Yom HaAlyah gâché à la Knesset par des affrontements sur les Ethiopiens et les conversions
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Yom HaAlyah gâché à la Knesset par des affrontements sur les Ethiopiens et les conversions

Les politiques du gouvernement et l’attitude du grand rabbinat ont été critiquées, dans l’opposition mais aussi dans la coalition

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, avec le député du Likud Avraham Neguise pendant la cérémonie organisée pour Yom HaAlyah à la Knesset, le 24 octobre 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, avec le député du Likud Avraham Neguise pendant la cérémonie organisée pour Yom HaAlyah à la Knesset, le 24 octobre 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Cela devait être un temps fort et une célébration apolitique des immigrants juifs en Israël, pour rendre hommage à leurs réussites et à leurs nombreuses contributions.

Pourtant, la deuxième commémoration par la Knesset mardi d’une nouvelle fête nationale, la Journée de l’Alyah, Yom HaAlyah, a parfois dérapé en fracas, quand les députés de l’opposition et de la coalition critiquaient le gouvernement pour ses politiques sur la conversion au judaïsme et l’arrêt de l’immigration éthiopienne.

S’adressant aux dirigeants israéliens, à des immigrants – dont la moitié étaient des Israéliens éthiopiens, et aux associations qui les aident, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rendu hommage aux contributions des immigrants à l’Etat, et a parlé du « grand honneur » qu’était la facilitation de l’immigration des Juifs éthiopiens en Israël.

« En tant que Premier ministre, j’ai eu le grand honneur de faire venir en Israël, en plusieurs vagues, le reste de la communauté éthiopienne », a-t-il dit.

Le Premier ministre a également souligné qu’il avait dirigé et avait été activement impliqué dans un comité interministériel pour intégrer les Israéliens éthiopiens dans la société, l’éducation et la main-d’œuvre du pays, une tâche qu’il a qualifiée de « saint travail. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la cérémonie de Yom HaAlyah à la Knesset, le 24 octobre 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la cérémonie de Yom HaAlyah à la Knesset, le 24 octobre 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Cependant, le traitement des Juifs éthiopiens par le gouvernement a nourri les critiques du chef de l’opposition Isaac Herzog, député de l’Union sioniste, et du député de Koulanou Elie Alalouf pendant leurs discours devant le Parlement.

Le bureau du Premier ministre a été critiqué pour avoir donné l’impression de traîner des pieds sur le sujet de l’immigration éthiopienne.

Netanyahu a également été critiqué pour ne pas avoir rencontré les dirigeants de la communauté juive locale durant sa visite en Ethiopie en juillet 2016 – une première pour un Premier ministre israélien.

Un projet gouvernemental pour faire venir les 9 000 Juifs toujours en Ethiopie en Israël a été approuvé en novembre 2015, mais n’a pas été mis en œuvre car aucun budget ne lui a été alloué. Suite aux protestations, le ministère des Finances avait alloué une somme permettant l’arrivée de 1 300 Ethiopiens en Israël sur un an.

Selon le président de la commission de l’Immigration et de l’Intégration de la Knesset, le député du Likud Avraham Neguise (lui-même immigrant éthiopien), le projet se poursuit à un rythme accéléré, 800 Ethiopiens sur 1 300 devant arriver en décembre.

Le député du Likud Avraham Neguise pendant la cérémonie organisée pour Yom HaAlyah à la Knesset, le 24 octobre 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le député du Likud Avraham Neguise pendant la cérémonie organisée pour Yom HaAlyah à la Knesset, le 24 octobre 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Neguise et Herzog se sont opposés pendant l’évènement, quand Herzog a dit que « l’accord [sur l’avancée de l’immigration éthiopienne en Israël] n’avance pas à un rythme approprié. »

Neguise a interrompu le chef de l’opposition pour citer le chiffre de 1 300 personnes, et leur date prévue d’arrivée, défendant la position du gouvernement.

« Vous aviez dit 9 000. C’était l’accord que vous aviez présenté », a riposté Herzog.

« Soyons réalistes. A votre époque, vous l’avez fermée », a répliqué Neguise, faisant référence à la baisse de l’immigration quand le Parti travailliste était au pouvoir. « C’est un fait. »

« N’inventez pas des choses », a répondu Herzog.

Environ 9 000 Juifs toujours présents en Ethiopie sont considérés comme des Falashmura, un terme désignant les Juifs éthiopiens dont les ancêtres se sont convertis au christianisme, souvent sous la contrainte, il y a des générations. Les Falashmura ne sont pas éligibles à la citoyenneté israélienne dans le cadre de la Loi du Retour, qui exige qu’au moins l’un des grands-parents d’un individu soit juif, et disqualifie ceux qui se sont convertis à une autre religion, même si elle s’est produite il y a longtemps.

