Un nouveau poste pour lutter contre les constructions illégales palestiniennes
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Un nouveau poste pour lutter contre les constructions illégales palestiniennes

Le ministre de la Défense Naftali Bennett a chargé un ex-conseiller de Netanyahu sur les implantations de cette nouvelle mission ciblant les constructions dans la zone C

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le ministre de la Défense Naftali Bennett, à gauche, rencontre son nouveau conseiller Kobi Eliraz le 9 janvier 2020 (Autorisation)
Le ministre de la Défense Naftali Bennett, à gauche, rencontre son nouveau conseiller Kobi Eliraz le 9 janvier 2020 (Autorisation)

Le ministre de la Défense Naftali Bennett a annoncé jeudi la nomination d’un conseiller extérieur qui aura pour mission de combattre les constructions palestiniennes illégales en Cisjordanie.

Kobi Eliraz qui, en tant que conseiller du ministère de la Défense sur les affaires liées aux implantations, entre 2016 et 2019, avait initialement travaillé sur la régulation des constructions israéliennes illégales au-delà de la Ligne verte, « coordonnera dorénavant les constructions palestiniennes dans la Zone C pour le compte du ministre de la Défense », a fait savoir le bureau de Bennett dans un communiqué.

Le mois dernier, Bennett avait déclaré que combattre les constructions illégales palestiniennes dans les 60 % environ de la Cisjordanie placés sous contrôle militaire et civil israélien, sur la base des Accords d’Oslo, serait une haute priorité de son bureau.

« L’avenir de la terre d’Israël est en jeu », a dit Bennett dans une déclaration introduisant la nomination d’Eliraz. « Malheureusement, alors que les Palestiniens se sont emparés de territoires de manière largement ininterrompue, l’Etat d’Israël n’a pas été à la hauteur. »

Photo d’illustration : Un agent de police israélien se tient près d’une pelleteuse lors de la démolition d’une maison palestinienne dans la banlieue de Sur Baher, à Jérusalem-Est, le 7 avril 2009. (Crédit : Kobi Gideon / FLASH90)

« L’establishment de la défense luttera sur le terrain et, pour cela, il est essentiel que quelqu’un prenne la tête de cette campagne. Kobi Eliraz est la bonne personne au bon moment. Il est expert dans ce domaine et dans le travail, c’est un bulldozer », a conclu Bennett.

Eliraz a condamné le phénomène depuis qu’il a été soudainement limogé au mois de juin dernier par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, lorsque ce dernier était ministre de la Défense, une initiative qui avait suscité la fureur des chefs d’implantation. Eliraz, qui a servi sous l’autorité des ministres de la Défense Moshe Yaalon, Avigdor Liberman et Netanyahu, a été remplacé depuis par l’ancien président du conseil régional de Binyamin, Avi Roeh. Roeh serait bien plus proche du Premier ministre.

Eliraz, qui avait été à la tête, dans le passé, du secrétariat de l’implantation d’Eli et responsable au sein du ministère du Logement, a été une personnalité très respectée par le gouvernement et dans les cercles pro-implantations pour son professionnalisme et sa connaissance du sujet.

Dans une enquête publiée au mois d’août par le Times of Israel, Eliraz avait déploré le rythme auquel avaient eu lieu les constructions palestiniennes illégales au cours de la dernière décennie, sans aucune application de la loi de part des autorités de l’Etat dans la Zone C.

Kobi Eliraz, conseiller du ministre des Affaires étrangères sur les questions relatives aux implantations, à la conférence d’Amana, le 21 octobre 2014. (Crédit: capture d’écran YouTube)

Citant des statistiques du ministère de la Défense, Eliraz avait estimé qu’en comparaison aux habitants d’implantations israéliennes – qui sont approximativement 450 000 mais qui occupent environ 9 % de la Zone C – les 240 000 Palestiniens vivant dans le secteur étaient parvenus à prendre le contrôle de 30 % des terres, une grande partie étant utilisé pour l’agriculture et l’élevage de bétail.

Concernant les plus de 100 avant-postes illégaux établis par les Israéliens, Eliraz avait déclaré que la majorité de ces communautés avaient été créées avec le soutien tacite du gouvernement sur des terres n’appartenant pas à des Palestiniens individuels – et que ces avant-postes devaient donc être également légalisés.

Le nombre de structures construites illégalement par des Palestiniens dans la Zone C a doublé au cours de la dernière décennie, grimpant à 60 000, selon des chiffres transmis par Regavim, un groupe qui contrôle les constructions illégales palestiniennes.

Les Palestiniens, pour leur part, clament souvent n’avoir pas d’autre choix, des permis de construire ne leur étant que rarement délivrés dans la Zone C et, ces dernières années, le nombre total d’approbations de construction est resté à un chiffre – en comparaison aux milliers d’habitations ayant obtenu le feu vert dans les implantations israéliennes.

L’Etat juif a démoli 365 structures palestiniennes en Cisjordanie, selon B’Tselem, notamment 106 maisons et 150 structures non-résidentielles. Le nombre d’habitations démolies atteint un pic en comparaison avec les années 2018 et 2017, où 81 et 103 maisons avaient été rasées, respectivement.

Reconnaissant apparemment ce fort déséquilibre, le cabinet, au mois d’août dernier, a approuvé des permis de construire dans la Zone C, dont 700 en direction des Palestiniens et 3 000 en faveur des Israéliens.

Les leaders d’implantations et les politiciens de droite ont salué la nomination d’Eliraz, qui a entraîné la colère de l’autre côté de la sphère politique.

Le chef de Yisrael Beytenu, Liberman, a dit qu’il était « la bonne personne » pour prendre en charge le problème. Le président du conseil régional du Gush Etzion, Shlomo Neeman, a estimé que cette nomination « nous rend très optimistes pour l’avenir… car elle déterminera la portée du territoire et le visage de la Judée-Samarie [Cisjordanie] pour les futures générations ».

À gauche, le groupe de veille sur les implantations La Paix maintenant a fustigé la nomination, disant qu’elle entrait dans le cadre du plan d’annexion plus général de la Zone C de Bennett.

« Bennett utilise le pouvoir temporaire qui lui a été confié [en tant que ministre d’un gouvernement de transition] sans mandat clairement établi pour faire avancer son plan qui n’est pas démocratique et ne bénéficie pas d’un soutien populaire », a dit le groupe.

Nitzan Horowitz, à la tête du Meretz, a également critiqué cette initiative, disant qu’elle montrait que Bennett ne se préoccupait que des implantations et non d’Israël en tant que tel.

En ce qui le concerne, Eliraz a remercié Bennett pour cette désignation, clamant qu’il était « excité à l’idée de relever ce défi ».

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