Israël en guerre - Jour 286

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120 000 participants au rassemblement de Tel Aviv pour la libération des otages

Les proches des otages ont exprimé leur frustration à l'égard du gouvernement ; de nombreux orateurs se sont exprimés au 100e jour depuis l'assaut du Hamas sur le sud d'Israël

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Lors du rassemblement de 24 heures appelant à la libération des Israéliens retenus en otage par les terroristes du Hamas à Gaza, le 13 janvier 2024. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash 90)
Lors du rassemblement de 24 heures appelant à la libération des Israéliens retenus en otage par les terroristes du Hamas à Gaza, le 13 janvier 2024. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash 90)

Environ 120 000 personnes ont participé au début d’un rassemblement de 24 heures à Tel Aviv samedi soir pour marquer les 100 jours depuis que les otages ont été enlevés à Gaza lors de l’assaut du groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre dans le sud d’Israël.

Ce chiffre, fourni par les organisateurs, ferait de ce rassemblement l’un des plus importants organisés en Israël au cours de l’année écoulée, qui a été marquée par des manifestations de masse hebdomadaires contre le projet controversé de refonte du système judiciaire du gouvernement.

Parmi les orateurs qui ont pris la parole aux premières heures du rassemblement, qui a débuté après le coucher du soleil sur ce qui a été renommé la « Place des Otages » dans le centre de Tel Aviv, ont été entendus des proches des 132 otages encore à Gaza, le président français Emmanuel Macron, l’ambassadeur américain en Israël Jack Lew et l’ancienne présidente de la Cour suprême d’Israël Dorit Beinisch.

Les membres des familles des otages qui se sont adressés au rassemblement ont averti que le temps était compté pour sauver leurs proches et ont exprimé une intense frustration à l’égard du gouvernement qui, selon eux, ne fait pas assez pour sauver ceux qu’il a négligés le 7 octobre, lorsque plus de 240 personnes ont été enlevées, et emmenées de force dans la bande de Gaza par des terroristes palestiniens et leurs complices.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’adressant aux journalistes lors d’une conférence de presse, à Tel Aviv, le 13 janvier 2024. (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Le rassemblement a eu lieu alors qu’un accord a été conclu pour que, pour la première fois, des médicaments soient remis aux otages. Les médicaments auraient été remis à des responsables qataris samedi soir et devaient ensuite être livrés à la Croix-Rouge ou à une autre tierce partie, qui serait chargée de les apporter aux otages.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est à nouveau engagé, lors d’une conférence de presse tenue samedi soir, à tout mettre en œuvre pour obtenir la libération de tous les otages.

Toutefois, il a déclaré que, de même qu’il ne peut imaginer ce que vivent les familles des otages, elles ne sont pas non plus en mesure de comprendre pleinement les calculs que les décideurs israéliens doivent effectuer. Cette remarque laisse entendre que d’autres considérations doivent être prises en compte dans les négociations visant à libérer les otages retenus à Gaza.

Certains estiment au contraire que le gouvernement doit payer n’importe quel prix pour libérer les otages, étant donné que l’État avait la responsabilité de protéger ses citoyens et qu’il ne l’a pas fait le 7 octobre.

Des Israéliens assistant à un rassemblement marquant le 100e jour depuis l’enlèvement des otages à Gaza, à Tel Aviv, le 13 janvier 2024. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Avant le début du rassemblement, le Forum des familles des otages et disparus a publié une déclaration appelant le cabinet de guerre à tenir sa réunion dominicale sur la « Place des Otages » et a souligné que chaque retard dans la conclusion d’un accord entraînait la mort d’autres otages.

Le chef d’état-major de l’armée israélienne, le lieutenant-général Herzl Halevi, a déclaré samedi soir depuis le sud d’Israël que seule la pression militaire permettrait d’obtenir le retour d’autres otages de Gaza.

À la veille du 100e jour de la guerre contre le Hamas, Halevi a affirmé que Tsahal « travaille par tous les biais, la plupart du temps officieusement, afin de les ramener et nous continuerons à le faire jusqu’à ce que nous les ramenions tous ».

Cependant, un nombre croissant de familles d’otages s’opposent à cette position, notant qu’aucun otage n’a été libéré depuis qu’Israël a repris les combats après une trêve de sept jours à la fin du mois de novembre.

La famille de l’otage Doron Steinbrecher lors du rassemblement appelant à la libération des otages du Hamas, »Place des Otages », à Tel Aviv, le 13 janvier 2024 (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

S’exprimant lors du rassemblement, Ronen Neutra a raconté que lors d’une récente rencontre avec le Premier ministre qatari Mohammed bin Abdulrahman bin Jassim al-Thani, il avait souligné l’importance de rester concentré et créatif afin de parvenir à un accord.

« La meilleure réponse est une solution politique et non militaire », a déclaré Neutra, dont le fils, Omer, fait partie des otages.

Yamit Ashkenazi, sœur de l’otage Doron Steinbrecher du kibboutz Kfar Aza, a reproché au gouvernement « vingt ans d’abandon ».

