Une balade dans l’Histoire sur les remparts nord de Jérusalem
Rechercher

Une balade dans l’Histoire sur les remparts nord de Jérusalem

Les murailles de la Vieille Ville offrent un aperçu unique de l’époque des Croisés, des Turcs, des Jordaniens, des Arabes et des Juifs qui ont contrôlé les fortifications pendant 2 000 ans

  • Une femme dans les jardins du Patriarcat latin de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Une femme dans les jardins du Patriarcat latin de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Jérusalem Est, vue depuis les remparts nord de la Vieille Ville, près de la porte de Damas. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Jérusalem Est, vue depuis les remparts nord de la Vieille Ville, près de la porte de Damas. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Le quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem, vu depuis les remparts. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Le quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem, vu depuis les remparts. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Notre-Dame de Jérusalem, le plus grand bâtiment construit dans la ville avant la Première Guerre mondiale, vue depuis les remparts de la Vieille Ville. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Notre-Dame de Jérusalem, le plus grand bâtiment construit dans la ville avant la Première Guerre mondiale, vue depuis les remparts de la Vieille Ville. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Les remparts de la muraille nord, dans le quartier chrétien de la Vieille Ville de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Les remparts de la muraille nord, dans le quartier chrétien de la Vieille Ville de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Gura Berger, porte-parole de PAMI, la Compagnie pour le développement de Jérusalem Est, qui gère les remparts de la Vieille Ville. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Gura Berger, porte-parole de PAMI, la Compagnie pour le développement de Jérusalem Est, qui gère les remparts de la Vieille Ville. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Le jardin du Patriarcat latin de Jérusalem, réinstauré dans la ville par le pape Pie IX en 1847. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Le jardin du Patriarcat latin de Jérusalem, réinstauré dans la ville par le pape Pie IX en 1847. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Une école et une mosquée dans le quartier chrétien de la Vieille Ville de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Une école et une mosquée dans le quartier chrétien de la Vieille Ville de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • L'église du Saint-Sauveur du quartier chrétien de la Vieille Ville de Jérusalem, dessinée en 1924 par le célèbre architecte Antonio Barluzzi. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    L'église du Saint-Sauveur du quartier chrétien de la Vieille Ville de Jérusalem, dessinée en 1924 par le célèbre architecte Antonio Barluzzi. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Quelques jours après la reconquête de Jérusalem en 1967, David Ben Gurion, ancien Premier ministre qui est alors député, a appelé le gouvernement à démolir les murailles entourant la Vieille Ville. Il s’exprimait pendant un rassemblement des membres de Rafi, le parti politique qu’il avait fondé en 1965. Avec une voix vibrante de passion, il avait souligné que le mur, construit par les Turcs, n’était pas juif, et qu’avec sa destruction, le monde entier verrait que la Ville Sainte était unifiée.

Ses auditeurs étaient stupéfaits. Mais après le moment nécessaire à la compréhension de la proposition de Ben Gurion, des applaudissements frénétiques ont éclaté.

Dans son livre, One Jerusalem, Teddy Kollek raconte cette anecdote, mais écrit qu’il n’a jamais parlé de cette idée à Ben Gurion. Kollek, qui était alors maire de Jérusalem, pensait comprendre l’argument rationnel de la proposition, mais trouvait l’idée bizarre pour des raisons historiques, esthétiques et culturelles.

Heureusement, les murailles sont toujours là, et elles sont impressionnantes : un peu plus de quatre kilomètres de long, 12 mètres de haut, parsemées de tours et surmontées de créneaux. Au sommet du mur, on retrouve les remparts, des chemins fortifiés, que les visiteurs peuvent parcourir pour avoir un panorama magnifique sur la ville, à l’intérieur et à l’extérieur des murs.

Les remparts nord de Jérusalem, avec vue sur le mont Scopus et le mont des Oliviers. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Les remparts nord de Jérusalem, avec vue sur le mont Scopus et le mont des Oliviers. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

La partie des remparts la plus populaire auprès des touristes est la portion sud, qui commence derrière la tour de David et se termine au mont Sion. Nous avons souvent emprunté ce chemin, et avons même écrit à son sujet. Souhaitant quelque chose de différent, nous avons décidé la semaine dernière d’aller dans la direction opposée, et nous avons parcouru les remparts de la porte de Jaffa à la porte de Damas.

