Une université canadienne accusée de « bannir » des étudiants juifs
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Une université canadienne accusée de « bannir » des étudiants juifs

Une plainte a été déposée en Ontario demandant un examen juridique, des dommages-intérêts pour discrimination présumée, qui a commencé lorsque l’association étudiante a approuvé le BDS en janvier

L'une des branches les plus actives de Student for Justice in Palestine est celle de l'Institut universitaire de technologie de l'Ontario, qui organise des campagnes et des événements anti-israéliens durant toute l'année. (Crédit : Facebook/SJP in UOIT)
L'une des branches les plus actives de Student for Justice in Palestine est celle de l'Institut universitaire de technologie de l'Ontario, qui organise des campagnes et des événements anti-israéliens durant toute l'année. (Crédit : Facebook/SJP in UOIT)

Pour la première fois, une organisation juive ou pro-Israël entame une action en justice contre les professeurs et les associations étudiantes d’une université canadienne.

Le 3 août, l’organisation Hasbara Fellowship Canada a déposé une plainte officielle auprès du Tribunal des droits de la personne de l’Ontario, où elle a accusé les étudiants et des associations de professeurs de l’Université de l’Institut ontarien de technologie (UOIT) et Durham College de discrimination contre les étudiants juifs et Israël, suite à l’interdiction faite il y a cinq mois à la Hasbara Fellowship Canada de participer à un évènement, parrainé par l’association étudiante, intitulé la « semaine de la justice sociale ».

Pour les activistes associés aux étudiants pour la Justice en Palestine (SJP), la Semaine de la Justice Sociale financée par l’université signifiait une occasion de promouvoir les activités du (BDS) Boycott, Désinvestissement et Sanctions contre l’État juif. Cependant quand des étudiants pro-Israël ont demandé de participer, Hasbara Fellowship Canada a été interdit.

Dans un courriel envoyé par l’association des professeurs de UOIT à Robert Walker, directeur national de Hasbara Fellowship Canada, la raison de l’interdiction d’un groupe d’étudiants juifs à une activité de l’université financée par l’État a été expliquée de la façon suivante : « L’Association des étudiants a adopté une motion approuvant le Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions (BDS) [en janvier], » dans le courriel de l’association des étudiants envoyé à Walker, celle-ci poursuit « Votre organisation semble étroitement liée à l’État d’Israël et en tant que tel, il serait contre la motion de fournir tout type de ressources à votre organisation. »

Selon Walker, cette interdiction a été « l’incident le plus ouvertement discriminatoire ciblant des étudiants juifs au Canada de la part d’une association étudiante, dans l’interview qu’il a accordée au Times of Israël. Il a ajouté :’je n’ai jamais vu ça.’

Robert Walker, le directeur national de Hasbara Fellowship au Canada (Crédit : Autorisation)
Robert Walker, le directeur national de Hasbara Fellowship au Canada (Crédit : Autorisation)

« Ces associations sont une honte pour l’université, c’est un fait qu’il y a plusieurs douzaines d’étudiants juifs avec qui nous travaillons qui nous rapportent qu’ils subissent de l’intimidation et du harassement, dit Walker. Nous devons les appuyer et leur montrer que nous prenons les choses au sérieux, dit-il.

L’atmosphère a commencé à se détériorer quand en janvier l’association étudiante a passé une motion contre Israël. Permettant à la fois aux étudiants et aux associations de faculté d’interdire la participation des étudiants et des organisations affiliés à Israël dans tous les aspects de la vie du campus, en suivant la politique du mouvement de “non-normalisation ».

Depuis le mouvement BDS, des dizaines d’étudiants juifs sont « sortis du placard » et sont devenus membres de Hasbara Fellowship a déclaré Walker. La plupart de ces étudiants étaient « non affiliés » et ne participaient pas à la défense d’Israël auparavant, mais ils ont reconnu la nécessité de prendre des mesures, a-t-il ajouté.

À l’Institut universitaire de technologie de l’Ontario, des étudiants pour la Justice en Palestine fait une exposition « Visualizing Palestine » contre Israël, dans laquelle des affiches ont surtout porté sur le « nettoyage ethnique » des Palestiniens.

À l'Institut universitaire de technologie de l'Ontario, des étudiants pour la Justice en Palestine ont instalé une exposition « Visualizing Palestine » contre Israël, dans laquelle des affiches portent sur le « nettoyage ethnique » des Palestiniens, mars 2016 (Crédit : SJP au UOIT /page Facebook DC)
À l’Institut universitaire de technologie de l’Ontario, des étudiants pour la Justice en Palestine ont instalé une exposition « Visualizing Palestine » contre Israël, dans laquelle des affiches portent sur le « nettoyage ethnique » des Palestiniens, mars 2016 (Crédit : SJP au UOIT /page Facebook DC)

Avec aucun signe démontrant que les étudiants ont l’intention d’annuler l’interdiction d’Israël cet automne, Walker et les étudiants pro-Israël font une bataille à la fois dans la guerre pour la réputation d’Israël sur le campus, non loin du lac Ontario et la communauté juive de Toronto de 200 000.

