Sous les voies d’une gare parisienne, un bunker figé dans le temps
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Sous les voies d’une gare parisienne, un bunker figé dans le temps

Cette salle est un petit bijou des années 1930, remplie de vieux moteurs, compresseurs, absorbeurs de CO2, compteurs, cadrans, gaines de cuivres et poignées de bakélite

Cette photo prise le 23 janvier 2018 montre un panneau sur une porte indiquant le bunker (flèche pointant vers le bas) et la surface (flèche pointant vers le haut) d'un bunker de la Seconde Guerre mondiale situé sous la Gare de l'Est dans la capitale française Paris. / PHOTO AFP / Philippe LOPEZ
Cette photo prise le 23 janvier 2018 montre un panneau sur une porte indiquant le bunker (flèche pointant vers le bas) et la surface (flèche pointant vers le haut) d'un bunker de la Seconde Guerre mondiale situé sous la Gare de l'Est dans la capitale française Paris. / PHOTO AFP / Philippe LOPEZ

Qui remarque une trappe discrète sur le quai de la Gare de l’Est à Paris, quand part un train à grande vitesse pour Strasbourg ? Elle cache un bunker aménagé juste avant la Seconde Guerre mondiale, et miraculeusement préservé.

La trappe ouverte, un escalier mène à un sas de béton brut, et à une porte blindée.

« Le souci, c’était les gaz », explique Clive Lamming, historien des chemins de fer, en présentant cet endroit singulier à l’AFP. « On se souvenait de la Première Guerre mondiale ! Il fallait donc un lieu parfaitement étanche ».

Cet abri, « un lieu de repli en cas d’attaque aérienne », a été aménagé en 1939 dans des souterrains construits quelques années plus tôt pour acheminer les bagages. Le but du jeu était d’y abriter le personnel nécessaire pour continuer à faire rouler les trains – ceux de la Gare de l’Est partaient vers l’Allemagne.

Le bunker pouvait abriter environ 70 personnes dans une dizaine de petites pièces sous trois mètres de plafond, 120 m2 en tout avec une température de 15°C en toute saison. « On pouvait y tenir une heure ou deux », estime l’historien.

Construit par les autorités françaises, il a été investi par les Allemands après la défaite de 1940. Quelques inscriptions témoignent encore de leur passage, comme un « Notausgang » (sortie de secours) conservé près de l’entrée, et aussi des annotations bilingues sur des plans.

Le bunker de la Gare de l’Est n’a jamais vraiment servi. « A mon avis, il n’a pas été terminé », avance M. Lamming, même si les travaux ont officiellement été réceptionnés en 1941.

De fait, Paris a été plutôt épargnée par les attaques aériennes pendant la Seconde Guerre mondiale, le danger ne venait plus des gaz… Et on se dit, en entendant arriver un train à grande vitesse (TGV) au-dessus de sa tête, que le plafond n’aurait sans doute pas résisté à un bombardement.

Vélo-ventilateur

« Depuis quatre-vingt ans, c’est la Belle au bois dormant », dit l’historien en pénétrant dans la salle des machines. « Tout est en état neuf de 1939 ! ».

Cette salle est un petit bijou des années 1930, remplie de vieux moteurs, compresseurs, absorbeurs de CO2, compteurs, cadrans, gaines de cuivres et poignées de bakélite ne demandant qu’à être astiqués. Des batteries y permettaient la ventilation en cas de coupure de courant. Au pire, il suffisait de pédaler sur deux étonnants vélos pour mettre en marche une soufflerie et avoir un peu d’air frais.

Même impression de musée au central téléphonique à côté, dont l’enchevêtrement de fils mériterait d’être classé aux monuments historiques. On pouvait y joindre les gares du réseau de l’Est, et sans doute d’autres bunkers, au cas où.

Les autres pièces, moins spectaculaires sans doute, sont encore meublées de quelques tables et chaises d’époque où les agents pouvaient déterminer les créneaux de circulation des trains. L’abri était conçu pour accueillir 72 postes de travail, et quelques papiers jaunis assurent le décor. Il y a même un lit.

Le bunker de la Gare de l’Est est tombé dans un semi-oubli après la fin de la deuxième guerre mondiale. Il est peu à peu devenu comme une légende parmi les employés de la SNCF, l’opérateur ferroviaire national, même si la modernité y a apporté un joli téléphone gris dans les années 1970 et plus récemment un éclairage aux normes.

« L’objectif, c’est de le préserver », d’autant que les abris installés dans d’autres gares à l’époque ont tous disparu, assure-t-on chez une filiale de la SNCF chargée des gares de voyageurs.

Le bunker ne se visite qu’exceptionnellement, parfois lors de la manifestation annuelle des Journées du Patrimoine, car il ne supporterait pas les foules.

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