Un reportage sur les fans polonais d’Adolf Hitler choque Varsovie
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Un reportage sur les fans polonais d’Adolf Hitler choque Varsovie

"Ce n'est guère un incident isolé", a déclaré le leader du Congrès juif mondial après qu'un groupe d'extrême droite a été filmé marquant l'anniversaire du dictateur nazi

Des milliers de personnes réunies lors d'une marche pour la Journée de l'indépendance de la Pologne à Varsovie, le 12 novembre 2017 (Crédit : Lorena de la Cuesta/SOPA Images/LightRocket via Getty Images)
Des milliers de personnes réunies lors d'une marche pour la Journée de l'indépendance de la Pologne à Varsovie, le 12 novembre 2017 (Crédit : Lorena de la Cuesta/SOPA Images/LightRocket via Getty Images)

Suite à un reportage télévisé sur les néo-nazis en Pologne, le chef de la fédération des communautés juives du pays a indiqué que les extrémistes prospèrent en l’absence de toute action gouvernementale pour les contrer.

Le reportage, diffusé sur TVN durant le week-end montrait des jeunes hommes arborant des croix gammées et évoquant Hitler de façon élogieuse, a suscité un tollé lundi à Varsovie, du côté du pouvoir comme de l’opposition.

Le reportage tourné avec une caméra cachée a présenté une dizaine d’individus appartenant au groupe Fierté et modernité qui avaient fêté, le 20 avril, l’anniversaire de Hitler dans une résidence privée, avec un gâteau portant un glaçage en forme de croix gammée. Ils avaient également mis le feu à une croix gammée en bois.

« Pour les fidèles parmi les fidèles qui ont survécu jusqu’à aujourd’hui, pour Adolf Hitler, pour notre patrie, la Pologne bien-aimée et pour nous-mêmes, un triple Sieg Heil », lance dans ce reportage filmé en mai 2017 le leader du mouvement « Orgueil et Modernité » (DiN), désigné comme Mateusz S. et dont le visage est flouté. Il s’exprimait lors d’une fête organisée sur une colline boisée près de Wodzislaw en Silésie pour le 128e anniversaire de la naissance d’Hitler.

Les journalistes de la chaîne privée TVN24 ont réussi à filmer des hommes portant des uniformes nazis (confectionnés aujourd’hui) et faisant le salut nazi, de gros drapeaux rouges avec des svastikas –le symbole nazi– accrochés aux arbres et une sorte de petit autel avec un portrait d’Hitler.

Fixée sur un arbre, une grande svastika en bois imbibée de liquide inflammable a été mise à feu, au son d’enregistrements de marches militaires allemandes.

La diffusion de ce reportage de l’équipe ‘Superwizjer’ de TVN24, comprenant également des séquences filmées lors d’un festival de rock ultra-nationaliste en mars 2017 auquel participaient tant des Polonais que des Allemands, avec des svastikas ou les initiales SS tatoués sur leur corps, a soulevé immédiatement des réactions des milieux politiques.

« La propagation du fascisme ou d’autres totalitarismes (…) revient avant tout à fouler aux pieds le souvenir de nos ancêtres et de leur combat héroïque pour une Pologne juste et libre de toute haine », a réagi le Premier ministre Mateusz Morawiecki sur son compte Twitter.

Le nouveau Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki fait un dscours devant les députés au parlement de Varsovie, le 12 décembre 2017 (Crédit : AFP Photo/Janek Skarzynski)

« Pas de tolérance pour ce genre de comportement et de symboles », a-t-il ajouté.

Les parlementaires du parti conservateur au pouvoir Droit et Justice (PiS) ont sommé le ministre de l’Intérieur de s’expliquer devant le Parlement sur son action face aux organisations soupçonnées de « propager le totalitarisme », dont notamment le DiN.

Le parquet de Gliwice, en Silésie, compétent pour la région concernée, a annoncé qu’une enquête était « menée activement » sur les révélations de TVN24, la propagation du nazisme étant un délit en Pologne.

