Yad Lebanim déplace un événement à cause de la présence d’un élu arabe
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Yad Lebanim déplace un événement à cause de la présence d’un élu arabe

Dans un courrier adressé au maire de Ramat HaSharon, le groupe pour les familles endeuillées évoque les "potentielles" provocations et rejette la présence de la Liste arabe unie

Le député Ahmad Tibi s'exprime lors d'une session plénière de la Knesset sur le projet de loi de l'Etat nation, le 8 août 2018.  (Yonatan Sindel/Flash90)
Le député Ahmad Tibi s'exprime lors d'une session plénière de la Knesset sur le projet de loi de l'Etat nation, le 8 août 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)

Une association nationale pour les familles endeuillées en Israël a refusé d’accueillir un événement à venir dans l’une de ses installations en raison de la participation d’un député arabe.

Yad Labanim a déclaré cette semaine au maire de Ramat HaSharon que la participation d’Ahmad Tibi, membre de la Knesset, à la série de conférences « Shabbat-culture » serait trop « provocante », étant donné les critiques que Tibi a formulées à l’encontre de l’armée israélienne dans le passé.

« Les déclarations d’Ahmad Tibi ont offensé certaines familles endeuillées. Le discours politique s’est réveillé, et les circonstances actuelles ont éveillé les émotions du public et des familles endeuillées en particulier », a déclaré le directeur de Yad Labanim, Eli Ben-Shem, dans une lettre adressée à la municipalité.

Yad Labanim est l’organisme-cadre qui supervise les hommages aux soldats israéliens tombés au combat et aux victimes d’attaques terroristes. L’organisme possède des dizaines d’espaces à travers le pays qui servent d’auberges et de lieux pour divers événements culturels.

Samedi, une salle de Ramat Hasharon devait accueillir une table ronde à laquelle doit participer le numéro 2 de la Liste arabe unie. L’événement a été déplacé dans un lieu voisin.

La présence de « Tibi n’est pas inacceptable à mes yeux ou aux yeux des familles endeuillées », a écrit Ben-Shem. « Cependant…. nous devons nous efforcer de ne pas blesser les familles endeuillées qui sont sensibles à ce que Tibi a dit sur les soldats de l’armée israélienne au fil des ans. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprimant lors d’une cérémonie commémorative pour les soldats de Tsahal tombés au combat au centre Yad Lebanim, à Jérusalem, le 7 mai 2019. (Kobi Gideon/GPO)

Ben-Shem n’a pas spécifié à quels propos tenus par Tibi les familles s’opposaient, mais en 2012, le député a accusé les soldats israéliens d’être des « tueurs d’enfants ».

Ces dernières semaines, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et ses alliés ont dépeint le député et d’autres parlementaires arabes, sans en apporter la preuve, comme des partisans des groupes terroristes du Hamas et du Jihad islamique.

Le bureau de Tibi a confirmé qu’il prévoyait toujours d’assister à l’événement de samedi.

« Évidemment, il y a des divergences d’opinion entre nous, mais c’est là tout l’intérêt de ce panel : entendre l’autre, combler les écarts et réduire les préjugés », écrit-il.

La municipalité de Ramat Hasharon a confirmé mardi que l’événement avait été déplacé dans un lieu voisin à la demande de Yad Labanim.

Les citoyens arabes d’Israël sont les descendants de Palestiniens qui sont restés dans l’État après sa création en 1948. Malgré leur citoyenneté, les quelque 1,8 million d’Arabes d’Israël font état de discrimination dans des secteurs tels que le logement, les services publics et l’emploi.

Alors que l’impasse politique qui paralyse une grande partie du pays depuis plus d’un an se poursuit, Netanyahu a utilisé des termes racistes pour s’en prendre aux députés arabes, qu’il accuse d’entraver ses chances de parvenir à un accord de coalition avec le parti rival Kakhol lavan.

Ces dernières semaines, Netanyahu a intensifié sa rhétorique contre la possibilité que le chef de la formation centriste, Benny Gantz, forme un gouvernement minoritaire soutenu de l’extérieur par la Liste arabe unie.

La semaine dernière, le Premier ministre a organisé un rassemblement où il a comparé un gouvernement minoritaire soutenu par la Liste arabe unie à une « attaque terroriste ».

(De gauche à droite) : les membres de la Liste arabe unie Osama Saadi, Ayman Odeh, Ahmad Tibi et Mansour Abbas arrivent à la résidence présidentielle de Jérusalem pour les consultations avec Rivlin sur la nomination du Premier ministre, le 22 septembre 2019. (Crédit : MENAHEM KAHANA / AFP)

Il a accusé les membres de la Liste arabe unie de chercher à « détruire le pays » et a affirmé, sans preuve, que les « dangereux » députés arabes soutenaient les organisations terroristes de Gaza qu’Israël a combattues ces dernières semaines.

Si certains députés de la Liste arabe unie se sont prononcés contre l’assassinat ciblé du commandant en chef du groupe terroriste palestinien du Jihad islamique, Baha Abu al-Ata, et contre les frappes aériennes de l’armée israélienne à Gaza, aucun d’eux n’a exprimé son soutien au Jihad islamique ou à ses attaques contre des civils israéliens.

Les propos de Netanyahu ont suscité des critiques de la part de ses opposants politiques ainsi que du président Reuven Rivlin, qui, dans une réprimande inhabituelle du Premier ministre, a condamné ses « remarques laides » contre une minorité israélienne.

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