Sous la pression d’une nouvelle affaire, Mike Pompeo se défend
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Sous la pression d’une nouvelle affaire, Mike Pompeo se défend

L'inspecteur général du département d'Etat limogé alors qu'il menait, selon les démocrates, des enquêtes potentiellement embarrassantes pour le chef de la diplomatie américaine

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo s'exprime lors d'une conférence de presse, le 31 mars 2020, à Washington. (AP Photo/Andrew Harnik, Pool)
Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo s'exprime lors d'une conférence de presse, le 31 mars 2020, à Washington. (AP Photo/Andrew Harnik, Pool)

Sous pression, Mike Pompeo est sorti lundi de son silence, niant tout « acte de représailles » contre l’inspecteur général du département d’Etat limogé alors qu’il menait, selon les démocrates, plusieurs enquêtes potentiellement embarrassantes pour le chef de la diplomatie américaine.

Pendant le week-end, il n’avait pas réagi à cette nouvelle affaire qui l’éclabousse. Sans y faire allusion, il avait tweeté, depuis son compte personnel, une photo de son nouveau chiot.

Or le puissant secrétaire d’Etat de Donald Trump faisait justement l’objet d’une enquête interne car il est soupçonné d’avoir demandé à un agent du département d’Etat de promener son chien, entre autres requêtes personnelles.

La polémique a éclaté lorsque le président des Etats-Unis a limogé vendredi soir, à la demande de Mike Pompeo, l’inspecteur général du ministère des Affaires étrangères qui venait d’ouvrir cette enquête, Steve Linick.

L’inspecteur général du département d’Etat Steve Linick, le 2 octobre 2019, à Washington, DC. (Crédit : Win McNAMEE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

Depuis, l’opposition démocrate s’insurge. Et le récit des faits sur lesquels enquêtait le haut fonctionnaire s’étoffe.

Selon une source proche du dossier, Steve Linick se penchait depuis peu sur des plaintes accusant le secrétaire d’Etat de confier des tâches domestiques à un employé payé avec l’argent du contribuable : sortir le golden retriever des Pompeo, donc, mais aussi aller chercher leurs vêtements au pressing ou encore faire des réservations au restaurant pour leurs repas privés.

« Je ne vais répondre à aucune de toutes ces allégations non étayées », a balayé l’intéressé, dans un entretien accordé au Washington Post.

Mais au-delà de ces faits, c’est le limogeage de l’inspecteur général, censé disposer de toute indépendance pour contrôler l’exercice du pouvoir exécutif, qui est dénoncé par les démocrates –  et une poignée de républicains.

Vente d’armes à Ryad

La présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, prend la parole avant une rencontre avec le président colombien Ivan Duque Marquez au Capitole des États-Unis, à Washington, le 13 février 2019. (Saul Loeb/AFP

« Le président doit rompre avec cette habitude d’exercer des représailles et de se venger contre les fonctionnaires qui travaillent au service de la sécurité des Américains », a protesté la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi.

Mike Pompeo a assuré qu’il n’était pas au courant d’une telle enquête le visant. « Il est donc simplement impossible qu’il s’agisse d’un acte de représailles. Fin de l’histoire », a-t-il martelé.

Il a aussi assumé sa décision de se séparer de l’inspecteur nommé par l’ex-président démocrate Barack Obama en l’accusant, sans entrer dans les détails, d’avoir « sapé » la mission de son ministère.

Mais d’autres révélations sont venues s’ajouter à l’affaire.

Selon l’élu démocrate Eliot Engel, Steve Linick était aussi sur le point de boucler une autre enquête, plus politique, « sur la déclaration d’urgence fallacieuse faite par Trump pour pouvoir envoyer des armes à l’Arabie saoudite ».

L’épisode remonte à mai 2019. Mike Pompeo avait alors invoqué « l’agression iranienne » pour justifier le recours à une obscure procédure d’urgence visant à débloquer de juteux contrats d’armement à l’Arabie saoudite malgré l’opposition d’un Congrès américain de plus en plus remonté contre Ryad.

Les élus démocrates avaient dénoncé un tour de passe-passe « sans précédent », voire un « abus de pouvoir ».

Américains moyens

Une de ces enquêtes est-elle liée au limogeage de l’inspecteur ? Il est encore tôt pour l’affirmer.

Mais les révélations nuisent à l’image du secrétaire d’Etat, qui à 56 ans aime mettre en avant son profil proche des Américains moyens.

Lui qui affiche un patrimoine relativement modeste par rapport aux nombreux millionnaires que compte le gouvernement Trump se montre intarissable sur ses racines du Kansas, l’Etat rural du Midwest dont il a été l’élu.

Le ministre s’était déjà attiré quelques critiques pour avoir emmené, depuis début 2019, son épouse Susan Pompeo dans de nombreux voyages, alors qu’elle n’exerce aucune fonction officielle, obligeant des fonctionnaires et des agents de sécurité à s’occuper d’elle.

Mike Pompeo était en revanche sorti affaibli de l’affaire ukrainienne qui a valu une mise en accusation au président américain, finalement acquitté par le Sénat en début d’année.

S’il a conservé la confiance du milliardaire républicain, ce ténor du gouvernement a perdu celle de bon nombre des fonctionnaires de son ministère, choqués qu’il n’ait pas défendu les diplomates traînés dans la boue par les cercles trumpistes –  voire par le locataire de la Maison Blanche.

Après avoir dû faire profil bas pendant plusieurs semaines, Mike Pompeo est revenu récemment sur le devant de la scène pour mener l’offensive de l’administration Trump contre la Chine, accusée d’être « responsable » de la propagation du nouveau coronavirus.

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