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Yémen : pilonnage intense de Hodeida, vives craintes pour les enfants

Cinq jours de pilonnage, de raids aériens et d'affrontements au sol entre forces loyalistes et rebelles Houthis ont fait au moins 150 morts de part et d'autre

Un enfant souffrant de malnutrition pris en charge à l’hôpital Aslam Health Center, à Hajjah, au Yemen, le 1 octobre 2018. (Crédit : AP/Hani Mohammed)
Un enfant souffrant de malnutrition pris en charge à l’hôpital Aslam Health Center, à Hajjah, au Yemen, le 1 octobre 2018. (Crédit : AP/Hani Mohammed)

Les forces gouvernementales au Yémen appuyées par une coalition sous commandement saoudien ont bombardé de nouveau intensément mardi la ville de Hodeida aux mains des rebelles, suscitant de vives inquiétudes pour les civils dont de nombreux enfants pris au piège des violences.

Cinq jours de pilonnage, de raids aériens et d’affrontements au sol entre forces loyalistes et rebelles Houthis ont fait au moins 150 morts de part et d’autre, selon des sources médicales et militaires.

Située dans l’ouest du pays ravagé par la guerre depuis 2015 et en proie selon l’ONU à la pire crise humanitaire au monde, la ville portuaire de Hodeida est stratégique : près des trois quarts de l’aide humanitaire entrant au Yémen y transitent.

Les combats au sol ont lieu surtout autour de la ville de Hodeida, mais les bombardements et les tirs d’artillerie visent la cité même, où sont retranchés les rebelles chiites Houthis.

Aussi bien les affrontements que les frappes aériennes se sont poursuivis en soirée avec la même intensité, selon les deux camps.

Des enfants pêchent au port d’Hodeida, au Yémen, le 29 septembre 2018. (Crédit : AP/Hani Mohammed)

La coalition antirebelles, dont les deux piliers sont l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, a nié avoir l’intention de lancer une offensive sur cette cité en bord de la mer Rouge, précisant que les opérations visaient à « élargir des périmètres de sécurité ».

Mais des responsables des forces progouvernementales yéménites ont fait état de tentatives d’encercler la ville et de couper des voies d’approvisionnement des Houthis.

Evoquant « l’intensification des combats à Hodeida », l’organisation Médecins sans frontières (MSF) s’est inquiétée des conséquences pour « les malades et le personnel de l’hôpital Al-Salakhana, et pour les milliers d’habitants restés dans la ville ».

Des patients atteints d’insuffisance hépatique sont sous dialyse à l’hôpital d’Hodeida, le 27 septembre 2018. (Crédit : AP/Hani Mohammed)

« En danger de mort »

Le Fonds de l’ONU pour l’enfance (Unicef) a affirmé que la vie de 59 enfants dans un autre hôpital de Hodeida, Al-Thawra, était menacée par les combats.

« Les combats intenses se sont rapprochés dangereusement de l’hôpital Al-Thawra, ce qui met en danger de mort 59 enfants, dont 25 sont en soins intensifs », a-t-elle affirmé.

« Le personnel médical et les patients à l’hôpital ont confirmé qu’ils entendaient le bruit de bombardements et d’échanges de tirs intenses. L’accès de et vers l’hôpital, le seul opérationnel dans le secteur, est désormais dangereux », a-t-elle ajouté.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a appelé mercredi les combattants dans la région de Hodeida (ouest du Yémen) à épargner les infrastructures civiles et à permettre à toute personne de fuir les zones de conflit.

Dans des déclarations à l’AFP, Mirella Hodeib, porte-parole du CICR au Yémen, s’est inquiétée du sort « des civils et des infrastructures civiles à Hodeida », citant en particulier l’hôpital Al-Thawra, « l’un des plus grands de la ville », qui est très proche de la « ligne de front ». Elle a également cité les réservoirs d’eau et les centrales électriques.

« Le CICR appelle toutes les parties à respecter la loi humanitaire internationale et à épargner les civils et les infrastructures civiles », a dit la porte-parole en appelant aussi les combattants à « permettre le passage en sécurité des civils qui veulent fuir les zones de conflit ».

L’Unicef, qui avait qualifié le pays d' »enfer sur terre » pour des millions d’enfants, a appelé « à mettre fin aux combats près et autour de l’hôpital (…) et à cesser d’attaquer les infrastructures civiles, y compris le port de Hodeida ».

Juliette Touma, responsable de la communication de l’Unicef au Moyen-Orient, a exprimé de nouvelles inquiétudes mercredi dans des déclarations à l’AFP.

« Ce que nous redoutons le plus, c’est que l’escalade de la violence compromette des efforts humanitaires qui sont vitaux. Je répète ‘vitaux' », a dit cette responsable du Fonds des Nations unis pour l’enfance.

« Le port de Hodeida est vraiment la ligne de vie dans ce pays en guerre », a-t-elle insisté en expliquant que l’Unicef faisait parvenir des fournitures et de l’aide pour des millions d’enfants à bord de petites embarcations via des points d’entrée à Hodeida.

« Ces points d’entrée doivent continuer à fonctionner », a-t-elle dit.

L’ONG Norwegian Refugee Council a elle averti que l’intensification des violences risquait de « détériorer davantage l’accès des civils à l’aide ».

La crise humanitaire s’aggrave au Yémen, où 14 millions de personnes sont en situation de pré-famine selon l’ONU, qui tente par ailleurs de relancer des pourparlers de paix d’ici fin novembre.

Un enfant yéménite souffrant de malnutrition dans un hôpital de Hajjah, le 25 octobre 2018. (Crédit : ESSA AHMED / AFP)

De précédents pourparlers pour trouver une solution politique n’ont enregistré aucun progrès.

En 2015, l’Arabie saoudite sunnite, voisine du Yémen, a pris la tête d’une coalition militaire pour aider le gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi à stopper une offensive des Houthis, soutenus par l’Iran chiite, puissance régionale rivale du royaume saoudien.

Le journalite saoudien et directeur de Alarab TV, Jamal Khashoggi, à Manama en 2014. (Crédit : AFP/MOHAMMED AL-SHAIKH)

La semaine dernière, les Etats-Unis ont pressé leur allié saoudien d’accélérer un règlement politique au Yémen, après que l’affaire Jamal Khashoggi, du nom de ce journaliste saoudien tué le 2 octobre au consulat de son pays à Istanbul, a considérablement affaibli la diplomatie saoudienne.

Impasse

Depuis plusieurs mois, la coalition antirebelles donne l’impression d’être dans une impasse militaire.

Le pays est de fait quasiment divisé en deux, les forces progouvernementales contrôlant le sud et une bonne partie du centre et les rebelles la capitale Sanaa ainsi que le nord et une bonne partie de l’ouest.

Outre la dévastation et la crise humanitaire, l’économie du pays est en lambeaux : le riyal, la monnaie locale, a perdu plus de 36 % de sa valeur en 2018, malgré un dépôt saoudien de deux milliards de dollars à la Banque centrale.

La chute du riyal a provoqué une forte hausse des prix des produits de base, en particulier des denrées alimentaires et du carburant, plaçant des millions de personnes en situation de détresse.

La guerre au Yémen a fait quelque 10 000 morts selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Mais des responsables humanitaires estiment que le bilan réel des victimes est bien plus élevé.

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