À l’ONU, Netanyahu dénoncera la « capitulation honteuse » qui a mené aux reconnaissances d’un État palestinien
Des centaines de personnes venues manifester à l'aéroport Ben Gurion contre le Premier ministre, qui s'engage à "dénoncer" les dirigeants qui ont reconnu un État palestinien

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a promis jeudi de « dénoncer » les dirigeants des pays occidentaux qui ont reconnu un État palestinien indépendant, lors de son prochain discours à l’Assemblée générale des Nations unies, à New York.
« À l’Assemblée générale de l’ONU, j’exposerai notre vérité – la vérité sur nos citoyens, sur nos soldats de Tsahal et sur notre pays », a déclaré Netanyahu tôt jeudi matin sur le tarmac de l’aéroport Ben Gurion.
« Je dénoncerai ces dirigeants qui, au lieu de dénoncer les meurtriers, les violeurs et ceux qui brûlent des enfants, veulent leur donner un État au cœur de la Terre d’Israël. »
« Cela n’arrivera pas », a-t-il répété.
La question d’un État palestinien et les récentes annonces de reconnaissance de la part de pays tels que le Royaume-Uni, la France, le Canada et le Portugal devraient être au cœur des discussions entre Netanyahu et d’autres dirigeants en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, ainsi que lors de sa rencontre avec le président américain Donald Trump, lundi, à Washington.
Avant d’embarquer, il a ajouté qu’il discuterait également avec Trump des opportunités créées par la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza, la guerre aérienne de douze jours menée par Israël contre la République islamique d’Iran en juin, ainsi que d’autres conflits militaires, notamment la perspective d’une amélioration des relations avec d’autres pays du Moyen-Orient.
« À Washington, je rencontrerai pour la quatrième fois le président Trump et je discuterai avec lui des formidables opportunités que nos victoires ont apportées, ainsi que de la nécessité d’atteindre les objectifs de la guerre : ramener tous nos otages, vaincre le Hamas et élargir le cercle de paix qui s’est ouvert à la suite de la victoire historique [contre l’Iran] dans le cadre de l’Opération ‘Rising Lion’ et d’autres victoires que nous avons remportées », a déclaré Netanyahu.
La veille, le Premier ministre avait déclaré qu’aucune série d’annonces reconnaissant un État palestinien ne contraindrait Israël à le créer.
« La capitulation honteuse de certains dirigeants face au terrorisme palestinien n’engage en rien Israël », avait indiqué son bureau dans un communiqué publié mercredi.
« Il n’y aura pas d’État palestinien. »
Après l’annonce, dimanche, de la reconnaissance de l’indépendance de la Palestine par le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie, Netanyahu a accusé leurs dirigeants de « récompenser généreusement le terrorisme », mais a déclaré qu’Israël ne réagirait à cette décision qu’à son retour des États-Unis.
L’une des réponses préconisées par certains membres de sa coalition consisterait à annexer certaines parties de la Cisjordanie, notamment la vallée du Jourdain.
Cependant, en début de semaine, un haut responsable israélien a déclaré au Times of Israel que l’administration Trump avait discrètement mis en garde Israël contre une telle mesure, en réponse à la reconnaissance occidentale d’un État palestinien.
Jérusalem n’a pas considéré que ces avertissements marquaient « la fin de la discussion », a déclaré le responsable, et Netanyahu prévoit d’aborder le sujet avec Trump à la Maison Blanche la semaine prochaine.
À ce jour, l’administration Trump a évité de prendre publiquement position sur l’annexion potentielle de la Cisjordanie par Israël, faisant valoir que les pays occidentaux étaient responsables de la décision de Jérusalem d’envisager cette mesure, en raison de leur reconnaissance d’un État palestinien.
Les manifestants souhaitent « bon vent » à Netanyahu
Le départ de Netanyahu pour l’ONU n’a pas été sans heurts. Mercredi, des centaines de manifestants se sont rassemblés à l’aéroport Ben Gurion pour assister à son départ.
Se mobilisant à la fois contre Netanyahu et son gouvernement, et en faveur d’un accord visant à ramener les 48 otages toujours détenus à Gaza, les manifestants ont brandi des drapeaux d’Israël et des banderoles jaunes à l’entrée de l’aéroport.