Notre guide était Gura Berger, porte-parole de la Compagnie de développement de Jérusalem Est (PAMI), qui gère les murailles, ainsi que les toilettes (étonnamment propres) de la Vieille Ville, les jardins archéologiques d’Ophel et la grotte de Zedekiah, proche de la porte de Damas.

Notre visite a commencé sur une place, qui est en fait le toit de l’une des 35 tours construites par le sultan Soliman le Magnifique quand il a restauré les murailles de la Vieille Ville. Il a commencé les travaux vers 1537, vingt ans après la conquête turque de la Terre Sainte, prise aux Mamelouks. Les ingénieurs de Soliman ont généralement suivi la ligne de murailles bien plus anciennes, qui ont entouré la ville en alternance pendant au moins 2 000 ans.

Les fortifications de Jérusalem, construites par les Turcs au 16e siècle, présentes des meurtrières pour les archers défendant les murs. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Les fortifications de Jérusalem, construites par les Turcs au 16e siècle, présentes des meurtrières pour les archers défendant les murs. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Les longues meurtrières de la tour ont donné aux archers l’opportunité de tirer sur tout ennemi tentant d’envahir la ville. Les positions les plus importantes étaient assez larges pour qu’un archer puisse se tenir de chaque côté de l’ouverture, couvrant ainsi toute la zone située sous ses pieds.

Les soldats avaient également accès à des parapets construits dans des tours comme celles-ci. Leurs sols contenaient des mâchicoulis, des ouvertures par lesquelles les soldats pouvaient jeter de l’huile bouillante ou du goudron chaud sur les forces ennemies approchant de la porte.

Tout cela a été totalement inutile, et personne n’a attaqué la ville pendant les 400 ans du règne turc. Et en 1917, pendant la Première Guerre mondiale, Jérusalem s’est rendue aux Britanniques sans aucun combat. Cependant, après la division de la ville en 1948, et jusqu’à sa réunification en 1967, les soldats jordaniens tiraient sur les quartiers juifs depuis le sommet de ces mêmes remparts.

Depuis cette partie des remparts, l’on est bien au-dessus du quartier chrétien de la Vieille Ville, et tout est visible sous un angle différent : les toits rouges typiques des maisons du quartier, plusieurs adorables jardins, une étrange cheminée de pierre ressemblant bizarrement à un minaret, et les décorations des tuiles arméniennes sur l’une des maisons.

Les toits des maisons du quartier chrétien de la Vieille Ville de Jérusalem, devant le Patriarcat latin de la ville. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Les toits des maisons du quartier chrétien de la Vieille Ville de Jérusalem, devant le Patriarcat latin de la ville. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Même si les Croisés ont établi un Patriarcat catholique latin à Jérusalem en 1099, les catholiques ont fui vers Akko (Saint-Jean d’Acre) quand Saladin a conquis la ville en 1187. Ce n’est pas avant 1847 que le Pape Pie IX a réinstauré le Patriarcat de Jérusalem, dans les longs murs blancs qui s’étendent jusqu’au coin. Dans ses murs, l’on trouve notamment le Palais des Chevaliers, une maison d’hôtes construite dans les années 1880, qui était à l’origine un dortoir pour les étudiants au séminaire, et est décoré de figures, symboles, mosaïques et peintures des Croisés.

Puisque le bâtiment abrite également le Patriarcat, une charmante chapelle, des centaines de religieux et une école, les marcheurs des remparts trouvent invariablement des enfants jouant au basket-ball, et des nonnes dans le jardin ou accrochant le linge.

Après le virage, la place de Tsahal et les bâtiments du début du 20e siècle construits le long de la route de Jaffa sont visibles, notamment la première mairie de Jérusalem. Construits dans les années 1930 avec l’argent de la banque Barclays, les bâtiments arrondis montrent toujours les trous irréguliers des balles jordaniennes, tirées pendant les années de division de Jérusalem.

La place de Tsahal et le Jardin des Constructeurs du mur, à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
La place de Tsahal et le Jardin des Constructeurs du mur, à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Le carré vert en-dessous, qui appartient au Jardin des constructeurs du mur, contient la base d’une tour. La légende raconte que le roi David a enterré la tête de Goliath à cet endroit, donnant naissance au nom de la « Tour de Goliath ». Elle est également appelée Tour de Tancrède, en hommage au Croisé qui a aidé Godefroy de Bouillon à attaquer la ville depuis cette direction le 15 juillet 1099. Tancrède et ses troupes ont campé non loin de là, et 100 ans après, les Croisés y ont construit une forteresse parsemée de tours et l’ont nommée en son honneur.

