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Taux d’intérêt : Amir Yaron refuse un quelconque rôle du ministre des Finances

Le chef de la Banque centrale demande au Premier ministre de renoncer à ce projet de loi, disant qu'il portera un coup à l'indépendance de son institution

Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans les technologies pour le Times of Israel.

Le gouverneur de la Banque centrale d'Israël, Amir Yaron, pendant une conférence de presse à la Banque d'Israël, à Jérusalem, le 2 janvier 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le gouverneur de la Banque centrale d'Israël, Amir Yaron, pendant une conférence de presse à la Banque d'Israël, à Jérusalem, le 2 janvier 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le chef de la Banque centrale, Amir Yaron, a averti mardi que l’avancée d’un projet de loi qui accorderait au ministre des Finances la capacité d’influencer l’établissement du taux d’intérêt minimum sur les comptes courants constituera « un coup très grave » porté à l’indépendance de la Banque centrale.

Dans une lettre dure qui a été envoyée au Premier ministre Benjamin Netanyahu, Yaron a fait part de sa forte opposition au projet de loi, lui demandant d’intervenir personnellement dans les meilleurs délais en le supprimant de l’ordre du jour. Suite à la publication du courrier, l’indice TA-125 et l’indice TA-35, à la bourse de Tel Aviv, ont baissé de plus de 1 % à la fermeture, une baisse accompagnée d’une dépréciation du shekel au même pourcentage.

« La violation de l’indépendance de la Banque centrale qui est induite par ce projet de loi franchit une ligne rouge et il y a une inquiétude réelle portant sur le fait que les entités internationales, tout comme les agences de notation, percevront également les choses de cette manière », a écrit Yaron dans le courrier.

Selon le texte, les intérêts payés par les prêteurs du pays sur les comptes seront établis par le gouverneur de la Banque centrale – sous réserve d’être approuvés par le ministre des Finances. La loi, qui a été approuvée par la commission des Lois dimanche, devrait être présentée au vote en lecture préliminaire à la Knesset, mercredi.

Yaron a par ailleurs expliqué que la législation entravera la capacité de la Banque centrale à gérer la politique monétaire et à la conduire dans la mesure où elle permettra au ministre des Finances d’influencer lui-même les taux d’intérêt dans le pays.

« Je suis fortement opposé à toute intervention dans les prix des produits bancaires, à l’établissement de prix qui seraient uniformes, » a écrit Yaron dans la lettre.

« Établir un prix nuira à l’activité des mécanismes du marché ; cela amènera tous les acteurs à se concentrer sur un prix établi, ce qui supprimera la concurrence et l’efficacité et ce qui créera d’énormes difficultés s’agissant du calcul des prix, » a-t-il mis en garde.

Illustration : Des Israéliens devant la banque Leumi à Jérusalem, le 16 novembre 2014. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

De surcroît, le chef de la Banque centrale a averti qu’adopter une telle législation serait considérée à l’international « comme une initiative négative, comme une initiative qui ne correspond pas à ce que sont les économies avancées dans les pays développés ».

Yaron a aussi fait part de son inquiétude sur le fait que « l’intervention flagrante » permise par le projet de loi risque d’avoir un réel impact sur les décisions prises non seulement par les institutions financières internationales qui réfléchissent à la possibilité de travailler en Israël, mais aussi les entreprises étrangères œuvrant dans d’autres secteurs de l’économie.

Le texte a été déposé après que Yaron a convoqué, la semaine dernière, les directeurs des banques du pays à son bureau de Tel Aviv pour évoquer la question des taux d’intérêts sur les dépôts, sur les comptes courants et sur les prêts. Le chef de la Banque centrale avait alors ordonné aux prêteurs d’Israël, qui ont fait des bénéfices énormes en raison de l’augmentation des taux d’intérêt, de répercuter ces considérables bénéfices sur les clients et de commencer à payer des taux d’intérêt sur les fonds placés sur les comptes courants.

Selon la Banque d’Israël, la population dispose d’environ 1 400 milliards de shekels sous forme de dépôts bancaires en monnaie locale, dont plus de 500 milliards de shekels sur des comptes courants. Les déposants perçoivent très rarement des intérêts sur ces soldes, contrairement aux banques qui, elles, en tirent des revenus. Ceci alors que la Banque d’Israël a progressivement relevé le taux d’intérêt de référence au cours de l’année écoulée, passant d’un niveau record de 0,1 % en avril 2022 à 4,75 % cette année, dans un effort destiné à calmer l’inflation.

Les banques israéliennes ont attiré l’attention et elles ont été critiquées, ces derniers mois, pour n’avoir pas répercuté équitablement ou avoir tardé à répercuter les bénéfices des taux d’intérêt plus élevés sur les détenteurs de dépôts, tout en profitant pleinement des taux élevés sur les prêts et les hypothèques.

Le taux d’intérêt pratiqué par les banques sur les prêts aux ménages israéliens est d’environ 10 % en moyenne, alors que les taux sur les dépôts sont de l’ordre de 2 % à 4,5 % selon le montant et la durée du prêt. Cet écart, qui génère des profits considérables pour les banques, suscite depuis quelques mois l’indignation de la population et de certains hommes politiques, qui ont accusé Yaron d’avoir porté préjudice à l’économie.

Une vue des bureaux de la Bank Hapoalim, dans le centre de Tel Aviv, le 4 août 2015. (Crédit : Miriam Alster/ FLASH90)

À la fin de la réunion, Yaron a demandé aux PDG des banques d’informer, dans les plus brefs délais, le superviseur des banques des mesures et des plans mis en œuvre pour atteindre les objectifs qu’il a présentés. La Banque centrale a déjà prévenu les banques que si elles n’atteignaient pas les objectifs fixés, elle n’hésiterait pas à recourir à ses outils réglementaires pour les faire respecter.

Dans le courrier adressé à Netanyahu, le chef de la Banque centrale a indiqué que suite à la réunion, les prêteurs examinaient les objectifs qui leur avaient été présentés et que chaque banque était en train d’assembler sa propre enveloppe de règlementation – notant que des banques ont d’ores et déjà décidé d’offrir des intérêts sur la balance des crédits des comptes courants.

Yaron a reconnu qu’il n’y avait pas suffisamment de concurrence dans le système bancaire mais il a souligné que la solution était d’encourager la concurrence et de ne pas intervenir dans les opérations des banques.

« Il y a encore des choses à faire pour continuer à améliorer la concurrence dans le secteur bancaire, en particulier en ce qui concerne les crédits à la consommation en direction des foyers et les crédits octroyés aux petites et moyennes entreprises », a écrit Yaron.

« Le meilleur moyen permettant d’améliorer le bien-être des consommateurs est de continuer à supprimer les obstacles qui persistent entre les acteurs existants, qui empêchent la concurrence et qui empêchent aussi l’apparition sur le marché de nouveaux acteurs, » a-t-il conclu.

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