« Les néo-nazis polonais adorent Hitler », a titré en première page le quotidien Gazeta Wyborcza, proche de l’opposition.

« Dans les milieux nationalistes polonais il y a beaucoup de gens qui vouent un culte à Adolf Hitler », a lancé de son côté le leader du parti de gauche Razem, Adrian Zandberg.

Leslaw Piszewski, président de l’union des communautés juives de Pologne, a lancé un appel aux autorités polonaises sur Facebook en réponse au documentaire.

« Que doit-il arriver encore pour que nous ouvrions les yeux ? Les autorités disent que le fascisme et le nazisme ne sont pas tolérés en Pologne », a-t-il écrit. « Je veux croire en ces paroles mais les autorités doivent faire leur travail ».

Le procureur général Zbigniew Ziobro a promis d’agir contre le groupe et les individus filmés, qui ont enfreint la loi en affichant des symboles nazis.

Les membres du groupe polonais néo-nazi Fierté et modernité fêtent l’anniversaire d’Adolf Hitler (Capture d’écran : TVN24)

« Après l’attaque de l’Allemagne nazie, ce sont des millions de personnes qui ont été assassinées dans la Pologne occupée dont trois millions de Polonais », a écrit Ziobro.

Selon les estimations, les Allemands auraient tué au moins 1,9 million de civils polonais non-juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, selon le musée du mémorial de l’Holocauste de Washington. De plus, les Allemands ont assassiné au moins trois millions de citoyens juifs dans le pays.

« Si un individu rend hommage à Adolf Hitler, qui est l’un des plus grands criminels de l’histoire, il mérite d’être traité avec rigueur et selon les termes de la loi », a déclaré Ziobrio à l’agence de presse PAP. « Dans de telles situations, le bureau du Procureur affichera toujours de la fermeté ».

Le direction général du Congrès juif mondial Robert Singer a salué dans une déclaration la « condamnation rapide par le gouvernement polonais de cette célébration méprisable du nazisme ainsi que sa juste décision d’ouvrir une enquête criminelle contre les parties impliquées » émise par le gouvernement polonais.

« Mais malheureusement, ce n’est guère un incident isolé et il ne doit pas être traité comme tel. Il y a seulement deux mois, un rassemblement ultra-nationaliste lors de la Journée de l’indépendance polonaise a attiré un chiffre record de 60 000 personnes, et certains manifestants ont scandé des slogans suprématistes et appelé à l’expulsion des Juifs de Pologne ».

« Ceci et toutes les autres manifestations de haine doivent être gérées avec le plus grand sérieux et sanctionnées lorsque c’est possible. Nous savons tous trop bien quelles horreurs peuvent survenir si nous laissons ce type d’action se dérouler sans entraves », a poursuivi Singer.

« Nous espérons que les autorités polonaises se montreront fermes dans leur résolution de réprimer l’antisémitisme et pour garantir que la main malveillante du fascisme sera refrénée avant qu’il ne soit trop tard ».

Des manifestants brûlent des torches et brandissent des drapeaux polonais durant une marche annuelle de commémoration de la Journée nationale de l’Indépendance à Varsovie, le 11 novembre 2017 (Crédit : AFP PHOTO / JANEK )

L’Union des communautés juives de Piszewski a lancé un appel aux politiciens polonais pour aider à contrer ce que son organisation considère comme un renforcement des activités d’extrême droite sous la gouvernance du parti de droite du Droit et de la justice. Piszewski explique qu’elles créent une menace sécuritaire pour les membres de la communauté.

Mais d’autres organisations juives, notamment le groupe culturel TSKZ, démentent cette affirmation. Ils accusent Piszewski d’exagérer le problème en Pologne dans un contexte de « bataille politique » contre le gouvernement, comme l’avait qualifié l’année dernière le président de TSKZ Arthur Hoffman.

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