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Robert Badinter répond à Eric Zemmour et s’adresse surtout aux jeunes

"La vérité, il faut toujours la rappeler. Ça me paraissait… Un orage emporté par les vents de l'histoire. Je n’en suis plus si sûr", a déclaré l'ancien Garde des Sceaux

Robert Badinter, à Paris, le 25 novembre 2013. (Crédit : Eric Feferberg/AFP)
Robert Badinter, à Paris, le 25 novembre 2013. (Crédit : Eric Feferberg/AFP)

L’ancien ministre de la Justice Robert Badinter a été interrogé par le média Brut sur les récents propos d’Eric Zemmour, qui a défendu à maintes reprises le régime collaborationniste de Vichy – sans citer le polémiste. Il en a aussi profité pour adresser un message aux jeunes.

Comme des internautes avant lui, l’avocat a rappelé l’histoire de proches durant la Shoah.

« Ma grand-mère paternelle a été arrêtée en octobre/novembre 1942, le jour de Yom Kippour. Elle était très malade. Elle a été arrêtée par les policiers français sur une rafle décidée par Bousquet », a-t-il relaté.

« Elle a descendu l’escalier. Elle hurlait, la vieille femme, parce qu’elle était très malade. Elle était dans un immeuble populaire, les portes s’ouvraient : ‘Blam, blam’ ‘Salauds, lâchez cette vieille femme ! Vous ne voyez pas qu’elle est malade ?’ », a-t-il mimé.

« Et il y avait un voyou milicien avec un pistolet à la Lucien Lacombe [personnage du film éponyme de Louis Malle de 1974, qui a dit : ‘Le premier qui ouvre sa gueule, je la lui brûle. Ça fera jamais qu’une youpine de moins.’ Et on l’a descendue tout l’escalier dans le silence absolu de l’immeuble, on l’a mise là, dans le camion, on l’a emmenée direct à Drancy, elle est partie la nuit même, et elle est morte dans le train d’Auschwitz. C’est ça, la vérité humaine. »

« Et ça, peut-être, ceux qui aujourd’hui élèvent des doutes, devraient s’en souvenir », a-t-il affirmé, avant d’alerter : « La vérité, il faut toujours la rappeler, parce que je m’interroge souvent au soir de ma vie. Ça me paraissait… Un orage emporté par les vents de l’histoire. Je n’en suis plus si sûr. Aux jeunes générations d’y veiller. »

Avocat de formation, Garde des Sceaux sous François Mitterrand de 1981 à 1986, puis président du Conseil Constitutionnel, Robert Badinter est âgé de 93 ans. Il est né dans une famille juive arrivée en France en 1919 et originaire de Bessarabie. Outre sa grand-mère paternelle, il a aussi perdu son père et son oncle dans la Shoah – ils sont morts à Sobibor et à Auschwitz.

L’homme a porté le projet d’abolition de la peine de mort devant l’Assemblée nationale en septembre 1981 face à une France qui n’en voulait guère. Il symbolise aussi en France le combat humaniste à travers ses infatigables luttes pour la réinsertion des prisonniers ou contre les discriminations de la loi à l’égard des homosexuels.

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