Un rabbin explique pourquoi les Juifs de Russie sont peu touchés par le Covid-19
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Un rabbin explique pourquoi les Juifs de Russie sont peu touchés par le Covid-19

Les Juifs de Russie semblent s'en tirer relativement bien jusqu'à présent par rapport au virus - et les fermetures précoces des synagogues pourraient en être la raison

  • Des policiers russes, portant des masques faciaux pour se protéger du coronavirus, parlent à une femme alors qu'ils vérifient ses documents pour s'assurer qu'elle est bien auto-quarantaine en raison du coronavirus, à Moscou, en Russie, le 28 avril 2020. (AP Photo/Alexander Zemlianichenko)
    Des policiers russes, portant des masques faciaux pour se protéger du coronavirus, parlent à une femme alors qu'ils vérifient ses documents pour s'assurer qu'elle est bien auto-quarantaine en raison du coronavirus, à Moscou, en Russie, le 28 avril 2020. (AP Photo/Alexander Zemlianichenko)
  • Sur cette photo prise le 3 mai 2020, un soldat de la Rosguardia (Garde nationale) russe se prépare à lancer un drone à Moscou dans le parc national de Losiny Ostrov (Elk Island), au nord-est de la Russie. La police de Moscou a déclaré qu'elle utiliserait des hélicoptères et des drones pour surveiller les violations du confinement destiné à endiguer la propagation du nouveau coronavirus. Les autorités russes signalent une augmentation constante du nombre de nouvelles contaminations par le coronavirus, ce qui augmente la pression sur le système de santé du pays. (Sergey Vedyashkin, Moscow News Agency photo via AP)
    Sur cette photo prise le 3 mai 2020, un soldat de la Rosguardia (Garde nationale) russe se prépare à lancer un drone à Moscou dans le parc national de Losiny Ostrov (Elk Island), au nord-est de la Russie. La police de Moscou a déclaré qu'elle utiliserait des hélicoptères et des drones pour surveiller les violations du confinement destiné à endiguer la propagation du nouveau coronavirus. Les autorités russes signalent une augmentation constante du nombre de nouvelles contaminations par le coronavirus, ce qui augmente la pression sur le système de santé du pays. (Sergey Vedyashkin, Moscow News Agency photo via AP)
  • Un couple court sur une place rouge vide, avec la cathédrale Saint-Basile en arrière-plan, pendant une période d'auto-quarantaine due au coronavirus à Moscou, en Russie, le 29 avril 2020. Le président russe Vladimir Poutine a prolongé l'arrêt économique partiel de la nation jusqu'au 11 mai, déclarant que l'épidémie de coronavirus n'a pas encore atteint son maximum. (AP Photo/Pavel Golovkin)
    Un couple court sur une place rouge vide, avec la cathédrale Saint-Basile en arrière-plan, pendant une période d'auto-quarantaine due au coronavirus à Moscou, en Russie, le 29 avril 2020. Le président russe Vladimir Poutine a prolongé l'arrêt économique partiel de la nation jusqu'au 11 mai, déclarant que l'épidémie de coronavirus n'a pas encore atteint son maximum. (AP Photo/Pavel Golovkin)
  • Sur cette photo prise le 2 mai 2020, des médecins travaillent dans l'unité de soins intensifs pour les personnes atteintes du nouveau coronavirus, dans un hôpital de Moscou, en Russie. (AP Photo/Sophia Sandurskaya)
    Sur cette photo prise le 2 mai 2020, des médecins travaillent dans l'unité de soins intensifs pour les personnes atteintes du nouveau coronavirus, dans un hôpital de Moscou, en Russie. (AP Photo/Sophia Sandurskaya)

De nombreux Juifs de Russie ont longtemps pensé qu’il faisait mieux vivre aux États-Unis, mais aujourd’hui, ils n’en sont plus si sûrs. Baruch Gorin, résident de Moscou et porte-parole de la Fédération des communautés juives de Russie (FJCR), trouve aujourd’hui inquiétant que ses parents âgés y résident.

Ses parents sont actuellement en quarantaine dans leur immeuble new-yorkais, la ville subissant un confinement continu pour empêcher la propagation du nouveau coronavirus. Leurs voisins seraient contaminés.

Son père, âgé de 80 ans, a besoin de soins réguliers pour soigner son cancer, mais à New York, tout déplacement pour se rendre à l’hôpital peut désormais être mortel. Le coronavirus se propage dans la communauté juive de la ville ; chaque jour, semble-t-il, une photo d’une autre victime portant un chapeau noir comme celui que portent les hommes de la communauté orthodoxe de ses parents apparaît sur les réseaux sociaux.

« C’est le plus grand cauchemar pour moi », commente Baruch Gorin. « Cela me concerne vraiment. Ils ne peuvent pas aller au magasin, à la pharmacie, chez le médecin. Je mesure combien c’est difficile pour eux ».

