Un médecin constate une certaine fin de la crise COVID – mais pas des risques
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Un médecin constate une certaine fin de la crise COVID – mais pas des risques

Israël a triomphé sur le coronavirus et connaît probablement l'immunité de groupe, selon le Prof. Dror Mevorach - mais sa recherche montre un lien entre vaccin et myocardite

Photo d'illustration : Un employé de l'hôpital Shaare Zedek dans une unité de prise en charge du coronavirus, le 3 février 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Photo d'illustration : Un employé de l'hôpital Shaare Zedek dans une unité de prise en charge du coronavirus, le 3 février 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Déclaration implicite de victoire face à la COVID-19, Israël a levé les dernières restrictions appliquées dans le cadre de la lutte contre le coronavirus sur les rassemblements et abandonné le Passeport vert dans la journée de mardi.

Le passeport, qui n’était remis qu’aux personnes vaccinées ou en rémission du coronavirus, était jusqu’à présent indispensable pour accéder à certains espaces publics, notamment aux salles de restaurant et aux salles de gym. Ces derniers sont dorénavant ouvert à tous.

Cette décision d’abandonner les restrictions survient alors que le nombre de cas est tombé à 350 et que seulement une poignée de nouveaux cas de coronavirus est enregistrée quotidiennement. Dimanche, quatre nouveaux cas ont été répertoriés contre douze dans la journée de samedi.

La crise sanitaire induite par la pandémie de coronavirus a été forte au sein de l’État juif, avec 839 475 cas dans un pays d’un peu plus de neuf millions de personnes, et 6 412 décès. A l’apogée de l’épidémie, il y avait 88 000 cas actifs dans le pays avec des milliers de plus diagnostiqués chaque jour, et 1 228 cas graves.

Un grand nombre de limitations ont d’ores et déjà été levées. Jeudi, les Israéliens ont pu retourner dans les cinémas qui étaient fermés depuis 14 mois.

Juste avant les changements mis en vigueur mardi, le professeur Dror Mevorach, chef de la médecine interne à l’hôpital Hadassah de Jérusalem, s’est entretenu avec le Times of Israël au sujet de la situation actuelle. Le moment choisi pour la levée des restrictions est le bon, a-t-il affirmé, ajoutant que « pour résumer, nous sommes revenus à la normale ».

Des Israéliens assistent à un film au cinéma Cinema City lors de la soirée de réouverture officielle après 14 mois de fermeture pendant la pandémie de coronavirus, le 27 mai 2021 à Jérusalem. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Il a évoqué un grand nombre d’autres sujets, notamment la maladie cardiaque qui pourrait être un effet secondaire du vaccin. Il examine actuellement son apparition en Israël et se prépare à soumettre un rapport détaillé au ministère de la Santé, affirmant que « je n’ai aucun doute sur le fait que la vaccination peut être à l’origine de la myocardite ».

Dror Mevorach de l’hôpital Hadassah de Jérusalem. (Autorisation : Hôpital Hadassah)

Est-ce le bon moment pour lever les restrictions en Israël ?

Oui, c’est le bon moment. Les cas ont diminué, le virus ne se propage plus et nous n’avons plus de maladie clinique dans le pays. Même dans la population non-vaccinée, la maladie ne se répand plus. Pour résumer, nous sommes revenus à la normale.

Comment décririez-vous la situation dans votre hôpital aujourd’hui ?

Elle est beaucoup, beaucoup plus calme. En fait, nous n’avons qu’un seul patient souffrant du coronavirus. Au mois de janvier, il y en avait 200 simultanément. C’était très difficile à ce moment-là et nous ne savions assurément pas que le vaccin serait aussi efficace – ce qui signifie que nous avons pris en charge la situation sans savoir qu’elle s’apaiserait.

Selon vous, le pays a-t-il atteint l’immunité de groupe ?

Il n’y a pas d’autre facteur expliquant ce que nous constatons en Israël qu’une forme d’immunité de groupe obtenue en résultat de la vaccination. Certains avaient pensé qu’il faudrait vacciner un plus grand nombre de personnes – en particulier dans la mesure où les enfants ne sont pas encore vaccinés – mais ce n’est apparemment pas le cas.

Illustration : Des Palestiniens du ministère de la Santé reçoivent une cargaison de doses de vaccin russe contre le coronavirus Spoutnik V envoyée par les Émirats arabes unis, après que les autorités égyptiennes ont autorisé l’entrée à Gaza par le point de passage de Rafah dans le sud de la bande de Gaza, le 21 février 2021. (Abed Rahim Khatib/Flash90)

Est-il possible qu’Israël atteigne l’immunité de groupe si les Palestiniens ne sont encore, dans leur majorité, pas vaccinés ?

