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Suite aux propos d’un rabbin, Herzog épingle la rhétorique de division et de haine

Le président fustige les accusations de "traîtrise" entre citoyens d'un même pays, estimant que qualifier autrui de "nazi" est une ligne rouge après une vidéo du rabbin Meir Mazuz

Le président Isaac Herzog lors d'une conférence du Conseil national des étudiants et de la jeunesse à Jérusalem, le 8 mai 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le président Isaac Herzog lors d'une conférence du Conseil national des étudiants et de la jeunesse à Jérusalem, le 8 mai 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le président Isaac Herzog a ajouté sa voix, mardi, au concert d’indignation qui s’est exprimé suite aux propos d’un rabbin ultra-orthodoxe influent qui a déclaré que les ministres du gouvernement actuel étaient des « traîtres » qui étaient « pires que des nazis », exprimant son exaspération de devoir encore rappeler aux personnalités publiques ce que sont les limites d’un discours acceptable.

« Arrêtez », a dit fermement Herzog lors d’un événement organisé pour promouvoir et fêter l’unité nationale. « Ces accusations de trahison, ces accusations de haine à l’encontre d’Israël, ces insultes lancées aux citoyens et aux groupes en raison de leur confession ou de leur mode de vie et, Dieu nous en préserve – je n’arrive pas à croire que je sois aujourd’hui dans l’obligation de le dire encore ici – cette manière d’introduire ‘les nazis’ dans la culture du discours israélien, toute cette rhétorique représente une ligne rouge qui ne doit pas être franchie. »

Dimanche, une vidéo filmée la veille pendant un cours a circulé sur les réseaux sociaux, montrant le rabbin Meir Mazuz de la yeshiva Kisse Rahamim à Bnei Brak déclarant que le gouvernement s’efforce « d’étouffer » les élèves de yeshiva tout en « donnant autant que possible aux Arabes ».

« Nous avons des ici des esprits malveillants. Nous attendons qu’ils quittent ce monde », dit Mazuz dans la séquence.

« Ce sont des traîtres à leur peuple, ils haïssent leur peuple. Ils sont pires que des nazis – les nazis adoraient les leurs, mais ces ministres haïssent leur peuple », continue-t-il, mentionnant le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, le ministre des Finances Avigdor Liberman ainsi que « tous leurs amis ».

Cela fait longtemps que Lapid et Liberman sont la cible de l’opprobre des leaders ultra-orthodoxes en raison de leurs initiatives visant à réduire les avantages particuliers et autres exemptions accordées aux institutions communautaires et religieuses haredim. Liberman a encore une fois suscité la controverse, lundi, en disant que certaines yeshivot enseignaient majoritairement l’oisiveté, et il a menacé de nouvelles coupures de financement en direction des écoles ultra-orthodoxes en raison de l’incapacité de ces dernières à enseigner des matières profanes.

Les propos de Herzog ont été tenus pendant une cérémonie en l’honneur des lauréats du Prix de l’unité annuel de Jérusalem, qui avait été créé en 2015 en mémoire de trois adolescents israéliens — Gil-ad Shaar, Eyal Yifrach et Naftali Fraenkel — qui avaient été kidnappés et tués par des terroristes, l’année précédente.

Chaque année, ce Prix accorde trois subventions à des individus ou à des instances qui œuvrent en faveur de la promotion de l’unité nationale.

Le rabbin Meir Mazuz s’exprime lors d’une conférence de presse du parti politique « Yachad » à Bnei Brak, le 27 mars 2019. (Crédit : Yehuda Haim/Flash90)

Herzog a déclaré qu’en tant que président, il préférait accorder la priorité à ce que les différents groupes de personnes ou idéologiques composant la société israélienne avaient en commun, notant le pouvoir de mise en relation des mots mais remarquant également leur puissance de destruction.

« Il y a certaines expressions que nous ne pouvons pas tolérer. Ni en politique, ni dans la sphère publique, ni dans les médias », a-t-il asséné.

Mazuz, un influent rabbin séfarade lié au parti d’opposition Shas, a été âprement critiqué par Lapid, Liberman et d’autres en raison de ses paroles.

« J’ignorais qu’enseigner des matières profanes, aller travailler et faire son service militaire, c’était pire que les nazis », a écrit Liberman qui a ajouté que dans le Talmud, la destruction du Second Temple à Jérusalem était attribuée à la haine « sans fondement » qui régnait parmi les Juifs.

Le chef du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman (à droite), s’entretient avec le chef de Yesh Atid, Yair Lapid, à la Knesset le 16 novembre 2015. (Miriam Alster/ Flash90/Fichier)

Le ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid, a répondu dimanche matin réponse aux propos de Mazuz, notant sur Twitter que « les nazis ont tué mon grand-père dans un camp de concentration et ils ont essayé d’assassiner mon père dans un ghetto ».

Le rabbin a déjà été au centre de controverses dans le passé.

En 2020, Mazuz avait entraîné un torrent de condamnations quand il avait déclaré que la pandémie de coronavirus au sein de l’État juif était une sanction divine pour les défilés de la marche des fiertés dans le monde entier. En 2016, il avait attribué la responsabilité de l’effondrement d’un parking de Tel Aviv qui avait tué six personnes à la profanation du Shabbat.

Les leaders israéliens mettent en garde contre les haines croissantes, les divisions et les incitations à la violence au sein de l’État juif, en particulier depuis la formation de la coalition actuelle qui rassemble des formations de gauche, de droite et du centre.

Politiciens israéliens en uniforme nazi. (Crédit : Capture d’écran)

Ce mois-ci, une activiste de droite a été mise en examen pour avoir envoyé des lettres de menaces contenant des balles au Premier ministre Naftali Bennett et à sa famille.

Lapid a dit avoir reçu des menaces, ainsi qu’un message qui lui souhaitait de mourir d’un cancer, le comparant au chef nazi Adolf Hitler.

Au mois de janvier, un homme a été mis en examen pour avoir menacé le ministre des Affaires religieuses Matan Kahana. La lettre affirmait que sa destinée serait celle du Premier ministre assassiné Yitzhak Rabin. Kahana s’est donné pour objectif de mener des réformes en matière de laïcité, affaiblissant l’hégémonie ultra-orthodoxe sur des sujets variés.

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