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Thomas Friedman: Le gouvernement Netanyahu oblige à « repenser » les relations US-Israël

Selon le chroniqueur du NY Times, Washington pense que la coalition israélienne utilise la réforme pour justifier "un comportement radical inédit ... qui sape nos intérêts communs"

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, s'entretenant avec le ministre d'extrême-droite de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, à droite, et le ministre de la Justice Yariv Levin, à gauche, à la Knesset le 10 juillet 2023. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, s'entretenant avec le ministre d'extrême-droite de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, à droite, et le ministre de la Justice Yariv Levin, à gauche, à la Knesset le 10 juillet 2023. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

Le chroniqueur du New York Times, Thomas L. Friedman, a écrit mardi un éditorial dans lequel il avertit que l’administration Biden réévalue ses liens avec le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, alors que les États-Unis s’inquiètent de plus en plus des actions de la coalition radicale israélienne.

Friedman a déclaré que le président américain Joe Biden pense que le gouvernement utilise sa réforme du système judiciaire comme un écran de fumée pour s’engager « dans un comportement radical sans précédent… qui sape nos intérêts communs avec Israël, nos valeurs communes et la croyance partagée d’une importance vitale sur le statut de la Cisjordanie qui maintient les espoirs de paix là-bas à peine vivants.

L’éditorial, intitulé « La réévaluation américaine du gouvernement de Netanyahu a commencé », est le dernier en date de plusieurs autres publiés depuis la victoire du bloc de Netanyahu (droite, religieux et extrême-droite) aux élections législatives de novembre.

Soulignant la consternation de l’administration, Friedman a noté un certain nombre de commentaires publics faits récemment contre le gouvernement israélien par de hauts responsables américains, notamment le fait que Biden l’ait qualifié de « l’un des plus extrémistes » qu’il ait jamais vus et la remarque de l’ambassadeur sortant des États-Unis en Israël, Tom Nides, selon laquelle les États-Unis cherchent à empêcher Israël de « dérailler ».

« Il y a une onde de choc aujourd’hui parmi les diplomates américains qui ont traité avec Netanyahu, le plus ancien des Premiers ministres israéliens, un homme d’une intelligence et d’un talent politique considérables », a poursuivi Friedman, rejetant l’argument du Premier ministre selon lequel il contrôle ses alliés d’extrême-droite tel que le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir.

« Ils ont juste du mal à croire que Bibi [Netanyahu] se laisserait mener par le bout du nez par des gens comme Ben Gvir, qu’il serait prêt à risquer les relations d’Israël avec l’Amérique et avec les investisseurs mondiaux et qu’il SERAIT PRÊT À RISQUER UNE GUERRE CIVILE EN ISRAËL juste pour rester au pouvoir aux côtés d’un groupe de pantins et d’ultra-nationalistes. »

Friedman, dont les éditos sont censées être scrupuleusement lus par Biden, a attribué la « rupture des valeurs partagées » entre les États-Unis et Israël aux efforts du gouvernement pour imposer des réformes de grande envergure afin d’affaiblir le système judiciaire, « le seul contrôle indépendant du pouvoir politique » dans le système parlementaire monocaméral israélien dépourvu de constitution. La coalition présente actuellement un projet de loi qui vise à empêcher les tribunaux d’utiliser l’outil judiciaire de la notion du « caractère raisonnable » pour les décisions gouvernementale dans le cadre de sa réforme du système judiciaire.

« Un changement aussi important dans le système judiciaire israélien largement respecté, qui a guidé l’émergence d’une économie de démarrage remarquable, est quelque chose qui ne devrait être fait qu’après un examen par des experts non partisans et avec un large consensus national », a écrit Friedman. « C’est ainsi que les vraies démocraties agissent, mais il n’y a rien eu de tel dans le cas de Netanyahu. Cela souligne que toute cette farce n’a rien à voir avec la ‘réforme’ judiciaire et tout à voir avec une prise de pouvoir clairement assumée par chaque segment de la coalition Netanyahu ».

