Soudan : l’armée soutient Burhane après sa rencontre avec Netanyahu
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Soudan : l’armée soutient Burhane après sa rencontre avec Netanyahu

Le général, qui supervise la transition vers un pouvoir civil, a été invité à se rendre prochainement Washington pour une visite officielle - une première en trente ans

Le général soudanais Abdel-Fattah Burhan, chef du gouvernement de transition, en juin 2019. (AP Photo/Hussein Malla)
Le général soudanais Abdel-Fattah Burhan, chef du gouvernement de transition, en juin 2019. (AP Photo/Hussein Malla)

L’armée soudanaise a apporté mercredi son soutien au général Abdel Fattah al-Burhane, chef de l’instance qui supervise la transition vers un pouvoir civil au Soudan, après sa rencontre surprise avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu en Ouganda.

Khartoum, comme la plupart des capitales arabes, n’entretient pas de relations avec Israël.

Le général Burhane, chef du Conseil souverain, a rencontré M. Netanyahu lundi dans la ville ougandaise d’Entebbe, sans l’annoncer au préalable à cette instance formée quelques mois après la destitution d’Omar el-Béchir en avril 2019 sous la pression d’un mouvement de contestation inédit.

Mardi, le général Burhane a indiqué dans un communiqué que cette rencontre avait été motivée par sa volonté de préserver « la sécurité nationale » de son pays. « J’ai entrepris cette démarche depuis la perspective de ma responsabilité (…) de protéger la sécurité nationale soudanaise et d’assurer l’intérêt suprême du peuple soudanais », a déclaré le général Abdel Fattah al-Burhane dans un communiqué.

Un responsable soudanais a indiqué mardi à l’AFP que M. Burhane avait informé ce jour le Conseil souverain qu’il dirige de son entretien inédit avec M. Netanyahu.

Mercredi, l’armée a voté pour lui apporter son soutien après une réunion de hauts gradés à Khartoum.

« Les personnes présentes à la réunion ont été informées de la visite du chef de l’armée en Ouganda et de son impact sur la sécurité nationale », a indiqué à l’AFP un porte-parole de l’armée, le général Amir Mohamed al-Hassan.

Le Premier ministre ougandais, Ruhakana Rugunda accueille le Premier ministre Benjamin Netanyahu et sa femme Sara à l’aéroport d’Entebbe, le 3 février 2020. (Crédit : Twitter)

« L’armée est favorable à la rencontre (entre MM. Netanyahu et Burhane) dans la mesure où celle-ci est dans l’intérêt de la sécurité nationale », a-t-il ajouté.

Selon le bureau du Premier ministre israélien, M. Netanyahu pense que le Soudan avance aujourd’hui dans la « bonne direction » et a précisé avoir convenu avec M. Burhane « d’entamer une coopération qui normalisera les relations entre (Israël et le Soudan) ».

Le Soudan, qui a souffert sous le régime Béchir d’années de sanctions internationales et figure toujours sur la liste américaine des pays soutenant le terrorisme, souhaite sortir de son isolement.

Selon le bureau du Premier ministre israélien, M. Netanyahu pense que le Soudan avance aujourd’hui dans la « bonne direction », et en a fait part au secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, dont le pays est le grand allié d’Israël.

Jusqu’ici le Soudan avait pris part au boycott d’Israël par les pays arabes. En effet, après la guerre des Six Jours, qui a vu en 1967 Israël s’emparer de la Cisjordanie, Jérusalem-Est et la bande de Gaza, ainsi que du Golan syrien et du Sinaï égyptien, la majeure partie des dirigeants arabes se réunissent au Soudan et adoptent la Résolution de Khartoum connue pour ses « trois non » : non à la paix avec Israël, à la reconnaissance d’Israël et aux négociations avec l’Etat hébreu.

« M. Burhane désire aider son pays à se moderniser en mettant fin à son isolement », selon le bureau de M. Netanyahu.

La rencontre avec le Premier ministre israélien survient alors que M. Burhane a été invité à se rendre prochainement Washington pour une visite officielle, selon le Conseil souverain. Il s’agit de la première fois en trois décennies que les Etats-Unis invitent un haut responsable de ce pays du nord-est de l’Afrique.

Israël tente aujourd’hui de resserrer ses liens avec des pays arabes qui lui étaient historiquement hostiles, notamment depuis l’annonce du plan du président américain Donald Trump pour un règlement du conflit israélo-palestinien.

L’Organisation de libération de la Palestine (OLP) a qualifié la rencontre entre MM. Burhane et Netanyahu de « coup de couteau dans le dos du peuple palestinien », son secrétaire général, Saëb Erekat, ajoutant dans un communiqué que Washington et Netanyahu « tentent de détruire la cause palestinienne ».

Le Parti communiste soudanais, qui fait partie du mouvement de contestation ayant secoué le Soudan l’an dernier, n’a pas non plus digéré cette rencontre. « C’est un coup de poignard dans le dos, pour la lutte anti-impérialiste du peuple soudanais et son soutien au peuple palestinien », a dénoncé mardi le porte-parole du parti, Fathi Fadoul, dans une vidéo sur la page Facebook du parti. « Nous condamnons aussi le communiqué du gouvernement. Il devait dire directement quelle est sa position à propos de la rencontre au lieu de dire simplement qu’il n’en n’avait pas été informé », a-t-il ajouté.

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