Sur les remparts de Jérusalem, des récits d’amour et de désir
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Sur les remparts de Jérusalem, des récits d’amour et de désir

Une promenade sur les murs de la Vieille Ville offre un aperçu des passions des gouvernants du passé - celles d'un roi chrétien, d'un sultan turc, d'une princesse ou du roi Hérode

  • Les visiteurs sur la promenade des remparts de Jérusalem sur les murs de la Vieille Ville, le 17 décembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
    Les visiteurs sur la promenade des remparts de Jérusalem sur les murs de la Vieille Ville, le 17 décembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
  • Une visiteuse sur la promenade des remparts de Jérusalem sur les murs de la Vieille Ville, le 17 décembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
    Une visiteuse sur la promenade des remparts de Jérusalem sur les murs de la Vieille Ville, le 17 décembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
  • Une partie du complexe arménien à Jérusalem, dans la Vieille Ville. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Une partie du complexe arménien à Jérusalem, dans la Vieille Ville. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • La fin de la promenade des remparts de Jérusalem, près de la porte de Sion, à la Vieille Ville. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La fin de la promenade des remparts de Jérusalem, près de la porte de Sion, à la Vieille Ville. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • L'abbaye de la dormition vue depuis les remparts de la Vieille Ville de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    L'abbaye de la dormition vue depuis les remparts de la Vieille Ville de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Des visiteurs de la douve sèche qui entoure la citadelle de l'époque des croisés, dans le musée de la Tour de David. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Des visiteurs de la douve sèche qui entoure la citadelle de l'époque des croisés, dans le musée de la Tour de David. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Les fouilles archéologiques réalisées sous une structure militaire construite par les Turcs, le Kishle, à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Les fouilles archéologiques réalisées sous une structure militaire construite par les Turcs, le Kishle, à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Une vue du quartier de Mishkenot Sha'anamim, à Jérusalem, depuis les remparts de la Vieille Ville. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Une vue du quartier de Mishkenot Sha'anamim, à Jérusalem, depuis les remparts de la Vieille Ville. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Des visiteurs regardent la reproduction de la citadelle de la Vieille Ville au musée de la Tour de David de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Des visiteurs regardent la reproduction de la citadelle de la Vieille Ville au musée de la Tour de David de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Le toit du kishle turc, un site historique qui fait partie de la promenade des remparts de la Vieille Ville. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Le toit du kishle turc, un site historique qui fait partie de la promenade des remparts de la Vieille Ville. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Les visiteurs sur la promenade des remparts de Jérusalem sur les murs de la Vieille Ville, le 17 décembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
    Les visiteurs sur la promenade des remparts de Jérusalem sur les murs de la Vieille Ville, le 17 décembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
  • L'entrée d'un cimetière de la Vieille Ville de Jérusalem, vue depuis les remparts. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    L'entrée d'un cimetière de la Vieille Ville de Jérusalem, vue depuis les remparts. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Il y a deux mille ans environ, un berger pauvre était tombé amoureux de la fille d’une riche famille aristocratique juive. Son nom était Akiva ; elle s’appelait Rachel. Et même si sa famille l’avait reniée, Rachel avait refusé d’abandonner Akiva.

Les deux jeunes amoureux étaient tellement pauvres que Rachel avait vendu sa belle chevelure pour échapper à la faim. Attristé, Akiva avait promis à celle qu’il aimait qu’un jour, il lui achèterait une « Jérusalem dorée ».

Rachel avait envoyé son époux analphabète à l’école, dont il était revenu savant et reconnu, de nombreuses années plus tard. A un moment donné, il avait tenu sa promesse et il avait acheté à son épouse une tiare qui représentait les murs en miniature d’une ville dorée. Le bijou était si impressionnant que la femme du président du Sanhedrin (tribunal juif) de l’époque s’était plainte avec amertume à son mari de ne pas avoir une couronne semblable à la Jérusalem dorée de Rachel.

