Un rassemblement place Rabin à Tel Aviv en l’honneur de Mireille Knoll
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Un rassemblement place Rabin à Tel Aviv en l’honneur de Mireille Knoll

Etudiants, jeunes soldates, start-uppers et retraités au teint halé se sont retrouvés en écho au rassemblement de la place de la Nation à Paris

Journaliste Société-Reportage

Rassemblement en mémoire de Mireille Knoll place Rabin à Tel Aviv le 28 mars 2018 (Crédit: Pierre-Simon Assouline)
Rassemblement en mémoire de Mireille Knoll place Rabin à Tel Aviv le 28 mars 2018 (Crédit: Pierre-Simon Assouline)

Sur la vaste place Rabin de Tel-Aviv que des gens traversent à pas pressés après leur journée de travail, une cinquantaine de personnes forment un cercle serré. A leur pied des bougies formant les initiales de Mireille Knoll scintillent. A Paris, au même moment une grande marche s’étire de la Nation au domicile de Mireille Knoll situé à 60 numéros de là, sur l’avenue Philippe Auguste.

Deux hommes, dont un voisin familier de Mme Knoll, ont été mis en examen et écroués mardi pour « homicide volontaire » à caractère antisémite après la découverte du corps de Mme Knoll, lardé de onze coups de couteau et en partie carbonisé dans son modeste appartement.

Sur la place Rabin de Tel Aviv, on se recueille, on récite la prière des morts, le kaddish, et puis l’on reconnait une connaissance dans la foule et l’on papote à voix basse entre immigrants qui ont quitté la France pourv enir s’installer en Israël. C’est le petit monde des francophones de Tel-Aviv fait d’étudiants, de jeunes soldates, de start-uppers et de retraités au teint halé qui se retrouvent pour faire écho au rassemblement de Paris où se trouve sans doute un frère, une amie, ou un ancien camarade de synagogue.

C’est Julie Bader, 24 ans, qui vient de vient de finir une licence en communication et relations internationales qui a organisé l’événement en deux-trois clics la veille au soir.

« J’ai vu qu’il y avait des manifestations à Jérusalem, en France et j’ai vu beaucoup de gens qui cherchaient s’il y avait quelque chose à Tel-Aviv. Donc, à la dernière minute, j’ai créé un événement sur Facebook et très vite les gens ont partagé. Je crois que les gens avaient besoin de se recueillir. Tout le monde voit Mireille Knoll un peu comme sa grand-mère et s’identifie un peu à elle. Je pense qu’on a eu besoin de Sarah Halimi pour croire qu’un simple voisin puisse venir tuer sa voisine parce qu’elle est juive. Je pense que beaucoup de gens on eu du mal à y croire, et à reconnaître le caractère antisémite de l’affaire. Cette fois-ci tout est allé plus vite, cela a été beaucoup plus médiatisé ».

Rassemblement en mémoire de Mireille Knoll place Rabin à Tel Aviv le 28 mars 2018 (Crédit: Pierre-Simon Assouline)

Mais selon Simon Bretholz, président de la fédération sioniste de Belgique et résident à Tel Aviv, « les marches blanches » ne servent à rien : « on aurait du défiler avec des étoiles jaunes ! ». Il s’explique : « à quoi ca sert les marches silencieuses ? Les Juifs en Europe sortent des synagogues et enlèvent leurs kippas, ils cachent les mézouzot, ils changent leur nom sur Facebook pour ne pas attirer l’attention. C’est une marche de la colère qu’il faut faire, pour voir des actes forts des gouvernements. Les juifs en pygamas rayés c’est terminé ! »

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Nelly, une actrice genevoise de passage en Israël explique : « des amis de Paris m’ont dit qu’il y avait un rassemblement ici, je voulais participer à cette émotion, partager la souffrance, mêlée de colère d’indignation, de défaitisme ».

Rassemblement en mémoire de Mireille Knoll place Rabin à Tel Aviv le 28 mars 2018 (Crédit: Pierre-Simon Assouline)

Eliezer, arrivé de Belgique il y a plus de 20 ans, représente l’association Devoir de mémoire qui rapatrie les corps des personnes qui veulent être enterrées en Israël. L’association s’occupe également de préserver des cimetières juifs à travers le monde : « à partir du moment où l’on touche une juive, c’est nier le droit de vivre selon ses convictions, » explique Eliezer qui dit également s’être recueilli « en mémoire de Sarah Halimi, du colonel Beltrame et de toutes les victimes des attentas ».

« Je pense que préserver les cimetières juifs en diaspora c’est montrer aussi que les juifs appartiennent à l’histoire des pays où ils ont vécu, » explique-t-il. A ce titre, Mireille Knoll qui a été enterrée dans le carré juif du cimetière de Bagneux, en présence du président de la République, Emmanuel Macron, fait aujourd’hui pleinement partie de l’histoire de France.

Rassemblement en mémoire de Mireille Knoll place Rabin à Tel Aviv le 28 mars 2018 (Crédit: Pierre-Simon Assouline)

Quelque chose a-t-il changé en France ? « Je pense qu’il y a une prise de conscience claire de ce qu’il se passe. La classe politique n’a pas pu rester silencieuse comme pour l’affaire Sarah Halimi ».

Comme tout le monde, il espère qu’au-delà des mots, il y aura des actes.

« Les juifs ont le droit de vivre en temps que juifs et le rôle de la République française c’est de les protéger comme d’autres citoyens ».

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