Un fort retrouvé dans le Golan, une preuve de l’existence des « Guechourites » ?
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Un fort retrouvé dans le Golan, une preuve de l’existence des « Guechourites » ?

Une superbe gravure sur pierre de deux individus cornus priant a été retrouvée à l'entrée d'un rare fort du 11e siècle avant l'ère commune dans le nord d'Israël

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

  • La pierre gravée découverte près d'Hispin dans le Golan, remontant au 11e siècle avant l'ère commune environ, qui pourrait être la plus ancienne preuve de l'existence de la peuplade biblique appelée "Guechourites". (Crédit : Yaniv Berman, Autorité des Antiquités israélienne)
    La pierre gravée découverte près d'Hispin dans le Golan, remontant au 11e siècle avant l'ère commune environ, qui pourrait être la plus ancienne preuve de l'existence de la peuplade biblique appelée "Guechourites". (Crédit : Yaniv Berman, Autorité des Antiquités israélienne)
  • Les fouilles menées par l'Autorité des Antiquités israélienne près de Hispin dans le Golan, où une forteresse du 11e siècle après l'ère commune a été découverte. (Crédit : Yaniv Berman, Autorité des Antiquités israélienne)
    Les fouilles menées par l'Autorité des Antiquités israélienne près de Hispin dans le Golan, où une forteresse du 11e siècle après l'ère commune a été découverte. (Crédit : Yaniv Berman, Autorité des Antiquités israélienne)
  • Ofri Eitan, de l'académie pré--militaire Kfar Hanasi, à côté de la pierre gravée découverte près d'Hispin dans le Golan et remontant au 11e siècle avant l'ère commune environ. (Crédit : Tidhar Moav, Autorité des Antiquités israélienne)
    Ofri Eitan, de l'académie pré--militaire Kfar Hanasi, à côté de la pierre gravée découverte près d'Hispin dans le Golan et remontant au 11e siècle avant l'ère commune environ. (Crédit : Tidhar Moav, Autorité des Antiquités israélienne)
  • Le chantier de fouilles de l'Autorité des Antiquités israélienne, près d'Hispin dans le Golan, où une forteresse remontant au 11e siècle avant l'ère commune environ a été découverte et qui pourrait être la plus ancienne preuve de l'existence de la peuplade biblique appelée "Guechourites" (Crédit : Yaniv Berman, Autorité des Antiquités israélienne)
    Le chantier de fouilles de l'Autorité des Antiquités israélienne, près d'Hispin dans le Golan, où une forteresse remontant au 11e siècle avant l'ère commune environ a été découverte et qui pourrait être la plus ancienne preuve de l'existence de la peuplade biblique appelée "Guechourites" (Crédit : Yaniv Berman, Autorité des Antiquités israélienne)
  • Enno Bron, co-directeur des fouilles sur un site datant du 11e siècle avant l'ère commune, près de Hispin dans le Golan. (Crédit : Yaniv Berman, Autorité des Antiquités israélienne)
    Enno Bron, co-directeur des fouilles sur un site datant du 11e siècle avant l'ère commune, près de Hispin dans le Golan. (Crédit : Yaniv Berman, Autorité des Antiquités israélienne)
  • Les fouilles menées par l'Autorité des Antiquités israélienne près de Hispin dans le Golan, où une forteresse du 11e siècle après l'ère commune a été découverte et qui pourrait être la plus ancienne preuve de l'existence de la peuplade biblique appelée "Guechourites". (Crédit : Anya Kleiner, Autorité des Antiquités israélienne)
    Les fouilles menées par l'Autorité des Antiquités israélienne près de Hispin dans le Golan, où une forteresse du 11e siècle après l'ère commune a été découverte et qui pourrait être la plus ancienne preuve de l'existence de la peuplade biblique appelée "Guechourites". (Crédit : Anya Kleiner, Autorité des Antiquités israélienne)

Datant de l’époque du roi David, il y a environ 3 000 ans, ce qui pourrait être la plus ancienne colonie fortifiée du plateau du Golan a été récemment découvert lors de fouilles de sauvetage en prévision de la construction d’un nouveau quartier. D’incroyables gravures rupestres représentant deux personnages tenant leurs bras en l’air ont été découvertes à l’intérieur de ce fort unique, qui a été daté aux alentours du 11e-9e siècle avant l’ère commune.

