Un proche de Netanyahu aurait tenté de corrompre un juge pour clore une enquête
Rechercher

Un proche de Netanyahu aurait tenté de corrompre un juge pour clore une enquête

Nir Hefetz, qui serait en pourparlers pour devenir témoin dans l'affaire Bezeq, nie qu'il a offert un poste à Hila Gerstel en échange de la clôture du procès contre Sara Netanyahu

L'ancien porte-parole du Premier ministre Nir Hefetz à la cour des magistrats de Herzliya lors d'une plainte en diffamation contre lui et d'autres conseillers du Premier ministre, le 26 décembre 2017 (Crédit : Flash90)
L'ancien porte-parole du Premier ministre Nir Hefetz à la cour des magistrats de Herzliya lors d'une plainte en diffamation contre lui et d'autres conseillers du Premier ministre, le 26 décembre 2017 (Crédit : Flash90)

Un ancien porte-parole du Premier ministre Benjamin Netanyahu et de sa famille est soupçonné d’avoir proposé un marché pour donner à un juge le poste de procureur général si elle acceptait de mettre fin à une enquête sur la femme de Netanyahu, Sara, a confirmé mardi la police.

La police a confirmé les détails sans nommer les personnes impliquées peu de temps après que le journaliste du Maariv Ben Caspit a annoncé la nouvelle de l’offre présumée de fin 2015 transmise par Nir Hefetz, confident de longue date de la famille Netanyahu, au juge Hila Gerstel, qui depuis est à la retraite.

Le directeur général de Hefetz et du ministère des Communications, Shlomo Filber, qui est en détention depuis dimanche dans le cadre de l’affaire 4000 dans laquelle il est question de corruption présumée impliquant l’entreprise de télécommunications Bezeq et peut-être Netanyahu lui-même, sont en pourparlers avec la police au sujet d’accords éventuels pour faire comparaître des témoins à charge.

Hefetz et Netanyahu ont réfuté les soupçons de la police.

Le Médiateur de l’Accusation, la juge à la retraite Hila Gerstel, assiste à une réunion du Comité de la Constitution, de la Loi et de la Justice au Parlement israélien le 27 janvier 2016. (Yonatan Sindel/Flash90)

Selon le récit de Caspit, Hefetz aurait demandé une rencontre secrète avec un associé de Gerstel, le conseiller stratégique Eli Kamir, et lui aurait dit : « Si vous êtes dans une pièce fermée à double tour avec la juge Gerstel et que vous lui demandez si elle s’engagerait à clore l’enquête contre Sara Netanyahu en échange de sa nomination comme procureur général ? Quelle serait sa réponse ? »

Sara Netanyahu est soupçonnée d’avoir utilisé abusivement les fonds publics dans les résidences officielles du couple, ainsi que l’argent du gouvernement pour payer des chefs cuisiniers privés lors d’événements familiaux, une aide-soignante pour son père et des travaux d’électricité le week-end au domicile du couple dans la ville côtière de Césarée.

Hefetz, qui a été conseiller du Premier ministre pour les médias de 2014 à 2017, a nié les accusations, en disant à ses enquêteurs : « Cela n’a jamais eu lieu, je nie toute tentative de corruption impliquant Gerstel », a rapporté le journal télévisé Hadashot. Il a également nié qu’il était en pourparlers pour devenir témoin à charge.

Netanyahu a réagi de façon cinglante à cette affaire, niant tout lien avec l’offre présumée de Hefetz.

« Nir Hefetz n’a jamais fait cette offre absurde concernant le Premier ministre et sa femme », a déclaré le bureau de Netanyahu. « On ne lui a jamais demandé de faire une telle offre, et nous ne pouvons même pas croire qu’Hefetz y ait pensé. Bientôt, le couple Nétanyahu sera également accusé de l’assassinat du [leader sioniste Haim] Arlozoroff (en 1933)]. »

Gerstel a communiqué les détails de l’offre au juge de la Cour suprême Esther Hayut peu après l’avoir reçue, a rapporté Haaretz. Gerstel et Hayut, qui a depuis été nommée présidente de la Cour suprême, sont considérées comme des amies proches. Il n’est pas certain que la police soit au courant de la conversation, ou si Hayut sera convoquée pour témoigner dans cette affaire, selon le rapport.