« Dans les communautés frontalières de Gaza, nous pensions être en sécurité et nous sommes restés pour élever nos enfants là-bas, mais vous qui avez fermé les yeux, assis dans vos maisons sécurisées, qui parlez du jour d’après [la guerre] alors que ma sœur et 135 autres sont là-bas, réveillez-vous donc ! », a asséné Ashkenazi, également résidente de Kfar Aza, qui a survécu au 7 octobre avec son conjoint et ses enfants. « Je ne veux pas que ma sœur rentre à la maison dans un cercueil et personne ne veut que ses proches soient dans un cercueil. »

Le biologiste Aaron Ciechanover, lauréat du prix Nobel, s’est exprimé avec force lors du rassemblement, évoquant les « nouveaux niveaux de barbarie » commis par les terroristes du Hamas le 7 octobre et les habitants des communautés frontalières de Gaza qui ont été abandonnés par le gouvernement et l’armée ce jour-là.

« Pourquoi avons-nous construit un État si nous ne pouvons pas assurer le droit le plus élémentaire à la sécurité ? », a demandé Ciechanover. « Les dirigeants ont échoué et l’armée n’a pas protégé ses citoyens. Si [les otages] ne reviennent pas maintenant, le gouvernement ne pourra pas regarder ses citoyens dans les yeux. C’est une tache noire sur le front du gouvernement israélien. »

Dans des propos pré-enregistrés, le président français Emmanuel Macron a cité nommément les otages de nationalité française, affirmant que Paris était déterminé à voir Ohad Yahalomi, Ofer Kalderon et Orion Hernandez Radoux libérés.

L’ambassadeur américain en Israël Jack Lew lors d’un rassemblement pour marquer le 100e jour depuis l’enlèvement des otages, « Place des Otages », à Tel Aviv le 13 janvier 2024. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

« Malheureusement et de manière exaspérante, le calvaire de leur captivité se poursuit », a déclaré l’ambassadeur américain Jacob Lew, en utilisant le mot israélien pour dire « maintenant » afin de souligner l’engagement des États-Unis à ramener rapidement les otages à la maison.

Le rassemblement devait durer jusqu’à 20h dimanche soir, avec un programme riche, entre autres, de plus de 50 artistes.

Une artiste, Dana Sapir, vêtue de noir et enfermée dans une cage, a attiré l’attention des passants et même fait pleurer une femme en essayant de se sortir de la cage à coups de griffes. Le titre de son œuvre est écrit au marqueur noir sur ses deux paumes : « Over my dead body » (« Il faudra d’abord me passer sur le corps ! »).

Elle est restée dans la minuscule cage durant des heures, complètement exposée à la très forte pluie.

Une installation artistique dépeint le sort des personnes détenues par le Hamas lors d’un rassemblement de 24 heures, sur la « Place des Otages », à Tel Aviv, le 14 janvier 2023. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

À côté de Sapir se trouvait un simulacre de tunnel du Hamas, érigé samedi. Les participants ont fait la queue pour avoir la possibilité de marcher dans ce passage étouffant et faiblement éclairé.

Sur les murs du tunnel sont gravés les noms des otages, les messages des familles à leurs proches capturés et les décomptes des jours qui les séparent de leur retour. Le son lointain des coups de feu est diffusé via des haut-parleurs à l’intérieur du tunnel, dans le but de simuler les terribles conditions de vie des otages.

Des personnes traversant une installation simulant un tunnel de la bande de Gaza, en signe de solidarité avec les otages qui seraient détenus sous terre par le Hamas et qui réclament leur retour au 100e jour depuis leur enlèvement, à Tel Aviv, en Israël, le 13 janvier 2024. (Crédit : Leo Correa/AP Photo)

Ofek, un manifestant de Tel Aviv qui est arrivé sur la place vers minuit, avait prévu de rester toute la nuit au rassemblement malgré la pluie battante.

Des milliers de personnes sont restées toute la nuit.

L’événement, qui a duré 24 heures, a été retransmis en direct sur YouTube.

Après minuit, on a aperçu dans la foule les ministres du parti HaMahane HaMamlahti Benny Gantz et Gadi Eisenkot, qui sont arrivés au rassemblement après avoir terminé une réunion du cabinet de guerre au quartier général militaire de l’armée israélienne à la Kirya, situé non loin de là.

Aucun autre membre du gouvernement n’a été vu à la manifestation.

De nombreux orateurs ont adressé leurs messages au gouvernement.