Cette découverte est provisoirement liée au peuple des Guechourites, dont la capitale est mentionnée dans la Bible comme ayant été située à proximité, au nord de la mer de Galilée.

Dans une brève vidéo en hébreu sur la découverte, le codirecteur des fouilles, Barak Tzin, a déclaré que lorsque la gravure a été trouvée près de l’entrée du fort, « Nous avons compris que nous avions quelque chose de très, très important… Nous avons été étonnés de découvrir une trouvaille rare et passionnante : une grande pierre de basalte avec une gravure schématique de deux figures à cornes aux bras écartés ».

À côté de la gravure a été découverte une table ou une étagère en pierre, qui, selon les archéologues, servait d’autel, sur laquelle a été trouvé un autre objet apparemment rituel, une petite figure tenant ce qui semble être un tambour.

La question de savoir quelles personnes étaient à la tête de ce fort – construit avec de gros blocs de basalte et des murs de près de 1,5 mètre de large – reste ouverte, a indiqué Ron Be’eri, conseiller scientifique de l’Autorité israélienne des Antiquités (IAA), dans la région nord, au Times of Israel mercredi.

Le chantier de fouilles de l’Autorité des Antiquités israélienne, près d’Hispin dans le Golan, où une forteresse remontant au 11e siècle avant l’ère commune environ a été découverte et qui pourrait être la plus ancienne preuve de l’existence de la peuplade biblique appelée « Ghechourites » (Crédit : Yaniv Berman, Autorité des Antiquités israélienne)

« A la minute où les empires égyptien et hittite ont été détruits… il y a eu un grand vide. Aucun historien n’écrit l’histoire de l’époque et nous revenons à une sorte de « préhistoire » dans laquelle nous n’avons que des artefacts physiques sur lesquels fonder nos hypothèses. Nous entrons donc dans le domaine de la spéculation. Il est impossible de savoir ce qui s’est réellement passé », a souligné le conseiller scientifique.

Le petit fort a été construit sur une colline qui aurait servi de point de vue sur une zone de passage stratégique de la rivière au-dessus du canyon de la rivière El-Al. Ron Be’eri pense que le fort lui-même est la preuve de l’ère de conflit et de lutte pour le contrôle qui a commencé après la chute de l’empire Hittite du nord vers 1 180 avant l’ère commune.

L’expert a expliqué au Times of Israel que sa datation du site aux environs du 11e-9e siècle avant l’ère commune reposait sur la base de preuves physiques, principalement les nombreux tessons de poterie, qui indiquent le début de l’âge du fer, et sont quelque peu comparables à ceux trouvés sur les sites israélites tels que Tel Megiddo qui sont datés aux environs du 11e-10e siècle avant l’ère commune.

Barak Tzin, co-directeur des fouilles sur un site datant du 11e siècle avant l’ère commune, près de Hispin dans le Golan. (Crédit : Yaniv Berman, Autorité des Antiquités israélienne)

« La capacité à identifier la poterie est limitée, nous n’avons pas beaucoup de comparaisons », avertit M. Be’eri.

C’est une époque de « brouillard historique » où de petites villes-états ont tenté de combler le vide créé par l’éclatement de l’empire hittite au nord et de l’empire égyptien au sud.

Parmi les peuples qui se disputaient le contrôle de la région, il y avait les Guechourites, un groupe d’Araméens, dont la capitale se trouvait dans l’actuelle Bethsaïde, juste au nord de la mer de Galilée.

Le conseiller scientifique de l’Autorité des Antiquités israélienne pour la région nord, Dr Ron Be’eri (Capture écran)

Il est possible, d’après Ron Be’eri, que le fort de Haspin (également connu sous le nom de Hispin) ait appartenu au peuple Guechourite, ou à une autre peuplade araméenne. Il existe peu de preuves physiques de ces peuples à cette époque, et aucune documentation textuelle extérieure autre que diverses citations dans la Bible hébraïque.