Le temps passant, l’histoire avait été oubliée et peut-être même rejetée sous la forme d’une légende talmudique. Puis, pendant des fouilles réalisées sur le site antique de Beit Shean, des archéologues ont découvert une mosaïque byzantine qui représentait une femme riche, portant sur ses cheveux un joyau rappelant les murs dorés de la ville.

Une mosaïque découverte à Beit Shean montrant une femme portant une tiare qui rappelle les murs de la ville de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Il est impossible pour nous de savoir à quoi ressemblaient les murs qui entouraient Jérusalem à l’époque d’Akiva. Les murs qui encerclent la Vieille Ville aujourd’hui avaient été restaurés par le sultan turc Soliman le magnifique, en 1538. Avec plus de quatre kilomètres de largeur, construits à une hauteur de 12 à 25 mètres, ils sont surplombés de remparts et ces allées fortifiées offrent des panoramas merveilleux sur la Vieille Ville et aussi à l’extérieur.

Le sultan ottoman Soliman le Magnifique (Crédit photo : Wikimedia Commons / domaine public)

Soliman possédait un large harem. Mais un jour, il avait aperçu une Ukrainienne capturée dans un raid et qui était à vendre sur un marché aux esclaves turc. Il était tombé amoureux au premier regard, les autres femmes du harem avaient été éclipsées et la femme, Roskelana, était devenue impératrice consort.

Soliman était tellement épris qu’il avait écrit des lettres d’amour émouvantes, disant que Roskelana était l’essence même de son existence, son amante, sa rose, sa confidente, et même son « Constantinople » – peut-être le plus beau compliment de tous.

La semaine dernière, nous nous sommes promenés sur les remparts sud de Soliman. Ils sont une attraction populaire de Jérusalem et ils ont été fermés au public pendant des mois, pandémie de coronavirus oblige, avant de rouvrir récemment. Gura Berger, porte-parole de la Compagnie de développement de Jérusalem-Est (PAMI), qui est responsable des remparts, nous a accompagnés. Et alors qu’elle aurait pu parler des guerres et des dévastations interminables qui sont une partie intégrante de l’histoire de Jérusalem, elle a fait notre joie en nous racontant, au contraire, ces récits d’amour et de passions qui étaient liés aux différents panoramas que nous avons admirés lors de cette passionnante escapade.

La portion sud des remparts de la Vieille Ville de Jérusalem sont ouverts au public sept jours par semaine. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Notre périple a commencé à la forteresse massive de Jérusalem – appelée la citadelle – et que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de musée de la tour de David. Pendant toute l’année prochaine, alors que le musée entreprendra des travaux de rénovation, son entrée se fera par le biais de la douve sèche des croisés qui entourait, dans le passé, cette citadelle vieille de 2 000 ans. Une douve sèche, oui – la majorité des douves, dans l’Europe croisée, étaient remplies d’eau mais Jérusalem manquait de ce bien précieux.

Le roi Hérode avait fait construire une forteresse il y a deux mille ans, sur les ruines des Hasmonéens. Installée à l’endroit le plus élevé de la ville, elle tirait alors son orgueil de ses trois tours de protection lourdement fortifiées. Un vestige de ces tours a été incorporé dans le musée de la tour de David – peut-être s’agit-il de la tour à laquelle il avait donné le nom de Mariamne.

Mariamne, son épouse adorée parmi toutes les autres, était la petite-fille d’un grand-prêtre et l’une des dernières descendante de la lignée royale des Hasmonéens. Très intelligente, elle était sûrement également l’une des femmes les plus belles de son époque. Hérode nourrissait une véritable obsession pour Mariamne – il était de manière totale, absolue, amoureux d’elle – mais cet amour n’était guère partagé. Mariamne méprisait son mari qui avait assassiné son petit-frère, son grand-père (et qui devait ensuite assassiner plusieurs de leurs fils).

