Yachimovich se présente à la tête de la Histadrout
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Yachimovich se présente à la tête de la Histadrout

L’ancienne dirigeante travailliste ne défiera pas Isaac Herzog ; La loyauté envers le chef du Parti travailliste continue d'être mise à mal

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Isaac Herzog avec Shelly Yachimovich, alors présidente du Parti travailliste, en février 2012. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Isaac Herzog avec Shelly Yachimovich, alors présidente du Parti travailliste, en février 2012. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Enterrant les rumeurs sur sa volonté de reprendre la tête du Parti travailliste à Isaac Herzog, l’ancienne présidente du parti, la députée Shelly Yachimovich, a annoncé dimanche qu’elle chercherait à diriger la Histadrout, la fédération des syndicats ouvriers d’Israël, lors des prochaines élections de l’organisation prévues en mai.

Yachimovich, qui a présidé le parti entre 2011 et 2013, a déclaré qu’elle avait « réfléchi à cette décision pendant plusieurs mois », et que, même si elle devra démissionner de la Knesset si elle venait à être élue, elle pensait qu’elle pourrait jouer un rôle crucial dans le processus de prise de décision nationale en tant que présidente de la Histadrout.

« Je vous demande à vous, femmes et hommes, de l’ensemble du spectre politique, de m’accorder le droit de diriger cette organisation et de la révolutionner », a-t-elle écrit sur sa page Facebook.

Exprimant ses opinions sociales démocrates et sa confiance de longue date dans le droit des travailleurs, Yachimovich a déclaré qu’elle prévoyait de faire du syndicat national un « fer de lance véritablement social, puissant, courageux et incorruptible pour le bien de l’amélioration du monde du travail, pour le bien du droit simple et fondamental de gagner correctement sa vie. »

La députée de l'Union sioniste Shelly Yachimovich à la Knesset, le 8 juin 2015. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
La députée de l’Union sioniste Shelly Yachimovich à la Knesset, le 8 juin 2015. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Fondée en 1920, la Histadrout est rapidement devenue l’une des organisations les plus puissantes, dans le Mandat britannique en Palestine puis en Israël. Même si l’influence du syndicat a chuté ces dernières années, son grand nombre d’adhérents lui assure une capacité à organiser des grèves paralysantes, et le président de l’organisation, dont le mandat est de cinq ans, est considéré comme l’un des acteurs politiques les plus puissants d’Israël.

Cette annonce signifie que Yachimovich, qui avait été battue par surprise par Herzog en 2013 dans les élections internes du parti, refusera les appels de beaucoup de ses partisans à se présenter à la primaire du parti qui aura lieu en juillet.

Une amère rivalité

Autrefois moteur de la politique israélienne et emblème du centre gauche israélien, le Parti travailliste (Havoda en hébreu) fait face depuis quelques années à une profonde crise. Le parti, qui remportait autrefois plus de 30 sièges à la Knesset, et même 44 aux élections de 1992 qui ont mené Yitzhak Rabin au pouvoir avec un programme en faveur de la paix, n’a remporté que 13 sièges en 2009, sous la présidence de l’ancien Premier ministre Ehud Barak.

En 2013, en faisant campagne sur son crédo social démocrate et en se concentrant sur le logement et l’économie en parlant à peine de paix et de sécurité, Yachimovich n’a permis au parti de ne remporter que 15 sièges. Poursuivant sa tradition de remplacer ses dirigeants à une vitesse étourdissante – depuis 1992, le parti a eu un nouveau président tous les deux ans en moyenne – les membres ont voté pour Herzog dans des primaires extrêmement féroces la même année.

Affiches de Issac Herzog et Shelly Yachimovich pour la primaire du Parti travailliste en novembre 2013. (Crédit : Gideon Markowicz/Flash90)
Affiches de Issac Herzog et Shelly Yachimovich pour la primaire du Parti travailliste en novembre 2013. (Crédit : Gideon Markowicz/Flash90)

Herzog a fait bien mieux que Yachimovich pour sa première élection nationale, en obtenant 24 sièges aux élections de 2015 en se présentant sous la bannière de l’Union sioniste, une alliance de centre gauche composée du Parti travailliste et de Hatnua, le parti de Tzipi Livni, mais a tout de même été largement battu par le Likud, parti de centre droit du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a remporté 30 sièges.

