Une empreinte de sceau de 7 000 ans marque le premier centre de commerce
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Une empreinte de sceau de 7 000 ans marque le premier centre de commerce

Une petite bulle d'argile ancienne estampée deux fois découverte à Tel Tsaf attesterait d’un échange mercantile complexe vieux de plusieurs millénaires, selon les chercheurs

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

  • Silos arrondis Tel Tsaf. (Crédit : Boaz Garfinkel / Université hébraïque)
    Silos arrondis Tel Tsaf. (Crédit : Boaz Garfinkel / Université hébraïque)
  • Le sceau en calcaire de Tel Tsaf (Crédit : V. Naikhin / Université hébraïque)
    Le sceau en calcaire de Tel Tsaf (Crédit : V. Naikhin / Université hébraïque)
  • Le sceau estampillé de Tel Tsaf. (Crédit : T. Rogovsky / Université hébraïque)
    Le sceau estampillé de Tel Tsaf. (Crédit : T. Rogovsky / Université hébraïque)
  • Tessons de poterie avec décoration unique et branches de bois de Tel Tsaf dans la vallée du Jourdain, découverts au mois de juillet 2018. (Autorisation)
    Tessons de poterie avec décoration unique et branches de bois de Tel Tsaf dans la vallée du Jourdain, découverts au mois de juillet 2018. (Autorisation)

L’ancien village de Tel Tsaf dans la vallée de Beit Shean pourrait avoir été le premier centre de commerce préhistorique, selon un article récent publié dans la revue Levant.

Parallèlement à la production agricole organisée à grande échelle, dont les preuves se multiplient, une minuscule bulle d’argile vieille de 7 000 ans avec des motifs géométriques – la première empreinte de sceau découverte dans la région – jette un nouvel éclairage sur ce qui fut l’un des premiers centres commerciaux et administratifs du sud du Levant.

Selon le professeur Yosef Garfinkel de l’Université hébraïque, le sceau était apposé sur la porte d’un silo à grains ou sur un sac ou récipient de marchandises, tel un cheveu placé sur un montant de porte, pour attraper les intrus.

« Même aujourd’hui, un compteur électrique est scellé avec un plomb pour contrôler si quelqu’un l’a ouvert et a trafiqué les chiffres », a expliqué Garfkinkel au Times of Israel jeudi. « C’est un dispositif administratif encore utilisé aujourd’hui – comme la cire et les sceaux de notaire. »

L’empreinte de sceau d’argile a été découvert dans un contexte chalcolithique moyen (5200-4500 avant notre ère) lors de fouilles menées par Garfinkel et les chercheurs de l’Université d’Ariel, le professeur David Ben-Shlomo et le Dr. Michael Freikman en 2004-2007.

Le sceau estampillé de Tel Tsaf. (Crédit : T. Rogovsky / Université hébraïque)

Selon l’article qu’ils ont récemment publié dans Levant, « Une empreinte de sceau estampillée du chalcolithique moyen de Tel Tsaf : implications pour l’établissement de pratiques administratives au Levant », l’empreinte de sceau de Tel Tsaf représente « jusqu’à présent, le premier sceau connu du sud du Levant, plus ancien que le 4e millénaire avant notre ère, avec une véritable empreinte de sceau. »

Les auteurs proposent en outre l’hypothèse que, parallèlement aux systèmes de stockage agricole complexes déjà excavés auparavant, la nouvelle empreinte de sceau pourrait constituer la preuve d’un centre d’échanges commerciaux, ou « d’un contrôle administratif du commerce et du transport de marchandises entre les communautés locales dans la même zone ».

Selon les chercheurs, le minuscule scellement partiellement conservé – la bulle d’origine mesurait au moins 10 millimètres de long et environ 6 millimètres de large – porte l’empreinte d’au moins deux sceaux différents.

Les chercheurs suggèrent que l’empreinte de plusieurs sceaux sur cette bulle pourrait être le signe d’une administration beaucoup plus sophistiquée qu’on ne le pensait auparavant et « témoignerait de la présence de représentants de deux communautés différentes lors de la transaction, plutôt que de la gestion des marchandises stockées au sein des limites de la même colonie de peuplement. »

L’expert en argile Ben-Shlomo a expliqué au Times of Israel que le matériau utilisé pour le petit sceau provenait d’environ 10 kilomètres du site. « Les potiers parcourent souvent plusieurs kilomètres pour extraire de l’argile d’un site abondant », a-t-il déclaré. « Cependant, cela pourrait aussi indiquer que Tel Tsaf était peut-être un site central auquel les sites voisins plus modestes apportaient leurs marchandises. »

Shlomo Ben-David, professeur à l’Université Ariel, lors d’une interview Zoom avec le Times of Israel, en juillet 2020. (Capture d’écran)

Quelque 150 sceaux partiels simples ont été découverts sur le site à côté de la pièce imprimée. Garfinkel a déclaré qu’une potentielle prochaine étape des recherches consistait à identifier les origines de ces matériaux.

Selon Garfinkel, le site de Tel Tsaf se distingue par ses silos très anciens bien organisés et ses immenses capacités de stockage. Il a déclaré qu’une telle capacité de stockage de céréale ne pouvait pas avoir été conçue pour la consommation d’une seule famille, car le grain se serait gâté avant d’être consommé, et que de ce fait l’hypothèse que les céréales étaient utilisées pour le commerce était raisonnable.