En Russie, en revanche, l’épidémie semble jusqu’à présent moins grave. Si le nombre de cas confirmés augmente, au 5 mai, moins de 1 500 décès avaient été officiellement attribués au virus, soit un taux de mortalité inférieur à 1 %.

Le rabbin Boruch Gorin. (Autorisation)

L’épidémie en Russie semble également avoir surtout épargné la communauté juive, malgré ses liens étroits avec les Juifs d’Israël, d’Europe et des États-Unis, dont une grande partie a été à l’épicentre de la propagation du virus. Jusqu’à présent, la communauté russe, qui compte environ 180 000 personnes s’identifiant comme juives, a enregistré 16 décès dus au coronavirus.

« C’est un miracle », s’étonne Baruch Gorin.

À titre de comparaison, au 5 mai, la ville de New York comptait 171 723 cas confirmés de coronavirus, et l’État de New York 321 192 cas et près de 19 500 décès, soit beaucoup plus que l’Espagne, le deuxième pays le plus touché au monde après les États-Unis, qui compte 250 561 cas.

C’est un miracle

Ce qui peut sembler miraculeux à certains peut aussi être attribué aux réflexes aiguisés des rabbins russes qui ont fermé tous les bâtiments communautaires et interdit les événements aux prémices de la pandémie. Ils ont reconnu qu’au début de la crise épidémique à New York, un avocat orthodoxe de la ville de New Rochelle, juste au nord du Bronx, avait involontairement contaminé des dizaines de personnes de sa communauté, dont des membres de sa famille, des amis et le rabbin de sa synagogue.

La contagion s’est ensuite probablement étendue de New York à la communauté juive orthodoxe de Montréal, qui est devenue un épicentre de l’épidémie au Canada. La communauté de Montréal aurait eu du mal à s’habituer aux mesures gouvernementales visant à enrayer la propagation du virus.

Des centaines de personnes en deuil se rassemblent dans le quartier de Brooklyn, à New York, le 28 avril 2020, pour assister aux funérailles du rabbin Chaim Mertz, un leader orthodoxe hassidique dont le décès serait lié au coronavirus. (Peter Gerber via AP)

Mais en Russie, qui abrite l’une des plus grandes communautés juives du monde – cette communauté n’est pas devenue un épicentre du virus.

Les rabbins russes se félicitent de leur décision rapide de fermer toutes les synagogues du pays avant même que le gouvernement ne leur ordonne de le faire – une décision qui, selon eux, a sauvé de nombreuses vies.

Quand ils parlaient de confinement total en Amérique, nous étions déjà confinés

« Nous avons été les premiers à confiner. Quand ils parlaient de confinement total en Amérique, nous étions déjà confinés », explique le rabbin Alexander Boroda, président du FJCR. « Nous n’avons pas eu à voter. Nous avons nos dirigeants, et les grands rabbins ont pris les mesures radicales ».

Il n’a fallu qu’un seul événement : un groupe d’étudiants de yeshiva s’est envolé de France pour Moscou afin de célébrer la fête de Pourim qui, cette année, a eu lieu les 9 et 10 mars. Environ une semaine après la fête de Pourim à la synagogue Bolshaya Bronnaya de Moscou, 26 des participants se sont retrouvés à l’hôpital avec le Covid-19, dont le rabbin de 73 ans et sa femme. L’une de ces personnes est décédée depuis.

Des policiers russes, portant des masques faciaux pour se protéger du coronavirus, parlent à une femme alors qu’ils vérifient ses documents pour s’assurer qu’elle est bien auto-quarantaine en raison du coronavirus, à Moscou, en Russie, le 28 avril 2020. (AP Photo/Alexander Zemlianichenko)

Ainsi, le 15 mars, le grand rabbin de Russie Berel Lazar a clos la synagogue Bolshaya Bronnaya. Le 18 mars, toutes les synagogues et écoles religieuses de Moscou ont été fermées, et le 24 mars, toutes les synagogues, centres communautaires juifs, jardins d’enfants et écoles du pays ont été invités à rester portes closes.

En comparaison, à New York, le 30 mars encore, le maire menaçait les synagogues de la possibilité d’une action gouvernementale si elles ne fermaient pas leurs portes. En Israël, le grand rabbin n’a ordonné leur fermeture que le 25 mars. Dans de nombreuses régions des États-Unis, les rabbins ont pris leurs décisions à eux. Dans plus d’une dizaine d’États américains, dont la Floride, les synagogues sont toujours – ou à nouveau – légalement autorisées à rester ouvertes.

L’alternative était l’horreur de New York

Bien sûr, tout le monde en Russie n’a pas salué la décision de fermer toutes les synagogues et les écoles juives du pays – y compris dans les régions du pays qui n’avaient même pas de cas confirmés de Covid-19.

