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Telegram et M16 : comment Jénine combat Israël

Le terroriste de Tel Aviv qui a tué trois personnes dans un bar, la semaine dernière, vivait au camp de réfugiés de Jénine ; les forces israéliennes tentent d'arrêter ses proches

Des enfants palestiniens brûlent des pneus suite à un raid à Jénine, en Cisjordanie, le 12 avril 2022. (Crédit : JAAFAR ASHTIYEH / AFP)
Des enfants palestiniens brûlent des pneus suite à un raid à Jénine, en Cisjordanie, le 12 avril 2022. (Crédit : JAAFAR ASHTIYEH / AFP)

« Vous êtes qui ? Vous faites quoi ici ? Vous êtes Israéliens ? », lance Khaled, naviguant dans une petite voiture de sport aux abords du camp de Jénine, où se terre la famille de l’auteur d’une attaque récente à Tel Aviv, devenu le « héros » local.

Pneus prêts à être brûlés, vigiles qui partagent les positions israéliennes sur des messageries cryptées et armes : le camp de Jénine, d’où est originaire le terroriste, organise sa « défense » face à « l’offensive » d’Israël.

À l’entrée d’un entrelacs de venelles de béton, des réfrigérateurs déglingués et des pneus sont entassés pour entraver l’accès alors que l’armée israélienne mène des opérations quotidiennes depuis le weekend.

But de la mission : mettre la main sur des proches de Raëd Hazem, devenu le nouveau « héros » du camp pour avoir mené le 7 avril une attaque terroriste en plein cœur de Tel Aviv qui a fait trois morts, avant d’être abattu par les forces israéliennes quelques heures plus tard. Dix jours plus tôt, une autre attaque avait fait cinq morts en banlieue de Tel Aviv.

À Jénine, dans le nord de la Cisjordanie, des portraits de Raëd Hazem ornent les murs de ciment où se multiplient les affiches de « martyrs » remplaçant celles jaunies de la Seconde intifada.

Depuis la fin mars, sept individus de Jénine, dont des membres de groupes terroristes palestiniens, ont été tués lors d’échanges de tirs avec les forces israéliennes.

« Nous utilisons (la messagerie cryptée, ndlr) Telegram, qui est sûr, pour défendre Jénine. S’il y a un problème, si l’armée entre dans Jénine, vous avez toutes les informations sur Telegram. Où sont les soldats, dans quel secteur, et nous pouvons nous regrouper pour nous défendre », lance Khaled, un nom d’emprunt.

Comme Khaled, Mohammed, autre nom d’emprunt, arpente les abords du camp pour informer les membres de son groupe sur Telegram.

« Nous tentons d’identifier les voitures », dit-il. « Nous avons peur des mustaravim, ces membres des unités israéliennes qui se font passer pour des gens de chez nous, qui parlent arabe comme nous et s’habillent comme nous. Nous craignons qu’ils soient admis sur les groupes Telegram et partagent de fausses informations », ajoute-t-il.

Une soldate israélienne pendant une opération militaire à Jénine, en Cisjordanie, le 12 avril 2022. (Crédit : JAAFAR ASHTIYEH / AFP)

Escalade

Les services de sécurité israéliens ont demandé au père de l’assaillant de Tel Aviv de se rendre, qui a salué devant une foule les actes de son fils, pour éviter une plus grande opération dans le camp. Et dimanche, des militaires ont ouvert le feu sur la voiture du frère de l’assaillant, Hamam, qui circulait à l’extérieur du camp.

Depuis, le père se planque. Hamam, lui, sort à l’occasion, pour arpenter le camp dans sa voiture décorée d’affiches de son frère.

« Des fois je me cache, des fois je sors. Si les Israéliens m’attrapent ce sera la volonté de Dieu », murmure-t-il en montrant un impact de balle sur sa voiture entourée d’une petite foule. Dans le camp, de nombreuses armes circulent, notamment des fusils d’assaut M16 qui se négocient autour de 15 000 euros sur le marché noir.

« Il y a une escalade à Jénine, avec des attaques quotidiennes de l’occupation (nom donné par des Palestiniens à Israël, ndlr). Nous sommes prêts à repousser l’occupation par tous les moyens possibles », déclare, le visage barré d’un keffieh et une arme automatique à la main, un responsable local de la branche armée du Fatah laïc, de Mahmoud Abbas, le chef de l’Autorité palestinienne.

« Les unités de combat sont déployées dans les allées et les venelles. Les combattants sont déployés à l’entrée du camp et aux abords. Le camp regorge d’armes », assure ce responsable dont le mouvement cohabite sur place avec les islamistes du Hamas et du Jihad Islamique.

Une affiche avec la photo de Raad Hazem, 28 ans, originaire de Jénine, qui a tué trois civils israéliens et blessé douze personnes dans un bar de Tel Aviv avant d’être abattu suite à une chasse à l’homme, le 12 avril 2022. (Crédit : JAAFAR ASHTIYEH / AFP)

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