Sur les traces d’Alfred Nakache, le « nageur d’Auschwitz »
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Sur les traces d’Alfred Nakache, le « nageur d’Auschwitz »

Une exposition sera consacrée au champion français de natation, survivant de la Shoah, ce mois de janvier à Narbonne

Alfred Nakache à l'entraînement. (Crédit : capture d'écran film/YouTube)
Alfred Nakache à l'entraînement. (Crédit : capture d'écran film/YouTube)

Alfred Nakache, champion français de natation, survivant de la Shoah, a intégré en mai dernier le Hall of Fame de la natation mondiale à Fort Lauderdale en Floride, aux Etats-Unis, 36 ans après sa mort.

Du 11 au 28 janvier prochain, la Médiathèque du Grand Narbonne (1, boulevard Frédéric Mistral) lui consacrera une exposition.

L’évènement retracera le parcours de ce Juif d’origine algérienne, né à Constantine.

Ayant une phobie de l’eau durant sa jeunesse, Alfred Nakache a commencé la natation afin de vaincre cette peur. Il est devenu champion d’Afrique du Nord à 16 ans et a traversé la Méditerranée trois ans plus tard afin de participer aux Championnats de France de natation – où il est arrivé second au 100m nage libre, derrière la légende Jean Taris.

Lors des JO de Berlin en 1936, il arrive 4e en finale du relais 4 x 200 m, devant l’Allemagne et sous les yeux d’Hitler.

Devenu professeur d’EPS en 1939, « Artem », son surnom, a été déchu de sa nationalité française et de son poste de professeur l’année suivante en raison de la législation antisémite du régime de Vichy.

Réfugié avec sa famille à Toulouse, ayant rejoint le club des dauphins du TOEC, il bat plusieurs records et remporte de nombreux titres de champion de France. Le maréchal Pétain collaborationniste le félicite même pour ses exploits. Ce qui ne l’empêchera pas d’être arrêté par la Gestapo pour faits de résistance puis d’être déporté à Auschwitz et Buchenwald en janvier 1944. Selon sa nièce, son rival, le nageur Jacques Cartonnet, alors chef du service jeunesse et sports de la milice de Haute-Garonne, serait responsable de sa déportation.

Outre les humiliations et les abus de ses tortionnaires, le champion connait les marches de la mort et, surtout, perd sa femme Paule et sa fille Annie, âgée de 2 ans, gazées à leur arrivée au camp – ce qu’il n’apprend qu’après la guerre.

L’athlète trouve malgré tout le courage et la force de revenir au plus haut niveau et devient champion de France en 1946, après être revenu à Toulouse à sa libération – il ne pesait alors plus que 40 kilos. Il participe aux Jeux Olympiques de Londres en 1948, en natation et en water-polo – il ne remporte pas de médailles.

« Il a aussi repris son métier de professeur de sport, détaille Yvette Benayoun-Nakache, sa nièce, au journal Ouest-France. Il était jovial de nature mais avait un peu perdu la foi, même si durant les grandes fêtes juives, il mettait sa calotte. Lors des repas de famille, il s’isolait car il avait des bouffées d’angoisse, puis revenait et offrait toujours une de ses médailles à chaque neveu… »

Le champion est décédé en 1983 à l’âge de 67 ans après un malaise cardiaque lors de son kilomètre de nage quotidien. Au fil de sa carrière, il a remporté 15 titres de champion de France, 9 records de France, 3 records d’Europe et un record du monde.

De nombreuses piscines municipales à travers la France portent aujourd’hui son nom, et il a obtenu en 1993 à titre posthume le trophée du grand exemple au Musée international du sport juif en Israël.

« Nous aimons les héros. Ce gars-là n’est parti de rien et il est devenu champion. Tout est possible quand on arrive à se dépasser », a commenté en mai le patron du Hall of Fame de la natation lors de l’intronisation du champion en tant que pionnier de la discipline – Nakache était le 9e nageur français à obtenir une telle distinction.

L’exposition qui lui est consacrée ce mois de janvier à Narbonne continuera ainsi à faire vivre sa légende. Dans ce cadre, le film « Nage libre, Fabien Gilot sur les traces d’Alfred Nakache » de Thierry Lasheras sera projeté le 14 janvier à 18h à l’auditorium Jean Eustache de la médiathèque.

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