« Les gens étaient contrariés de devoir rester à la maison avec leurs enfants. Cela leur a semblé être une catastrophe pire que le coronavirus », commente M. Gorin. « Mais en fin de compte, cette décision a sauvé des vies, j’en suis sûr. Maintenant, tout le monde peut voir ce qui arrive à leurs proches à New York, à Paris et à Jérusalem ».

La synagogue Bolshaya Bronnaya à Moscou. (Rossella Tercatin/ Times of Israel)

Il a fait remarquer que les lieux de culte juifs en Russie ont fermé avant que les églises chrétiennes n’en reçoivent l’ordre.

« Les églises ont été ouvertes pendant dix jours de plus après la fermeture des synagogues », rapporte M. Gorin.

À ce jour, aucun autre foyer important n’est apparu au sein de la communauté juive ashkénaze en Russie, à sa connaissance, indique-t-il.

« Cela aurait pu toucher tout le pays, car les étudiants viennent de différentes villes pour étudier à Moscou. Ils étaient censés rentrer chez eux pour Pessah », ajoute le rabbin.

La communauté judéo-caucasienne de Moscou s’en tire plus mal

Une épidémie de coronavirus a récemment éclaté au sein de la communauté juive caucasienne de Moscou, où vivent quelques milliers de personnes, rapporte M. Gorin. Environ dix personnes sont mortes et une centaine ont été contaminées, selon lui.

« Il semble qu’ils participaient à certaines activités communes », explique-t-il.

Le site web juif caucasien Gorskie.ru a signalé qu’on soupçonnait que des personnes avaient été contaminées dans un marché de fruits et légumes. En outre, selon un deuxième site web juif caucasien STMEGI, il semble que les synagogues de la communauté juive caucasienne aient également fermé plus tard que celles de la communauté ashkénaze.

La ville de Krasnaya Sloboda devant le paysage magnifique des montagnes du Caucase (Crédit : autorisation)

Par exemple, au 25 mars, les services de prière étaient toujours organisés dans un centre de la communauté juive caucasienne à Moscou, bien que le nombre de personnes admises ait été limité à 10. Les gens n’étaient pas tenus de porter des masques. Et le 26 mars, une exposition sur les Juifs caucasiens a été inaugurée à Moscou.

Ce n’est que la première semaine d’avril que la synagogue de Derbent, au Daghestan, d’où viennent de nombreux Juifs caucasiens, a fermé ses portes. Plus tard en avril, il a été signalé qu’au moins deux membres de la communauté, forte de quelque 1 300 personnes, avaient été contaminés par le coronavirus.

Les membres de la communauté juive caucasienne en Russie n’ont pas répondu aux demandes de commentaires pour cet article.

Des mesures draconiennes

Les mesures prises par la Russie pour contrôler la propagation du Covid-19 sont parmi les plus draconiennes au monde. Au début de l’épidémie, la Russie a hospitalisé de force certaines personnes qui revenaient de l’étranger – y compris celles qui ne présentaient pas de symptômes. Une femme russe et son fils se sont échappés d’un hôpital pour maladies infectieuses sous quarantaine en passant par une fenêtre.

Aujourd’hui, à Moscou, les gens doivent avoir une autorisation pour conduire ou prendre le métro. Les personnes qui attendent les résultats des tests de dépistage du coronavirus sont tenues pour pénalement responsables si elles quittent leur domicile. Les Moscovites de plus de 65 ans ne sont même pas autorisés à aller faire des courses.

Irina Bass, de Saint-Pétersbourg, approuve les mesures prises par la communauté juive de Russie pour empêcher la propagation du Covid-19. (Autorisation)

Mais aucun des Juifs russes interrogés pour ce reportage n’a exprimé de colère à propos de ces mesures.

« Nos Juifs religieux ici sont plus sensibles que les Juifs religieux israéliens. En Israël, les communautés religieuses ont un taux de mortalité très élevé », commente Irina Bass, 65 ans, qui n’a pas quitté son appartement à Saint-Pétersbourg, en Russie, depuis l’annonce de la quarantaine le 24 mars. (Le nombre total de décès en Israël s’élevait à quelque 240 au moment de la rédaction du présent article, un chiffre relativement faible, bien que les Juifs ultra-orthodoxes soient touchés de manière disproportionnée).

Spécialiste de la construction navale, elle enseigne également à l’Institut d’études juives de Saint-Pétersbourg. Tout le personnel de l’institut a été mis en congé sans solde, et certains cours sont proposés en ligne. La fête de Pourim a été annulée, alors même que tout le monde avait déjà acheté et préparé à manger.

Lorsqu’on lui demande ce qu’elle pense de la décision de fermer toutes les synagogues en Russie, Mme Bass répond que la fermeture est justifiée.

« Peut-être que cela aurait dû être encore plus strict », juge-t-elle.

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