Une vue du centre de Jérusalem depuis les remparts de la Vieille Ville. (Crédit :Shmuel Bar-Am)

Hérode était tellement fou de Mariamne que l’idée qu’elle puisse être avec un autre homme lui était insupportable et il avait donc pris des arrangements avant son départ pour Rome et pour l’Egypte. Ainsi, elle serait tuée s’il se trouvait dans l’incapacité de revenir. Plus tard, Hérode avait entendu une rumeur portant sur une relation amoureuse qu’aurait entretenue son épouse. Il l’avait tué, en proie à la plus forte jalousie, avant d’être dévoré par le remords, ne cessant de la rechercher et de la pleurer. Le Talmud raconte qu’il aurait gardé la dépouille mortelle de Mariamne à ses côtés pendant sept ans en la recouvrant de miel.

Notre promenade a aussi compris deux carrières, avec des marches monumentales descendant à un mikvé – ou bain rituel juif – et deux socles de pierre, qui étaient à la base de grands piliers qui formaient une partie de colonnade. Cette dernière entourait un bassin royal et il se trouvait à l’intérieur du palais spectaculaire que Hérode avait fait construire à côté de la citadelle. Le palais s’étendait alors de cet endroit, à côté de la citadelle, jusqu’à un autre qui devait se trouver quelque part aux abords de ce qui est devenu aujourd’hui la porte de Sion.

Les marches menant à une allée sur les remparts de la Vieille Ville de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Il faut être en très bonne forme pour grimper les marches en métal qui mènent aux remparts quand vous arrivez à la première des tours fortifiées – il y en a des dizaines. Et sous vos pieds se trouvent le kishle qui avait été construit par les Turcs – baraquement – qui avait d’abord été utilisé comme base militaire avant de devenir une prison britannique où étaient confinés les membres des mouvements clandestins juifs pré-Etat.

Il y a de nombreuses années, le musée avait procédé à des fouilles extensives dans une partie du kishle. Et sous des quantités énormes de saletés, au grand plaisir de tous, les archéologues dirigés par Amit Reem de l’Autorité israélienne des antiquités avaient mis à jour des milliers d’années d’histoire – des arches datant des croisés, des bassins utilisés par des teinturiers juifs au 12e siècle et des vestiges du palais de Hérode ou une partie du mur de la ville qui avait été édifié, à la fin du 8e siècle avant l’ère commune, par le roi Ezéchiel.

Les fouilles archéologiques réalisées sous une structure militaire construite par les Turcs, le Kishle, à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Du haut des remparts, on aperçoit directement – et très bien – le quartier arménien, un complexe fortifié situé à l’intérieur de la ville entourée elle-même de murs. L’Arménie avait été la première nation du monde à accepter officiellement le christianisme en l’an 301 et il y a des Arméniens dans la ville depuis ce moment-là.

Il y a quelques années, des rénovations réalisées dans le complexe avaient permis de découvrir une mosaïque, qui se trouvait dans l’une des premières églises de Jérusalem, qui portait le nom du grand-prêtre juif Caiaphas. Le nouveau testament raconte que Jésus avait été détenu en captivité dans la maison de Caiaphas sur le mont Sion, la veille de sa crucifixion et la tradition arménienne dit que l’habitation se trouvait là où a été construit le lieu de culte.

Au tout début du 12e siècle, la princesse arménienne Morphia avait épousé Baldwin II, un croisé héritier du trône de Jérusalem. Parce que le couple avait eu quatre filles et n’avait pas eu de fils, il avait été conseillé à Baldwin, de manière répétée, de divorcer de son épouse – un conseil qu’il avait rejeté avec véhémence. Et en effet, la dévotion de Baldwin pour Morphia était telle qu’il avait reporté son couronnement, en 1119, jusqu’à ce que Morphia, qui ne se trouvait pas dans le pays, puisse arriver à Jérusalem pour être couronnée à ses côtés.