Depuis, le parti a été affecté par le refus d’Herzog d’exclure de rejoindre la coalition de Netanyahu et sa perception de dirigeant faible dans l’opinion, au point que les récents sondages ne lui accordent que 10 sièges. En tant que simple députée du parti, Yachimovich est devenue l’une des critiques les plus féroces d’Herzog, consolidant ainsi la solide rivalité entre eux.

En réponse à la candidature de Yachimovich à la Histadrout, Herzog a publié dimanche un communiqué soutenant le seul autre candidat de l’élection, Avi Nissenkorn, le président en exercice.

« Sous la direction d’Avi Nissenkorn, la Histadrout a prouvé qu’elle travaillait à réaliser la vision du Parti travailliste pour réduire les fractures sociales et socio-économiques de la société israélienne et à promouvoir l’égalité et la justice sociale », a déclaré Herzog, ajoutant qu’il utiliserait les institutions du parti, et notamment son budget et l’influence du groupe travailliste au sein du syndicat, pour assurer la victoire de Nissenkorn.

‘House of Cards’ au Parti travailliste

Pendant toute sa carrière en politique, et avant de devenir une personnalité médiatique, Yachimovich a acquis une réputation d’opposante aux grandes entreprises. Pour lancer la campagne électorale du parti en 2012, elle avait appelé Israël à revenir à une approche plus socialiste du gouvernement. « Notre objectif est d’établir un gouvernement social démocrate alternatif et responsable », a-t-elle déclaré.

A la tête de la Histadrout, en plus de se représenter comme dirigeante politique nationale, Yachimovich pourrait devenir une épine dans le flanc gauche du centriste Herzog, le poussant à accepter des positions qu’il pourrait ne pas apprécier.

Avi Nissenkorn, président de la Histadrout, à Jérusalem, le 7 octobre 2014. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Avi Nissenkorn, président de la Histadrout, à Jérusalem, le 7 octobre 2014. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans sa propre déclaration, Yachimovich a affirmé qu’il y avait eu des « tentatives forcées qui auraient pu être inspirées par ‘House of Cards’ [série politique américaine] » pour l’empêcher de se présenter, dans une tentative destinée à « éviter les élections démocratiques ».

Pour se présenter à la tête de la Histadrout, les candidats doivent être les représentants des groupes internes du syndicat. Nissenkorn a ainsi tenté d’empêcher Yachimovich de se présenter en signant des accords de soutien avec chacun de ces groupes.

Mais à la dernière minute, le député travailliste Eitan Cabel a retiré son soutien à Nissenkorn et a permis à Yachimovich de se présenter comme représentante de son propre groupe, le Foyer social. Pendant la réunion de la Histadrout organisée le même jour, Cabel a dit à Nissenkorn qu’il ne pouvait pas diriger le syndicat « comme la Corée du Nord » et empêcher des élections d’être organisées.

La décision de Cabel indique cependant des troubles encore plus profonds au sein de son parti, ainsi que de potentiels problèmes pour Herzog.

En 2013, pendant la primaire du parti, Cabel avait été l’un des rares députés à soutenir Herzog, malgré les sondages et les experts, qui donnaient Yachimovich gagnante. Quand Herzog avait remporté l’élection, les médias avaient décrit l’alliance de Herzog, Cabel, Merav Michaeli et Erel Margalit comme le « quartet victorieux ».

Le président de la commission des affaires économiques, le député Eitan Cabel (Union sioniste), à la Knesset, le 16 juin 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Le président de la commission des affaires économiques, le député Eitan Cabel (Union sioniste), à la Knesset, le 16 juin 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

A présent, alors que Cabel a ostensiblement rompu avec Herzog et Erel Margalit en signalant qu’il comptait se présenter en juin, seule Michaeli reste loyale à Herzog.

De plus, alors qu’une candidature de Yachimovich aurait pu être neutralisée, sa sortie de la course renforce l’ancien dirigeant travailliste et ancien ministre de la Défense Amir Peretz, qui a annoncé en décembre qu’il se présenterait à la tête du parti.

Peretz, lui-même ancien président de la Histadrout, a été le patron politique de Yachimovich quand elle a rejoint le Parti travailliste en 2005, mais ils se sont séparés quand elle l’a battu en prenant la tête du parti en septembre 2011.

Amir Peretz, le 10 novembre 2014. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Amir Peretz, le 10 novembre 2014. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans le cercle des anciens, actuels et futurs dirigeants travaillistes, Peretz pourrait à présent remplacer Yachimovich comme plus grand rival d’Herzog.

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