Shabbat et Eurovision : Yahadout HaTorah gèle les négociations de coalition
Rechercher

Shabbat et Eurovision : Yahadout HaTorah gèle les négociations de coalition

Le parti ultra-orthodoxe a appris que des autorisations de travail avaient été accordées à des milliers de personnes pour travailler pendant Shabbat, pour le concours musical

La scène de l'Eurovision 2019 prévu en mai à Tel Aviv (Crédit : Eurovision 2019)
La scène de l'Eurovision 2019 prévu en mai à Tel Aviv (Crédit : Eurovision 2019)

Le parti ultra-orthodoxe Yahadout HaTorah a annulé lundi des négociations de coalition après avoir appris que des autorisations de travail avaient été accordées à des milliers de personnes, leur permettant de travailler pendant Shabbat, pour le concours de l’Eurovision.

« C’est choquant de découvrir que des milliers de permis de travail pendant Shabbat ont été émis », a déclaré Moshe Gafni, coprésident du parti, au journal Yated Neeman, ajoutant que son parti n’accepterait pas « cette grave situation ».

Le concours international, qui débutera le 14 mai à Tel Aviv, comprend un évènement samedi soir, le 18 mai, à l’issue du jour de repos du calendrier juif, qui selon la loi juive, interdit toute forme de travail. Cependant, des milliers de permis de travail ont été délivrés pour permettre à la salle de concert d’être préparée en journée, a rapporté le site d’information haredi BeHadrei Haredim.

En vertu de la loi israélienne, il faut un permis spécial pour employer un Juif pendant Shabbat. Une autre loi, adoptée en 2017, impose au ministre du Travail, actuellement Haim Katz, du Likud, de prendre en compte plusieurs facteurs lorsqu’il accorde ces permis, notamment le bien-être des employés, la tradition juive, la possibilité d’une alternative, et les effets qu’auront le travail pendant Shabbat sur la sphère publique.

Cette loi faisait partie d’un accord de compromis conclu avec les partis ultra-orthodoxes, qui devraient être un pivot de la prochaine coalition que doit former le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Le chef de YaHadout HaTorah Yaakov Litzman avait à l’époque menacé de quitter la coalition.

Gafni a déclaré que son parti avait évoqué dimanche, avec le Likud de Netanyahu, la question du travail pendant Shabbat, et qu’il a été furieux d’apprendre que des permis avaient été délivrés à l’insu de Yahadout HaTorah.

Moshe Gafni s’exprime lors du lancement de la campagne de YaHadout HaTorah à Bnei Brak, le 24 février 2019 (Crédit : Yehuda Haim/Flash90)

« Dans l’état actuel des choses, il est impossible de continuer (les négociations). Nous ne resterons pas silencieux face à la profanation du Shabbat », a déclaré Gafni. « Nous avons informé (le Likud) qu’il n’y en aura plus. »

Le ministre sortant des Affaires religieuses Yitzhak Vaknin (Shas) a adressé une lettre vendredi matin au Likud, demandant un délai pour se pencher sur ce problème, et manifester sa surprise face à ces demandes de permis de travail pendant Shabbat de dernière minute.

« Nous savons depuis un an que l’existence (de l’Eurovision) nécessiterait des préparations pendant Shabbat, alors pourquoi est-ce que ces demandes sont soumises en dernière minute ? », a demandé Vaknin, soulignant qu’aucune demande de ce genre n’avait été soumise en 1999, quand Israël avait organisé le concours.

Netanyahu tente de rassembler une coalition de droite de 65 sièges qui réunirait le Likud (35 sièges), Shas (8),Yahadout HaTorah (8), l’Union des partis de droite (5), Yisrael Beytenu (5) and Koulanou (4). Il a jusqu’à mi-mai pour parvenir à un accord, mais dispose d’un délai supplémentaire de deux semaines si besoin.

Les négociations ont déjà connu certaines difficultés, notamment avec le parti laïc Yisrael Beytenu, qui veut davantage de séparation entre contrôle religieux haredi et l’Etat.

La question du travail pendant Shabbat a déjà renversé des gouvernements précédents en Israël.

En 1976, une cérémonie de livraison d’un nouvel F-15 qui se déroulait un vendredi après-midi avait pris du retard et les participants avaient dû rentrer chez eux après le coucher du soleil et donc enfreindre le Shabbat. Le Premier ministre Yitzhak Rabin avait alors remis sa démission et le pays s’était rendu aux urnes.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...