Découverte peut-être surprenante dans le quartier chrétien, une mosquée de pierres s’insère parfaitement dans son emplacement, près des murailles. Appelée Kamra, un nom féminin musulman qui est le féminin du mot « lune » en arabe, elle est surmontée d’un très grand croissant décoratif.

Un croissant surmontant une mosquée en pierre du quartier chrétien de la Vieille Ville de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Un croissant surmontant une mosquée en pierre du quartier chrétien de la Vieille Ville de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Un peu plus bas, à l’extérieur des murs et de l’autre côté de la rue, l’on trouve des bâtiments construits par les Français à la fin du 19e siècle. L’hôpital Saint-Louis, souvent appelé l’Hôpital français, est de style Baroque Renaissance, et accueille des patients en fin de vie.

Sur la porte voisine, Notre Dame de Jérusalem, le plus grand bâtiment construit à Jérusalem avant la Première Guerre mondiale, a jouté un rôle important pendant la guerre d’Indépendance. Au début de la guerre, la légion jordanienne tentait de conquérir le complexe pour s’installer au cœur de Jérusalem. Pendant une féroce bataille contre les forces juives, qui comptaient dans leurs rangs un grand nombre de volontaires adolescents, l’avance de la légion et des Arabes a été arrêtée.

Cette partie du chemin propose des points de vue uniques sur Jérusalem Est, le mont Scopus et le mont des Oliviers, le Jardin des constructeurs du mur et le tramway, qui parcourt pendant une grande partie de son trajet l’ancienne frontière entre Israël et la Jordanie. Difficile à imaginer, mais pendant les 19 années entre la division de la ville et sa réunification, les routes n’étaient que des masses de fils barbelés dans un no man’s land interdit.

Vue sur les rails du tramway depuis les remparts de la Vieille Ville de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Vue sur les rails du tramway depuis les remparts de la Vieille Ville de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

L’immense complexe Terra Sancta, de l’autre côté du trottoir, héberge les bureaux de l’Ordre franciscain, responsable des Lieux saints au Moyen Orient, ainsi qu’une imprimerie, des institutions pédagogiques et l’éblouissante église du Saint-Sauveur, dessinée par le célèbre architecte Antonio Barluzzi en 1924.

Le quartier musulman qui est alors visible est incroyablement bondé, et chaque toit est surmonté d’une antenne satellite. Des tuyaux de grès sur les toits sont là pour fournir une climatisation naturelle. Appelés mashroubiye en arabe, ils permettent aux femmes de s’asseoir dehors sans être vues, leur permettant ainsi de profiter d’un peu d’air frais.

Des belladones jaunes sont présentes sur les murs. Ces fleurs contiennent des produits chimiques forts, comme la scopolamine, un hallucinogène qui peut tuer un homme s’il est consommé en excès, et serait utile pour faire « chanter » les espions. Les belladones jaunes, qui poussent dans les fissures des murailles et des ruines, fleurissent pendant le mois de mai.

Des belladones jaunes et des mashroubiye, des tuyaux en grès installés dans les murs pour fournir une climatisation naturelle. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Des belladones jaunes et des mashroubiye, des tuyaux en grès installés dans les murs pour fournir une climatisation naturelle. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Avant de descendre la porte de Damas, la plus belle des portes de la Vieille Ville, l’on a une vue unique sur ses décorations époustouflantes, avec une perspective pour le moins inhabituelle.

Berger, notre guide, affirme que cette balade est un « trek » urbain car les pierres sont parfois inégales, le chemin peut être très étroit, et certains virages peuvent être difficiles. Il n’est pas adapté aux poussettes ni aux chaises roulantes. Les bébés devront être portés, et il faudra faire très attention aux jeunes enfants.

Une application gratuite, Jérusalem Audio Tours, propose une visite des remparts.

Les adultes et les enfants de plus de neuf ans peuvent faire du rappel sur les murailles près de la place de Tsahal, après la marche sur les remparts. Le prix pour les deux activités est de 25 shekels.

Une randonnée incroyable par des passages qui sont autrement inaccessibles, sous le sol de la grotte de Zedekiah, coûte 69 shekels, avec la possibilité de faire du rappel à la fin.

Pour plus d’informations, les bureaux de PAMI sont disponibles au 02-6277550.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...