C’est vrai que c’est un problème et que les Palestiniens qui viennent en Israël et qui rencontrent des Israéliens pourraient aider à propager la COVID-19 sur le territoire. Mais aujourd’hui, parce que les ouvriers palestiniens venant en Israël ont été immunisés, le risque est moindre. Je crois néanmoins personnellement qu’Israël devrait aider à vacciner les Palestiniens en fournissant des vaccins – il en reste suffisamment – et en sensibilisant à la vaccination.

Quelles sont les inquiétudes concernant les infections, de la part des Palestiniens ou d’autres ?

Nous devons nous souvenir qu’alors qu’il n’y a pas réellement des cas en Israël, le monde, pour sa part, subit encore les attaques du coronavirus. Je suis revenu d’Afrique du sud il y a deux semaines où le nombre de cas est très élevé. Avec des collègues de l’hôpital Hadassah, j’ai aidé le gouvernement argentin à tenter d’enrayer la propagation. Même l’Europe n’en a pas terminé avec le coronavirus.

Et ce qui nous préoccupe, c’est qu’avec la propagation du coronavirus, il y a toujours le risque d’une mutation – et qu’il pourrait y avoir une mutation résistante au vaccin. Tant que le monde combattra encore la maladie, il y a un risque réel de voir le virus ressurgir en Israël.

Un employé du Magen David Adom teste un homme au coronavirus à Jérusalem, le 18 mars 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi / Flash90)

Est-ce l’expression d’un certain pessimisme ?

Non. Le syndrome respiratoire sévère, ou SARS, a disparu [deux années après le début de l’épidémie de 2002] et personne ne sait réellement pourquoi. Avec la COVID-19, il y a cette possibilité et il y a une possibilité d’atteindre une immunité de groupe à l’échelle internationale. Je suis optimiste, et je pense aussi que le vaccin nous protègera plus longtemps que nous le prédisons aujourd’hui. En fait, je ne suis pas sûr que nous aurons besoin d’un rappel prochainement.

Le lancement de la campagne de vaccination des 12 à 15 ans commence dans quelques jours. Comment, selon vous, les Israéliens vont-ils y répondre ?

Je pense que la moitié des parents israéliens voudra faire immuniser leurs enfants parce qu’ils veulent les protéger, et qu’un grand nombre d’entre eux veulent aussi pouvoir voyager à l’étranger. Mais je ne pense pas que le vaccin se propagera comme cela a été le cas lors de la campagne des adultes. En partie parce qu’il y a moins de cas de coronavirus, et également à cause des inquiétudes portant sur la myocardite.

Photo d’illlustration : Un étudiant israélien reçoit un vaccin contre la COVID-19 dans un centre de vaccination Leumit à Tel Aviv, le 23 janvier 2021. (Crédit :Avshalom Sassoni/Flash90)

La myocardite est une maladie cardiaque actuellement examinée en Amérique parce qu’elle pourrait être liée au vaccin – l’enquête est menée par le groupe travaillant sur la sûreté des vaccins au sein des CDC (Centers for Disease Control and Prevention). Et, en Israël, vous êtes l’un des principaux auteurs d’un rapport à ce sujet. Où en est votre recherche ?

Je n’ai aucun doute sur le fait que la vaccination peut entraîner une myocardite. Il y a eu plus de cent cas répertoriés en Israël et il y a eu un décès qui a été rapporté. Je suis sur le point d’envoyer mon rapport sur ce qui a été observé en Israël au ministère de la Santé, et je m’attends à ce que le ministère prenne des décisions concernant la vaccination des adolescents dès cette semaine.

A quelle décision vous attendez-vous ?

Je pense que les responsables vont décider de vacciner les adolescents – mais pas comme ça s’est passé chez les adultes, quand il y a eu une recommandation en faveur de la vaccination très claire. Ils vont plutôt dire qu’il est préférable de vacciner les enfants tout en étant conscient de la possibilité de cet effet secondaire, en laissant finalement les parents décider. Je prédis que 50% des parents ne feront pas immuniser leurs enfants.

De nombreux Israéliens sont fortement désireux de partir à l’étranger pour y faire du tourisme, en particulier pendant l’été. Est-ce raisonnable ou y a-t-il des risques ?

Personnellement, je ne me précipiterai pas pour partir, en particulier avec des enfants qui ne sont pas vaccinés. Le fait que nous soyons en sécurité aujourd’hui en Israël ne signifie pas que nous le serons éternellement. Les enfants peuvent contracter le coronavirus à l’étranger, tout comme les adultes qui appartiennent à la petite minorité qui n’est pas protégée par le vaccin. Nous devons attendre que le reste du monde soit enfin débarrassé de la maladie et nous devons nous montrer patients.

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