Un groupuscule allemand jugé pour « terrorisme » anti-réfugiés
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Un groupuscule allemand jugé pour « terrorisme » anti-réfugiés

En 2016, quelque 3 500 attaques contre des réfugiés et demandeurs d'asile ont été commises en Allemagne, soit près de dix par jour

Accusés du procès du groupe Freital à Dresde, en Allemagne de l'Est, le 7 mars 2017. (Crédit : Sebastian Kahnert/AFP)
Accusés du procès du groupe Freital à Dresde, en Allemagne de l'Est, le 7 mars 2017. (Crédit : Sebastian Kahnert/AFP)

Huit membres d’un groupuscule d’extrême droite allemand qualifié de « terroriste » comparaissent mardi pour une série d’attaques menées en 2015 contre des réfugiés et des adversaires politiques, dans une ex-RDA gangrenée par la xénophobie.

Ces sept hommes de 19 à 39 ans, ainsi qu’une femme de 28 ans, sont jugés au moins jusqu’en septembre à Dresde pour « constitution d’une entreprise terroriste », « tentative de meurtre » et « blessures corporelles », parmi d’autres chefs d’accusation.

L’acte d’accusation, lu mardi matin, leur attribue cinq attaques à l’explosif menées entre juillet et novembre 2015 à Freital, dans la banlieue de Dresde, contre des foyers de demandeurs d’asile et des cibles de la gauche locale. Elles avaient fait deux blessés.

« Par ce biais, ils ont voulu créer un climat de peur et de répression », a affirmé le procureur, Jörn Hauschild.

« Ceux qui ont des opinions politiques différentes devaient être intimidés et les étrangers poussés à quitter le territoire », a ajouté le procureur, précisant que dans au moins l’une des attaques, « ils étaient prêts à ce que des gens meurent. »

L'accusé Justin S., au centre, pendant le procès du groupe Freital à Dresde, en Allemagne de l'Est, le 7 mars 2017. (Crédit : Sebastian Kahnert/AFP)
L’accusé Justin S., au centre, pendant le procès du groupe Freital à Dresde, en Allemagne de l’Est, le 7 mars 2017. (Crédit : Sebastian Kahnert/AFP)

Seule l’une des accusés, Maria Kleinert, a présenté ses excuses mardi dans une déclaration lue par son avocat. « Elle prend clairement ses distances avec ce qu’elle a fait », a souligné son avocat, Endrik Wilhelm.

Ce procès fleuve se tient dans une salle spécialement aménagée à la périphérie de la capitale saxonne, avec ses propres cellules de prison, dans un bâtiment initialement prévu pour accueillir des réfugiés.

Les travaux ont coûté plus de cinq millions d’euros et l’audience sera placée sous haute sécurité, dans un état-région berceau du mouvement islamophobe Pegida, devenu emblématique de l’hostilité aux migrants.

‘Grande quantité’ d’explosifs

L’affaire commence à l’été 2015, alors que Freital faisait déjà les gros titres pour ses manifestations houleuses, dans lesquelles on conspuait les « étrangers criminels » et les « cochons de demandeurs d’asile » en faisant le salut hitlérien.

Selon le parquet fédéral, les accusés s’étaient procurés « une grande quantité d’explosifs » en République tchèque pour viser des foyers de réfugiés, ainsi que les « appartements, bureaux et véhicules » de leurs adversaires politiques.

Le procès du groupe Freital à Dresde, en Allemagne de l'Est, le 7 mars 2017. (Crédit : Sebastian Kahnert/AFP)
Le procès du groupe Freital à Dresde, en Allemagne de l’Est, le 7 mars 2017. (Crédit : Sebastian Kahnert/AFP)

L’accusation leur attribue une première attaque contre la voiture du chef de file du parti de gauche Die Linke à Freital, dans la nuit du 27 au 28 juillet 2015, sans faire de blessé.

Dans la nuit du 19 au 20 septembre, au plus fort de l’afflux de demandeurs d’asile auxquels la chancelière Angela Merkel venait d’ouvrir les portes, ils auraient jeté une charge par la fenêtre de la cuisine d’un centre de réfugiés.

Le souffle a projeté des morceaux de verre contre le mur opposé, quatre mètres plus loin, mais les résidents du foyer dormaient déjà et personne ne se trouvait à proximité de l’explosion.

La nuit suivante, d’après le parquet, ils ont lancé des pavés et des engins artisanaux à l’acide butyrique contre un projet d’habitat associatif, blessant un habitant.

Dix attaques par jour

Enfin, dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, trois charges ont explosé contre les fenêtres d’un centre de réfugiés. Par miracle, un seul habitant a été blessé, souffrant de « multiples coupures » au visage.

Les deux meneurs présumés, Timo Schulz et Patrick Festing, ont été arrêtés fin 2015. Le premier a déjà été condamné l’an dernier à de la prison avec sursis pour avoir frappé à coups de batte de baseball la voiture de manifestants pro-réfugiés.

Dossiers liés au procès du groupe Freital à Dresde, en Allemagne de l'Est, le 7 mars 2017. (Crédit : Sebastian Kahnert/AFP)
Dossiers liés au procès du groupe Freital à Dresde, en Allemagne de l’Est, le 7 mars 2017. (Crédit : Sebastian Kahnert/AFP)

Le reste du groupe a été interpellé en avril 2016.

Impliqués à des degrés divers dans les attaques, les accusés encourent la perpétuité si la « tentative de meurtre » est reconnue, et un à dix ans de prison pour la seule « entreprise terroriste ».

L’Allemagne a enregistré l’an dernier quelque 3 500 attaques contre des réfugiés et demandeurs d’asile, soit près de dix actes de ce type par jour. Cinq cent soixante personnes ont été blessées dont 43 enfants, selon le ministère de l’Intérieur.

Dans le seul état-région de Saxe, qui représente 5 % de la population allemande, l’association RAA d’aide aux victimes a dénombré l’an dernier 437 agressions racistes, contre 477 l’année précédente.

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