D’autres brandissaient des photos des otages et des pancartes appelant Trump à faire pression sur Netanyahu pour qu’il mette fin à la guerre à Gaza.
D’autres pancartes dénonçaient la nomination par Netanyahu de David Zini à la tête de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet, les militants craignant qu’il n’approuve aveuglément les décisions du Premier ministre.
Plusieurs manifestants vêtus de combinaisons orange et munis des pancartes réclamant l’emprisonnement de Netanyahu posaient aux côtés d’autres personnes déguisées en cheikhs du Golfe agitant des liasses de billets, en référence aux allégations de transactions secrètes entre des membres du bureau du Premier ministre et le Qatar.
« Rejet du consensus bipartite israélien en matière de sécurité »
Alors que le Premier ministre s’envolait pour New York afin de plaider contre la reconnaissance d’un État palestinien, sa position a été soutenue par une voix issue de l’autre côté de l’échiquier politique : celle de Benny Gantz, chef du parti HaMahane HaMamlahti, dans une tribune publiée par le New York Times.
Dans cette tribune, Gantz suggère que la tendance actuelle de la communauté internationale à reconnaître un État palestinien pourrait avoir pour but de rejeter Netanyahu, alors qu’il s’agit en réalité d’un « rejet du consensus bipartite israélien en matière de sécurité ».
Ancien chef de l’armée israélienne et ex-ministre de la Défense, Gantz accuse les décideurs étrangers de ne considérer les politiques d’Israël qu’à travers le prisme de leur opposition à Netanyahu, plutôt que sous l’angle des besoins de sécurité nationale d’Israël.
« Ce point de vue est erroné et contre-productif pour la stabilité mondiale, la normalisation régionale et la sécurité même d’Israël », a-t-il écrit.
Selon Gantz, qui s’est montré davantage disposé à collaborer avec Netanyahu que beaucoup de ses confrères de l’opposition, allant même jusqu’à rejoindre son cabinet de guerre pendant un certain temps, « l’opposition à la reconnaissance d’un État palestinien est au cœur du consensus [israélien] », une position qui, selon lui, « trouve son origine dans les dures réalités de notre région ».
Évoquant ce qui s’est passé à Gaza depuis le retrait unilatéral israélien de l’enclave en 2005, il a affirmé que l’Autorité palestinienne (AP), dirigée par Mahmoud Abbas, n’était pas à la hauteur de la tâche de construction d’un État, l’accusant d’inciter à la violence et de glorifier le terrorisme.
« Toute perspective d’autonomie accrue pour les Palestiniens doit d’abord s’accompagner d’un bilan éprouvé sur le long terme en matière de gouvernance responsable, de réformes globales, de déradicalisation et de répression efficace des éléments terroristes qui prennent pour cible les Israéliens », a-t-il écrit.
L’ancien ministre de la Défense se souvient avoir été stupéfait lors d’une conversation avec le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, qui « ne comprenait pas la différence conceptuelle » la différence entre les défis auxquels leurs pays sont confrontés dans la lutte contre le terrorisme.
« Il n’y a aucune symétrie entre défendre son pays contre des cellules terroristes sporadiquement actives en Europe et un pseudo-État terroriste qui contrôle un territoire, des ressources et des arsenaux militaires, soutenu par un pays comme l’Iran qui déclare ouvertement son ambition de nous anéantir et alimenté par une idéologie islamiste radicale », a écrit Gantz.
« Cet épisode m’a permis de mieux comprendre à quel point les défis de sécurité auxquels Israël est confronté sont gravement sous-estimés par la communauté internationale », a-t-il poursuivi.
Selon Gantz, la majorité des Israéliens s’opposent à la reconnaissance d’un État palestinien non pas pour des « considérations politiques personnelles », mais parce qu’ils sont « confrontés aux défis d’une nouvelle ère » dans un monde post-7 octobre.
Gantz a également profité de cette tribune pour réaffirmer sa position en faveur d’une présence militaire israélienne à long terme le long de la frontière de Gaza, afin d’empêcher le Hamas de se reconstituer.
Il a également souligné « qu’Israël doit se préparer à assumer le contrôle officiel de la vallée stratégique du Jourdain en Cisjordanie », affirmant que ces deux mesures sont nécessaires pour empêcher un nouveau pogrom similaire à celui perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.