« Vous savez ce qu’Eliya aurait pu faire en 100 jours ? », a lancé Sigi Cohen, mère de l’otage Eliya Cohen, enlevé au Festival Supernova, à proximité du kibboutz Reïm. « Il aurait pu être en Thaïlande avec des billets achetés il y a un an. Il pourrait être fiancé à sa petite amie avec la bague qu’il a déjà achetée. »

Anat Shoshani, petite-fille d’une otage du kibboutz Nir Oz libérée, s’exprimant lors du rassemblement en faveur des otages, « Place des Otages », à Tel Aviv, le 14 janvier 2024. (Crédit : Capture d’écran/YouTube)

« Où est le monde ? Où sont les décideurs ? Est-ce qu’il y a quelqu’un à la maison ? », a insisté Sigi. « C’est fini. Ça suffit. Ramenez-les à la maison. »

L’ancienne présidente de la Cour suprême, Dorit Beinisch, a parlé de la bataille juridique qui se joue à La Haye, dans laquelle Israël est accusé par l’Afrique du Sud d’avoir perpétré un génocide à Gaza.

« Le massacre du 7 octobre n’était pas un combat pour la liberté et n’est pas conforme aux lois de la guerre », a assuré Beinisch. « Les nations du monde doivent nous soutenir parce que le terrorisme est une menace pour le monde. »

La voix brisée, l’ancienne présidente de la Cour suprême a lancé un appel aux juges de la Cour internationale de justice et à « tous ceux qui sont attachés au droit (…). Ne laissez pas la cruauté et le mensonge l’emporter. J’espère que ce rassemblement résonnera dans le monde entier ».

L’ancienne présidente de la Cour suprême, Dorit Beinisch, s’adressant lors d’un rassemblement pour marquer les 100 jours depuis l’assaut du 7 octobre mené par le Hamas, sur la « Place des Otages », à Tel Aviv, le 13 janvier 2024. (Crédit : Capture d’écran)

Des messages plus personnels ont également été diffusés. Des mères comme Yelena Trufanova, une otage libérée, a parlé de son fils Sasha, qui est toujours détenu à Gaza.

« Il m’est difficile de me lever le matin et de m’endormir le soir. Il est difficile de vivre », a reconnu Yelena. « Certains jours, je suis triste d’avoir été libérée, car lorsque j’étais à Gaza, j’avais de l’espoir. Je suis prête à y retourner. Ramenez-moi juste mon fils. »

Une autre mère qui s’est exprimée est Yaël Adar, dont le fils Tamir faisait partie de l’équipe d’urgence du kibboutz Nir Oz et a été blessé, pris en otage puis tué à Gaza.

Yaël a reproché au gouvernement « d’avoir abandonné les frontières et de nous avoir donné le nom ‘d’enveloppe de Gaza [la région connue en hébreu sous le nom d’Otef Azza]’ alors que nous n’étions absolument pas enveloppés ».

Le ministre du cabinet de guerre Benny Gantz assistant au rassemblement marquant les 100 jours depuis l’enlèvement des otages à Gaza,sur la « Place des Otages, à Tel Aviv, le 14 janvier 2024. (Crédit : Autorisation)

« Je n’oublierai pas et je ne pardonnerai pas », a poursuivi Yaël. « Le gouvernement israélien doit assumer la responsabilité de ce qui s’est passé sous sa surveillance. »

Un autre habitant de Nir Oz, Bar Goren, dont le père, Avner Goren, a été tué le 7 octobre avec sa mère, Maya Goren, dont le corps a été emmené à Gaza, a demandé le retour de la dépouille de sa mère afin qu’elle puisse être enterrée aux côtés de son père.

« Le cauchemar ne fait qu’empirer de minute en minute », a déclaré Dvora Idan, dont le fils, Tsahi Idan, 49 ans, a été pris en otage après que sa fille aînée a été tuée dans ses bras dans leur mamad – la pièce sécurisée – au kibboutz Nahal Oz.

« Premier ministre Benjamin Netanyahu, que doit-il se passer pour que vous preniez des initiatives ? », a demandé Dvora.

L’otage libérée Danielle Aloni s’adressant à la foule lors du rassemblement pour marquer les 100 jours depuis l’assaut du 7 octobre mené par le Hamas, sur la « Place des Otages », à Tel Aviv, le 13 janvier 2024. (Crédit : Capture d’écran)

« Bibi [le surnom de Netanyahu], je refuse d’écouter tous ceux qui disent que vous n’avez que des considérations politiques. N’attendez pas, bougez, passez un accord, écoutez vos amis du cabinet ! Vous avez tous les outils et la capacité pour le faire. Vous avez été mandaté d’une énorme mission par le peuple. Israël ne vous pardonnera pas si vous l’abandonnez, et Dieu non plus. »

L’otage libérée Danielle Aloni, dont le beau-frère David Cunio est toujours détenu à Gaza, a déclaré que « cela fait 100 jours d’une cruauté que le monde n’a pas connue depuis Hitler ».

Danielle a raconté au rassemblement de Tel Aviv comment le groupe terroriste palestinien du Hamas « a créé une ville de terrorisme souterraine », où les otages ont été emportés en pyjama, « sans chaussures, sans lunettes, sans médicaments ».

« Comment vous sentiriez-vous si vos femmes étaient violées, comment agiriez-vous s’ils tiraient sur vos parents, s’ils brûlaient vos êtres chers ? », s’est-elle écrié s’adressant aux dirigeants du monde entier

Charlie Summers a contribué à cet article.

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