Thomas L. Friedman, chroniqueur du New York Times. (Crédit : Rebecca Zeffert/Flash90)

Friedman a également cité l’édito de lundi du rédacteur en chef du Times of Israel, David Horovitz, qui a écrit à propos du dit projet de loi sur le « caractère raisonnable » :

« Seul un gouvernement déterminé à faire ce qui est déraisonnable peut prendre des initiatives visant à garantir que les juges – ces magistrats qui, par le réexamen judiciaire des politiques de la coalition, ont été jusqu’à présent le seul frein face au pouvoir de la majorité dans un pays qui n’a pas de constitution, où la défense de la liberté de religion, de la liberté d’expression et autres droits fondamentaux ne sont ancrés nulle part – ne pourront pas examiner le ‘caractère raisonnable’ de ses politiques. »

Au-delà des implications pour Israël en interne, Friedman a averti que la refonte mettait en danger les « intérêts communs » entre Israël et les États-Unis, citant comme exemple « la croyance partagée selon laquelle l’élargissement de la souveraineté israélienne en Cisjordanie n’était que temporaire et qu’un jour il pourrait y avoir deux États ».

« Ce gouvernement israélien fait maintenant de son mieux pour détruire cette croyance qui permet de gagner du temps », a-t-il dit, soulignant le passage éclair au cours duquel la construction de nouveaux logements dans les implantations a été approuvée et l’adoption d’une loi visant à rétablir quatre implantations du nord de la Cisjordanie qui avaient été évacuées parallèlement au retrait de Gaza en 2005.

Friedman a poursuivi en affirmant que « la destruction régulière par Netanyahu de cette croyance partagée pose désormais un réel problème pour d’autres intérêts communs américains et israéliens », tels que la stabilité de la Jordanie voisine et les efforts pour signer un accord de normalisation entre Israël et l’Arabie saoudite.

« Si le gouvernement Netanyahu se comporte comme si la Cisjordanie était Israël, alors les États-Unis devront insister sur deux choses », a déclaré Friedman, appelant à un éventuel accord d’exemption de visa (VWP) pour les Palestiniens de Cisjordanie et se demandant pourquoi les États-Unis devraient défendre Israël devant des instances internationales telles que les Nations unies et la Cour pénale internationale (CPI).

Le chroniqueur du New York Times a conclu en disant que la visite du président Isaac Herzog à Washington la semaine prochaine est censée être un signal de la part de Biden « que son problème n’est pas avec le peuple israélien mais avec le cabinet extrémiste de Bibi ».

« Je ne doute pas que le président américain transmettra au président israélien le message – par chagrin, pas par colère – que lorsque les intérêts et les valeurs du gouvernement américain et du gouvernement israélien divergent à ce point, une réévaluation de la relation est inévitable », a-t-il précisé.

« Je ne parle pas d’une réévaluation de notre coopération militaire et de renseignement avec Israël, qui reste forte et vitale. Je parle de notre approche diplomatique de base vis-à-vis d’un Israël qui s’enferme sans vergogne dans une solution à un seul État : un État uniquement juif, avec le sort et les droits des Palestiniens [qui restent à déterminer].

« Une telle réévaluation basée sur les intérêts et les valeurs des États-Unis serait signe d’amour vache pour Israël, mais une réelle nécessité avant qu’il ne déraille vraiment. Le fait que Biden soit prêt à faire face à Netanyahu avant les élections présidentielles américaines de 2024 suggère que notre président pense qu’il a le soutien non seulement de la plupart des Américains, mais de la plupart des Juifs américains et même de la plupart des Juifs israéliens », a ajouté Friedman.

Le président américain Joe Biden, à gauche, serrant la main du chef de l’opposition, Benjamin Netanyahu, à la résidence présidentielle, à Jérusalem, le 14 juillet 2022. (Crédit : Bureau du Premier ministre)

L’édito a été publié le jour même où l’administration américaine a exhorté les autorités israéliennes à « protéger et respecter le droit de réunion pacifique » lors des manifestations de masse, avec une déclaration publiée par le Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche ressemblant à certaines des réponses que les États-Unis ont publiées concernant la répression des manifestations par des régimes autoritaires à travers le monde.

L’annonce des projets de réforme a entrainé plus de six mois de protestations soutenues par des opposants qui affirment qu’elles poussent le pays vers un régime autoritaire, en concentrant le pouvoir entre les mains du gouvernement.

Malgré des désaccords avec l’administration Biden sur plusieurs questions, Netanyahu s’est montré sensible aux critiques américaines, et la décision de son gouvernement de modifier le projet de loi et de l’adopter au coup par coup visait peut-être à éliminer les potentiels acerbes critiques de la Maison Blanche.

Avant que Netanyahu n’accepte de suspendre le processus législatif fin mars afin de donner lieu à des pourparlers avec l’opposition, l’administration Biden avait progressivement élevé la voix contre les projets de réforme, notant que l’engagement commun des pays envers des institutions démocratiques fortes est ce qui a contribué à renforcer leur relations bilatérales depuis tant de décennies.

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