Une petite famille pouvait consommer jusqu’à 1,5 tonne de céréales par an, a expliqué Garfinkel, mais à Tel Tsaf, il y avait plusieurs silos, chacun pouvant contenir jusqu’à 30 tonnes. Bien qu’en raison de l’érosion et de l’excavation incomplète, les preuves de la taille du village ne sont que partielles, il a tout de même soutenu que l’espace de stockage des silos à grains dépassait largement les besoins de consommation des résidents.

Le Prof. Yosef Garfinkel, responsable de l’Institut d’Archéologie à l’Université hébraïque de Jérusalem, sur le site de fouilles de Khirbet a-Ra‘i, le 8 juillet 2019. (Crédit : Amanda Borschel-Dan / The Times of Israel)

Cette quantité massive de céréales, ainsi qu’un certain nombre d’objets exotiques provenant de pays étrangers découverts auparavant, amènent Garfinkel à la conclusion que les céréales étaient échangées contre des objets de prestige.

« Je pense qu’ils [les habitants de Tel Tsaf] échangeaient le grain contre des artefacts exotiques qui étaient devenus des symboles de prestige à l’époque – des perles, céramiques, objets exotiques », a-t-il avancé. Leur unique objectif était de montrer la richesse de leur propriétaire, a-t-il ajouté. « C’est comme les diamants, vous ne pouvez pas les manger, vous ne pouvez rien en faire… Si vous mourez de faim, même avec 10 tonnes d’or, vous mourrez quand même. »

L’empreinte de sceau très ancienne pourrait donc être le signe d’un échange marchand.

« L’apparition de la bulle estampée à Tel Tsaf pourrait refléter l’émergence du besoin de revendiquer la propriété des produits et d’assurer un accès autorisé », selon les auteurs de l’article. À cette époque qui précède l’invention de l’écriture, « il a été suggéré que les sceaux à motifs géométriques étaient un moyen d’identifier une personne, ou un groupe de personnes, au sein de la société, ou de protéger la propriété privée », écrivent encore les chercheurs.

Fouilles de Tel Tsaf : Maison rectangulaire et silos arrondis. (Crédit : Yosef Garfinkel / Université hébraïque)

À la découverte des Pierrafeu

La colonie de peuplement de Tel Tsaf, près du Jourdain et de la Jordanie d’aujourd’hui, date d’environ 5200-4700 avant notre ère. Le site a été initialement découvert dans les années 1940 lors d’une étude archéologique de la vallée de Beit Shean.

La première fouille détaillée a eu lieu en 1978-1980, lorsque les découvertes issues de sondages profonds ont suggéré qu’il y avait eu deux périodes d’occupation sur le site : le néolithique tardif et le chalcolithique ancien. Une autre série de fouilles a été entreprise par Garfinkel et son équipe, entre 2004 et 2007, et a mis au jour des preuves de l’établissement du Chalcolithique moyen et supérieur. Le professeur Danny Rosenberg de l’Université de Haïfa, qui ne faisait pas partie de l’étude, dirige les fouilles à Tel Tsaf depuis 2013.

Long de seulement 4 centimètres et épais de 1 millimètre à la pointe, le poinçon découvert à Tel Tsaf était serti dans un manche en bois. (Crédit : Prof. Yosef Garfinkel)

La découverte d’espace de stockage de nourriture à grande échelle permet d’émettre l’hypothèse que les peuples anciens avaient atteint un stade précoce de développement de la société humaine. Les fouilles de Tel Tsaf ont également mis au jour une architecture en briques crues bien conservées et des preuves du commerce de longue distance. En 2014, les archéologues ont dévoilé un poinçon en cuivre vieux de 7 000 ans, l’un des premiers objets métalliques jamais découverts au Moyen-Orient.

Rosenberg a déclaré au Time of Israel qu’il existe « de nombreuses preuves que le site était une plaque tournante pour le commerce de longue distance ».

« Tel Tsaf est unique dans son accumulation de richesse et dans le stockage et l’utilisation de la bureaucratie précoce », a déclaré Rosenberg.

Le sceau en calcaire de Tel Tsaf. (Crédit : V. Naikhin / Université hébraïque)

Bien que ses interprétations globales du site puissent différer de celles de Garfinkel, a expliqué Rosenberg, lui aussi a remarqué que le site présente une accumulation de richesses – principalement de céréales – et convient que la communauté de Tel Tsaf était engagée dans le commerce lointain, notamment « des contacts avec des communautés éloignées de l’Égypte, de l’est de la Jordanie, du nord du Levant et même au-delà ».

Figurine d’animal vieille de 7 200 ans découverte à Tel Tsaf dans la vallée du Jourdain, en juillet 2018. (Autorisation)

« Il se passe certainement quelque chose, et nous pensons que Tsaf est la preuve la plus ancienne d’une complexité croissante, peut-être du passage de l’ancien mode de vie du chalcolithique ancien, à une complexité sociale beaucoup plus prononcée – complexité sociale et économique – qui apparaît à la fin du Chalcolithique, quelques centaines d’années plus tard », a déclaré Rosenberg.

Le Times of Israel a contribué à cet article.

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