Le complexe arménien dans la Vieille Ville de Jérusalem, aperçu depuis les remparts. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

La fille aînée du couple, Melisende, qui devait devenir reine de Jérusalem, avait été mariée au comte Fulk V d’Anjou, un croisé issu du riche ordre des Templiers. Là encore, l’homme était follement épris de sa femme et intensément jaloux. Après avoir accusé Melisende d’infidélité, cette dernière, furieuse, avait refusé de lui parler. En offrande de paix, il avait fait créer tout spécialement pour elle un ouvrage illustrant les Psaumes et le nouveau testament : un manuscrit exquis, lumineux qu’il avait appelé le psautier de Melisende.

De l’autre côté des remparts, il y a une vue excellente de Mishkenot Shaanamim, le tout premier projet de logements à monter aux abords de la Vieille Ville qui avait été initié par un philanthrope britannique, Sir Moses Montefiore. Montefiore avait posé la première pierre en 1857 – probablement à la date-anniversaire de son mariage.

Photographie de Sir Moses Montefiore vers 1870, prise par les photographes Elliott & Fry. (Domaine public)

Montefiore et son épouse, Judith, vivaient un mariage parfait. Dans son journal, l’homme chante les louanges de Judith et bénit le jour de son union. A partir de ce moment-là, Montefiore devait faire tout ce qui était important à ses yeux le jour de son anniversaire de mariage.

De nombreuses traditions chrétiennes avaient vu le jour à l’ère byzantine, entre le 4e et le 7e siècles – avec notamment l’émergence de la croyance que Marie serait tombée dans le sommeil éternel sur le mont Sion. L’imposante abbaye de la Dormition, qui se trouve à la droite des remparts, avait été inaugurée en 1910 sur les ruines de l’une des toutes premières églises de Jérusalem où se trouvait la crypte de Marie.

A distance, il semble souvent que le clocher de l’abbaye est adjacent à l’église. Depuis les remparts, toutefois, il apparaît clairement que ce n’est pas le cas. Les Turcs avaient ordonné que la tour soit construite à l’écart de l’église afin de ne pas bloquer le chemin menant au tombeau de David, qui est traditionnellement situé sur le mont Sion.

Indépendamment de l’endroit où on se trouve – que ce soit près de l’Abbaye ou à distance – le clocher rappelle l’empereur allemand qui porte le casque prussien caractéristique : un bol à l’envers avec une pointe. Peut-être l’architecte avait-il voulu immortaliser le visage de l’empereur – ou peut-être bien même que cette idée n’est seulement apparue que dans l’esprit de l’observateur.

Au lieu de faire les dix dernières minutes environ nous séparant de la fin de la visite des remparts, nous sommes descendus à la porte de Sion. Autrefois, les entremetteurs envoyaient dans ce secteur les jeunes hommes et les jeunes filles pour leur première (et parfois unique) rencontre avant le mariage. Et qui sait ? Peut-être l’un de ces couples chanceux a-t-il vécu la plus belle histoire d’amour de tous les temps.

Une image historique des murs de la Vieille Ville de Jérusalem et de la porte de Damas, le 18 janvier 1939. (Crédit : AP Photo)

La section sud des remparts est ouverte :

Du dimanche au jeudi et le samedi de 9 heures du matin à 16 heures ; le vendredi : de 9 heures à 14 heures

Prix : 20 shekels pour un billet normal ; 10 shekels pour les Seniors, les soldats et les enfants

Téléphone : 02-627-7550

Note: Ne faites cette visite que si vous pouvez grimper facilement des marches : Pour des informations sur les heures d’ouverture du musée et des visites du kishle, appelez le numéro *2884.

Nous adressons des remerciements particuliers à Amit Reem, archéologue du district de Jérusalem, pour la visite guidée du kishle et pour son aide dans la préparation de cet article.

Aviva Bar-Am est l’autrice de sept guides en anglais sept guides en anglais .

Shmuel Bar-Am est guide touristique agréé qui organise des visites privées et personnalisées visites privées et personnalisées individuelles, familiales ou en petits groupes.

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