirmant qu’il n’y a « pas d’opposition ni de coalition » dans le combat d’Israël contre ses ennemis.

« Compte tenu de la situation en matière de sécurité, j’ai ordonné que notre campagne soit gelée à ce stade jusqu’à ce que les incidents sécuritaires soient clarifiés », a écrit Gantz.

Son partenaire, Yaïr Lapid, a fustigé le Premier ministre, qui, selon lui, a abandonné la politique consistant à ne pas commenter les opérations d’Israël menées dans les pays voisins, afin d’obtenir un soutien politique en amont des élections du 17 septembre.

« Les enfants du nord se trouvent dans des abris [anti-bombes] pour une seule raison : parce que Bibi [Netanyahu] a violé la politique d’ambiguïté à cause des élections », a tweeté Lapid tout en saluant les forces de sécurité postées dans le nord. « C’est ce qui arrive quand le Premier ministre joue à la politique au détriment de la sécurité. »

Lors de l’ouverture d’un bureau diplomatique du Honduras à Jérusalem, Netanyahu a déclaré qu’aucun Israélien n’avait été « égratigné » par le bombardement du Hezbollah dans le nord d’Israël.

« Il n’y a pas de blessés israéliens, pas même une égratignure », a-t-il déclaré en souriant.

« Il y a environ une heure, j’ai consulté le chef d’état-major et les généraux de Tsahal. Nous avons été attaqués par plusieurs missiles antichars. Nous avons riposté avec 100 obus et tiré par des moyens aériens. Nous sommes en train de nous consulter pour les prochaines étapes. J’ai ordonné que nous soyons prêts pour tout scénario. Nous déciderons des prochaines étapes dans l’attente des développements. À ce stade, j’ai une annonce importante : nous n’avons aucune victime, pas même une égratignure, » lit-on dans un communiqué du bureau du Premier ministre.

Un discours du chef du Hezbollah Hassan Nasrallah est retransmis sur un écran géant dans la banlieue sud de la capitale libanaise, le 31 août 2019. (Photo par ANWAR AMRO / AFP)

Les violences interviennent alors que le Hezbollah a accusé la semaine dernière l’Etat hébreu d’avoir mené une attaque au drone armé sur son fief dans la banlieue sud de Beyrouth.

« L’attaque de drone » imputée à Israël avait eu lieu quelques heures après que l’Etat hébreu eut annoncé avoir mené des frappes en Syrie contre des forces iraniennes.

Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait indiqué qu’un centre du mouvement chiite avait été touché en Syrie, confirmant la mort de deux de ses combattants. Il avait promis des représailles.

Cette « attaque » a été présentée par Nasrallah comme « le premier acte d’agression » d’Israël au Liban depuis la guerre de 2006 entre l’Etat hébreu et le mouvement terroriste chiite qui a fait 1 200 morts côté libanais et 160 côté israélien. Adoptant le narratif du Hezbollah, le président libanais Michel Aoun avait alors évoqué une « déclaration de guerre ».

L’armée israélienne avait ensuite « dévoilé » un plan de l’Iran, via son allié du Hezbollah, visant à convertir des roquettes en missiles de précision pouvant frapper Israël et avait tenu pour « responsable » le Liban, le Hezbollah opérant sur son territoire.

Selon l’armée israélienne, l’Iran avait tenté de 2013 à 2015 de transporter des missiles de son sol jusqu’au Liban, via la Syrie, mais des « opérations israéliennes » ont freiné ce projet et Téhéran a modifié son approche en 2016 afin non pas de transporter des missiles, mais de « convertir » des roquettes en missile de haute précision.

« Nous sommes déterminés à empêcher nos ennemis de posséder des armes de destruction (…) et je leur dis : ‘dir balak’ (Prenez garde, en arabe) », avait déclaré jeudi Netanyahu.

Son principal rival, l’ancien chef de l’armée Benny Gantz, a renchéri samedi soir sur Twitter en appelant Nasrallah, à avoir « pitié » du Liban. « Ne pousse pas Tsahal à le ramener à l’Age de pierre », a-t-il écrit.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...