Une membre de la communauté juive éthiopienne des Falashmura devant la synagogue de Gondar, en Ethiopie, le 22 avril 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Une membre de la communauté juive éthiopienne des Falashmura devant la synagogue de Gondar, en Ethiopie, le 22 avril 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Réfutant ces affirmations, les Juifs éthiopiens disent que le processus remontant à plusieurs décennies pour déterminer l’identité juive est peu judicieux et a divisé des familles. Au moins 80 % des Juifs vivant en Ethiopie ont des parents au premier degré qui sont en Israël.

Alalouf, député de la coalition, a critiqué le gouvernement, accusé d’entraver l’immigration.

« Il est inacceptable qu’il y ait au moins 12 000 Juifs qui attendent [de venir en Israël], et je le répète, des Juifs. Cessons de diviser et classer les Juifs d’une manière ou d’une autre. Ça suffit », a dit Alalouf.

Le député de Koulanou, qui a rendu visite à la communauté juive éthiopienne avec Neguise, a accusé le gouvernement de faire des économies de bouts de chandelle sur l’immigration des Juifs d’Ethiopie, mais pas sur celle des autres pays.

« C’est un jeu pour économiser de l’argent », a-t-il dit.

Elie Alalouf, député Koulanou et président de la commission de la santé, du travail et des affaires sociales de la Knesset, le 30 juin 2014. (Crédit : Flash90)
Elie Alalouf, député Koulanou et président de la commission de la santé, du travail et des affaires sociales de la Knesset, le 30 juin 2014. (Crédit : Flash90)

La conversion « n’a pas bougé d’un millimètre »

Alors que Neguise et Sofa Landver, la ministre de l’Immigration et de l’Intégration, du parti Yisrael Beytenu, imploraient les députés de garder leurs critiques et de se concentrer sur la célébration, Herzog a aussi déclenché un scandale dans la salle en parlant de la question des conversions au judaïsme.

Dans son discours, Herzog a accusé le gouvernement et le rabbinat de n’avoir jamais cherché à trouver un compromis sur cette « grande question, qui n’a pas bougé d’un millimètre. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, avec le chef de l'opposition Isaac Herzog pendant la cérémonie organisée pour Yom HaAlyah à la Knesset, le 24 octobre 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, avec le chef de l’opposition Isaac Herzog pendant la cérémonie organisée pour Yom HaAlyah à la Knesset, le 24 octobre 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Récoltant les applaudissements et les appréciations des immigrants présents, dont beaucoup venaient de l’ancienne Union soviétique, Herzog a dit qu’il n’y avait « pas de combat ou de discussion entre le gouvernement et le rabbinat pour résoudre le problème. »

« Il n’y a rien. Et je vous dis cela en tant que petit-fils d’un grand rabbin qui a déterminé que les Juifs éthiopiens étaient juifs, et a déterminé que vous deviez accepter l’indulgence dans la conversion. Et aujourd’hui, personne ne vient défier l’establishment rabbinique », a dit Herzog.

« Saviez-vous que le responsable en charge des conversions au bureau du Premier ministre ne voit pas les grands rabbins. Ils ne le rencontrent pas. Ils ne l’invitent pas », a-t-il ajouté.

D’autre part, Natan Sharansky, président de l’Agence juive pour Israël, a défendu les rabbins américains Avi Weiss et Haskel Lookstein, dont les conversions ont été disqualifiées par le rabbinat israélien.

Tout en soulignant qu’il préférait éviter les critiques le jour d’une fête nationale, Sharansky a rendu hommage à Lookstein – « qui a élevé des générations de Juifs sionistes qui ont immigré en Israël depuis les Etats-Unis » – et à Weiss pour leur militantisme pour l’Etat juif.

Natan Sharansky, président de l'Agence juive, à la Knesset, le 27 juin 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Natan Sharansky, président de l’Agence juive, à la Knesset, le 27 juin 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Aujourd’hui, le rabbinat ne reconnaît pas les conversions du rabbin Lookstein ou du rabbin Weiss. Est-ce ainsi que les portes de l’Etat d’Israël doivent être ouvertes ? », a-t-il dit.

Beaucoup des orateurs de l’évènement organisé mardi ont salué les contributions et les réussites des immigrants en Israël, indiquant les nombreux députés de l’ancienne Union soviétique et d’Ethiopie comme une preuve que le plafond de verre israélien avait été brisé.

Cependant, les affrontements et les sarcasmes politiques ont ponctué la cérémonie. Ksenia Svetlova, députée de l’Union sioniste, a par exemple interrompu Netanyahu qui saluait l’accord sur les retraites conclu avec le président russe Vladimir Poutine pour les Juifs soviétiques venus en Israël.

Svetlova, l’une des oratrices de la cérémonie, a fait une remarque sur les bas salaires, déclenchant des cris des députés présents.

« Laissons les cornichons faire leur travail », a répondu le Premier ministre, faisant référence à son discours de lundi devant la Knesset, au cours duquel il a traité les députés de l’opposition de « grincheux », utilisant un mot hébreu qui veut littéralement dire cornichon.

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