« Nous exigeons que les deux associations s’excusent publiquement devant Hasbara Fellowship Canada et qu’ils abrogent toutes les politiques discriminatoires en place », a déclaré Walker, dont l’organisation a été fondée en 2001 par Aish HaTorah, et a une présence sur des dizaines de campus nord-américains. Aish HaTorah a été comparé au Ku Klux Klan (KKK) sur le campus de l’IUTO ces derniers mois, y compris par l’ancien président de l’association étudiante.

« Ils feront tout pour me faire taire »

Sur le campus UOIT, il est juste d’appeler Shanel Jacobs la voix la plus forte pour Israël. Actuellement en Israël impliquée dans le programme de formation Hasbara Fellowship, Jacobs est née dans l’État juif et a grandi à Toronto. Elle aurait été l’étudiante assise derrière la table de Hasbara Fellowship durant la « Semaine de la paix d’Israël » lors de la Semaine de Justice Sociale en Mars, occupée à distribuer des documents sur la coexistence mutuelle et le dialogue.

Après avoir passé quatre ans sur le campus, Jacobs était « horrifiée » par la réponse de l’association de la faculté à la demande de son groupe pour une table, et par le passage de l’association des étudiants de la motion de BDS en janvier.

Shanel Jacobs, une étudiante à l'UOIT, au cours d'une formation au Hasbara Fellowship Canada à Jérusalem, Israël, en août 2016 (Crédit : Autorisation)
Shanel Jacobs, une étudiante à l’UOIT, au cours d’une formation au Hasbara Fellowship Canada à Jérusalem, Israël, en août 2016 (Crédit : Autorisation)

« L’association des étudiants a été si hostile envers Israël que les étudiants pro-israéliens n’ont même pas été autorisés à prendre la parole lors des réunions », a déclaré Jacobs, qui a été harcelée sur le campus pour son engagement envers Israël, dit-elle.

« C’est comme si je vis en Israël sur mon propre campus », dit-elle. « Je suis entourée par des gens qui ne m’aiment pas et feraient tout pour me faire taire », a déclaré Jacobs, dont le père est de la communauté juive B’nai Israël d’Inde.

Ayant examiné la possibilité d’ouvrir son propre club pro-israélien, Jacobs a déclaré qu’un tel groupe serait immédiatement « fermé » par les leaders étudiants supporteurs du BDS. Pour contourner l’interdiction probable, Jacobs et plusieurs autres étudiants ont préconisé l’utilisation du point de vue des droits de l’homme pour tous les peuples du Moyen-Orient.

Mais maintenant, en tant que militante de Hasbara Fellowship, Jacobs a dit qu’elle est moins timide et ne craint pas de discuter – par exemple – de l’incitation des médias palestiniens, de la charte du Hamas, ou de ce qui est arrivé après 2005 après le désengagement israélien de Gaza.

« Nous apprenons à ne pas répéter les arguments que font les étudiants pour la Justice en Palestine », a déclaré Jacobs. « Cela consiste à utiliser notre propre dialogue et raconter notre propre histoire en dépit des efforts intenses pour étouffer les voix pro-Israël », dit-elle.

À l'extérieur de l'UOIT de Toronto, Students for Justice in Palestine à leur table d'information 2016 (Crédit : SJP à UOIT / DC page Facebook)
À l’extérieur de l’UOIT de Toronto, Students for Justice in Palestine à leur table d’information 2016 (Crédit : SJP à UOIT / DC page Facebook)

La poursuite déposée par Hasbara Fellowship est à la fois forte et symbolique. Elle demande au Tribunal des droits de la personne 50 000 dollars en guise de réparation des associations d’étudiants et d’enseignants de l’Ontario – « des dommages et intérêts raisonnables pour violation du Code et la discrimination flagrante et éhontée qui a été initiée et maintenue par les répondants qui ont été dirigés contre moi », écrit Walker dans le dépôt de la plainte, en appelant le traitement de l’association des professeurs et des étudiants vis-à-vis des étudiants juifs et pro-Israël « une discrimination flagrante ».

En outre, le dépôt de Walker a appelé à un « examen obligatoire » des professeurs et des étudiants des associations des politiques et des résolutions pour assurer la conformité avec le Code de droit, ainsi qu’une formation annuelle obligatoire pour les groupes de cadres et le personnel « sur l’identification et l’élimination de l’antisémitisme dans leurs politiques et pratiques ».

La communauté juive canadienne a apporté son soutien dans la situation au cours des derniers jours, y compris la chroniqueuse pro-Israël Diane Weber Bederman, qui a fait valoir qu’un double standard est appliqué qui permet la discrimination contre les Juifs et Israël sur le campus. Elle a appelé le dépôt par Hasbara Fellowship d’une plainte au Tribunal des droits de la personne une étape nécessaire pour arrêter l’élan de BDS contre Israël sur les campus canadiens.

« Au Canada, notre gouvernement libéral nous a dit à maintes reprises que la discrimination ne sera pas tolérée dans notre pays de diversité et de tolérance, ouvert et accueillant », a écrit Bederman.

« Nous devons gagner cette poursuite afin que les étudiants juifs du monde entier sachent que la haine envers les Juifs parce qu’ils sont juifs et que la haine envers les Israéliens parce qu’ils sont Israéliens ne sera pas tolérée », écrit-elle.

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