Hefetz a été désigné mardi matin comme l’un des nombreux hauts fonctionnaires et anciens fonctionnaires arrêtés dans le cadre de l’enquête Bezeq, qui s’articule principalement autour de soupçons selon lesquels Netanyahu a adopté des politiques qui auraient pu rapporter des centaines de millions de shekels à Shaul Elovitch, le propriétaire du site Internet d’information Walla et actionnaire majoritaire de Bezeq, la plus grande société de télécommunications israélienne, en échange d’une couverture positive sur Walla.

Shaul Elovitch, actionnaire majoritaire de Bezeq (Crédit : Capture d’écran Calcalist)

Elovitch, sa femme, Iris, et son fils Or, ainsi que Filber, le PDG de Bezeq, Stella Handler, et un cadre supérieur de Bezeq, Amikam Shorer, ont également été arrêtés et condamnés à cinq jours de détention.

Benjamin et Sara Netanayhu devraient également être entendus dans le cadre de l’enquête en tant que suspects.

Hefetz, qui doit rester en détention jusqu’à jeudi, a été présenté mardi devant un tribunal pour prolonger sa détention provisoire, mais le tribunal a rejeté la demande.

La police a déclaré dans un communiqué que deux suspects avaient été arrêtés mardi matin pour suspicion de corruption publique en rapport avec l’offre présumée de Hefetz à Gerstel.

« Au cours de l’enquête, des éléments de preuve se sont accumulés selon lesquels les infractions avaient été commises à la fin de 2015, lorsqu’une offre a été faite à un haut fonctionnaire pour promouvoir sa nomination au poste de procureur général, ce qui a fait basculer le processus de sélection en sa faveur, prétendument en échange d’une promesse future de la candidate concernant une décision future dans une certaine affaire pénale, dans laquelle les suspects avaient un intérêt », a déclaré la police.

« D’après les éléments de preuve recueillis jusqu’à présent, cette démarche s’est finalement soldée par un échec », précise le communiqué.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, avec son épouse Sara, pendant un rassemblement du Likud pour le soutenir, à Tel Aviv, le 9 août 2017. (Crédit : Jack Guez/AFP)

La semaine dernière, la police a recommandé que M. Netanyahu soit inculpé pour fraude, abus de confiance et corruption dans deux autres affaires.

Dans l’Affaire 1000, Netanyahu et sa femme auraient reçu des dons illicites de bienfaiteurs milliardaires, notamment le producteur d’Hollywood d’origine israélienne Arnon Milchan, pour un montant total de 1 million de shekels (282 000 dollars). Parallèlement, M. Netanyahu est accusé par la police d’être intervenu au nom de M. Milchan dans des affaires concernant la législation, les relations d’affaires et les dispositions relatives aux visas.

L’Affaire 2000 porte sur un accord de contrepartie présumé illicite entre Netanyahu et Arnon Mozes, éditeur du Yedioth Ahronoth, selon lequel le Premier ministre aurait affaibli un quotidien concurrent, Israel Hayom, soutenu par Sheldon Adelson, en échange d’une couverture plus favorable de la part de Yedioth.

Le Premier ministre a également été indirectement lié à l’Affaire 3000, une vaste enquête sur la corruption supposée entourant l’achat de plusieurs milliards de shekels de navires et de sous-marins auprès d’un constructeur naval allemand. Bien que Netanyahu n’a pas été désigné comme suspect, ses proches associés, dont deux assistants personnels, ont été arrêtés ou interrogés.

Netanyahu a nié tout acte répréhensible dans toutes les affaires.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...