« Le problème est que le texte biblique n’est pas un document historique, mais plutôt théologique, et a été écrit par des lignées de rois qui avaient leur propre programme », a souligné le conseiller scientifique. « C’est pourquoi nous devons nous appuyer sur des artefacts physiques. »

Si les artefacts israélites de l’époque sont bien connus, il reste beaucoup moins de vestiges des peuples araméens. Les comparaisons les plus proches des preuves culturelles du fort se trouvent sur le site archéologique de Tel Bethsaida.

La stèle cultuelle de Bethsaïde découverte dans le cadre du projet de fouilles de Bethsaïde en 2019. (Crédit : Ivgeni Ostrovski, Autorité des Antiquités israélienne)

En 2019, l’archéologue Rami Arav, de l’université du Nebraska, a découvert à Tel Bethsaida une gravure sur pierre d’aspect très similaire, représentant un personnage cornu aux bras tendus et ce qui semble être une lune. La stèle a également été érigée à côté d’une plate-forme surélevée (bama) près de l’impressionnante porte de la ville.

Guechour est mentionné dans la Bible par le mariage politiquement motivé de Maachah, la fille du roi Talmai, au roi David. Au 10e siècle avant l’ère commune, Bethsaïde s’est ensuite alliée au roi David et à sa dynastie, la Maison de David.

Une mention remarquable de Guechour dans la Bible est le lieu de refuge du roi David et du fils de Maacha, Absalom, après le meurtre de son demi-frère Amnon pour venger le viol de sa sœur Tamar. Dans 2 Samuel 15:8, le prince s’adresse à son père, le roi David, en disant : « Car j’ai fait un vœu pendant que je résidais à Guechour, qui est en Aram, en disant : « Si l’Éternel me ramène à Jérusalem, j’adorerais l’Éternel ».

D’autres villes connues de Guechour se trouvent le long du rivage de la mer de Galilée, notamment Tel En Gev, Tel Hadar et Tel Sorag, mais dans le Golan, ces sites sont à peine connus, selon le communiqué de presse de l’IAA.

La seule « preuve » potentielle de la véracité historique du roi David – la stèle de Tel Dan, qui a été écrite après 870 avant l’ère commune et qui mentionne un triomphe sur la « Maison de David » – a été découverte dans une autre colonie araméenne dans le royaume d’Aram au nord d’Israël.

La stèle de Tel Dan mentionne « la maison de David ». Elle a été découverte par Avraham Biran en 1993. (Autorisation : professeur Yosef Garfinkel)

Jusqu’à présent, très peu de sites ont été trouvés dans le Golan. Ron Be’eri propose soigneusement que le nouveau fort, qu’il appelle « Nov-Haspin » d’après les deux implantations adjacentes, soit un peu plus ancien que le site de Bethsaïde, bien daté.

« C’est mon impression, mais nous sommes très en avance dans les recherches et nous n’avons pas encore de conclusions claires », souligne-t-il.

Ce qui est clair, selon lui, c’est l’importance du site en tant que « trésor national » qui doit être conservé. Selon le communiqué de presse de l’IAA, le ministère du logement et de la construction et l’IAA sont déjà occupés à planifier un site archéologique en plein air ouvert au public.

Les fouilles menées par l’Autorité des Antiquités israélienne près de Hispin dans le Golan, où une forteresse du 11e siècle après l’ère commune a été découverte et qui pourrait être la plus ancienne preuve de l’existence de la peuplade biblique appelée « Guechourites ». (Crédit : Anya Kleiner, Autorité des Antiquités israélienne)

« Dans l’Israël moderne et dans le Golan en particulier, nous avons la chance d’avoir beaucoup de développement et de construction – souvent aux dépens des sites archéologiques. Ce site est un trésor national et l’IAA va faire tout son possible pour s’assurer qu’il ne soit pas dégradé lui aussi », fait savoir l’expert.

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