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À l’audience, les avocats de Netanyahu tentent d’invalider l’acte d’accusation

Après des mois de préparation, l'équipe de défense du Premier ministre a fait face à une armée de procureurs pour tenter de les convaincre de son innocence

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le secrétaire du Cabinet de l'époque Avichai Mandelblit lors de la réunion hebdomadaire du cabinet du Premier ministre, à Jérusalem, le 2 février 2014. (Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le secrétaire du Cabinet de l'époque Avichai Mandelblit lors de la réunion hebdomadaire du cabinet du Premier ministre, à Jérusalem, le 2 février 2014. (Yonatan Sindel/Flash90)

Les avocats du Premier ministre Benjamin Netanyahu sont arrivés au ministère de la Justice mercredi matin pour le premier volet des audiences préliminaires au procès pour une mise en examen du Premier ministre.

L’équipe chargée de la défense du Premier ministre est composée de 10 personnes et comprend les avocats Ram Caspi, Amit Hadad et Yosi Ashkenazi. Ils se sont retrouvés face à une vingtaine de procureurs d’État, sous l’égide du procureur général Avichai Mandelblit, le procureur d’Etat Shai Nitzan et Liat Ben-Ari, principale procureure dans les trois affaires criminelles dont fait l’objet Netanyahu.

Durant la procédure, ses avocats tenteront de réfuter les charges retenues contre lui et dépeindront sa conduite comme totalement appropriée et conforme à la loi.

Des membres de l’accusation ont confié mardi à la Douzième chaîne qu’ils espéraient prendre une décision finale sur une éventuelle mise en examen du Premier ministre d’ici la fin de l’année civile.

Shaul Elovitch au tribunal du district de Tel Aviv pour une audience de prolongation de détention dans l’affaire 4000, le 26 février 2018. (Crédit : Flash90)

Dans l’affaire 4000, la plus grave, Netanyahu est accusé d’avoir tenté de s’assurer une couverture favorable sur le site d’informations Walla. En contrepartie, il aurait octroyé des faveurs régulatoires qui pourraient avoir rapporté des millions de dollars à Shaul Elovitch, alors patron du principal groupe de télécommunications israélien Bezeq et du site Walla. Netanyahu et Elovitch sont accusés de corruption.

L’affaire 4000 sera la première à être traitée et sera discutée mercredi et jeudi.

Le procureur Shai Nitzan s’exprime lors d’une cérémonie d’adieu au chef de la police sortant Roni Alsheich, à Beit Shemesh, le 29 novembre 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)

Selon les médias israéliens, l’équipe de défense avancera que Netanyahu a agi conformément aux opinions et aux directives des membres du gouvernement. Ils nieront tout échange de bons procédés avec Elovitch et souligneront la complexité de la relation entre les responsables politiques et les médias. Ils affirmeront que les témoins de l’accusation Shlomo Filber et Nir Hefetz ont subi des pressions déraisonnables pour témoigner contre Netanyahu.

Les affaires 1000 et 2000 seront discutées dimanche et lundi.

Au cœur de l’affaire 1000, des cigares de luxe, bouteilles de champagne et bijoux. Les enquêteurs cherchent à savoir si le Premier ministre et des membres de sa famille ont reçu pour plus de 700 000 shekels (environ 185 000 euros) de cadeaux de la part de richissimes personnalités, notamment du producteur Arnon Milchan et du milliardaire australien James Packer, en échange de faveurs financières ou personnelles.

Soupçonné dans ce dossier de fraude et d’abus de confiance, M. Netanyahu affirme n’avoir fait qu’accepter des présents de la part d’amis, sans les avoir sollicités.

Les avocats de Netanyahu insisteront que les cadeaux étaient légitimes et venaient d’amis. Ils avanceront également que leur valeur était bien inférieure à celle stipulée dans l’acte d’accusation.

Le propriétaire du journal « Yedioth Ahronoth » Arnon ‘Noni’ Mozes à son arrivée dans les locaux de l’unité anti-corruption Lahav 433 à Lod, le 15 janvier 2017. (Crédit : Koko/Flash90)

Dans l’affaire 1000, le Premier ministre aurait, selon les enquêteurs, tenté de s’assurer une couverture favorable dans le plus grand quotidien payant d’Israël, le Yediot Aharonot.

Il aurait essayé de mettre en place un accord avec le patron du journal, Arnon Moses. En retour, M. Netanyahu aurait évoqué la possibilité de faire voter une loi qui aurait limité la diffusion d’Israel Hayom, quotidien gratuit et principal concurrent du Yediot.

L’accord n’a finalement jamais été conclu, mais M. Netanyahu pourrait être inquiété pour corruption, fraude et abus de confiance. Mozes risque d’être inculpé pour corruption. Sa propre audience a eu lieu le mois dernier.

Les avocats du Premier ministre affirmeront que les conversations entre Netanyahu et Mozes – les enquêteurs sont en possession de plusieurs heures d’enregistrement – n’étaient rien d’autres que des discussions et que Netanyahu n’a jamais eu l’intention de les concrétiser.

Le procureur général Avichai Mandelblit a accepté dimanche d’étendre les audiences préliminaires à une mise en examen sur deux semaines plutôt que sur deux jours. La procédure s’achèvera à la veille de Yom Kippour, mardi.

Les avocats de Netanyahu avaient adressé leur demande jeudi, clamant qu’il leur fallait plus de temps pour défendre le Premier ministre. Le même jour, l’intéressé avait publiquement appelé à ce que les audiences soient diffusées en direct, une requête que Mandelblit avait rejetée, la jugeant « futile » et « sans fondement juridique ».

Les avocats de Netanyahu n’ont soumis au procureur général qu’une seule page d’arguments en amont des audiences plutôt qu’un dossier fourni.

Jeudi, la Haute Cour de justice a donné une suite défavorable à une requête demandant que ces auditions préliminaires soient annulées, car le court document était le signe d’un manque de respect pour la procédure judiciaire.

Réagissant au refus de Mandelblit concernant une diffusion en direct, Netanyahu a qualifié la décision de « triste » et clamé que des années de fuites sur les affaires les avaient transformées en « cour martiale » expéditive.

Il n’a pas précisé s’il serait présent à l’audience qui aura lieu alors que les députés de la 22e Knesset, élus la semaine dernière lors d’un vote qui a renforcé l’impasse politique dans laquelle se trouve Israël depuis des mois, prêteront serment au Parlement.

Le procureur général Avichaï Mandelblit avait annoncé en février son intention de mettre en examen Netanyahu pour corruption, fraude et abus de confiance dans trois affaires de dons reçus de la part de milliardaires en échange de bons procédés et de tentatives de collusion avec les médias.

Netanyahu rejette toutes les allégations retenues contre lui, et en impute la responsabilité à ses opposants, qui, dit-il, veulent l’évincer du pouvoir. Avec plus de 13 ans passés à la tête du gouvernement israélien, il est le Premier ministre le plus pérenne de l’histoire de l’État.

Mardi soir, près de 300 sympathisants ont manifesté devant la maison de Mandelblit, à Petah Tikva.

Les militants ont scandé des slogans de soutien au Premier ministre et affirmé qu’il était victime d’un complot ourdi par la justice et les médias, ce que l’intéressé a lui-même longtemps affirmé.

L’AFP a contribué à cet article.

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